Le 18mars dernier, les "passeports sans frontière" ont récompensé onze artisans français ayant réalisé des missions auprès de professionnels de pays en voie de développement, dans le cadre du programme Cosame, fondé par l'Assemblée permanente des Chambres de métiers. Parmi eux, deux professionnels des Bouches-du-Rhône, qui se sont, chacun à leur manière, engagés bénévolement en faveur de la solidarité internationale.
Deux hommes d'engagement
Titulaire d'un BTS en aquaculture, Nicolas Chareyre a longtemps voyagé, notamment à Madagascar, dans le cadre d'une mission humanitaire, avant de poser ses valises à Marseille, de passer un CAP menuiserie d'agencement et de se mettre à son propre compte. «Je fonctionne simplement par le bouche-à-oreille, et mon carnet de commande est plein, ce qui me permet de pouvoir partir, tous les deux ans, quatre à cinq mois en voyage. Je pars d'ailleurs pour un an minimum en Amérique du Sud, dès le mois d'octobre...» C'est sans doute cet attrait pour la découverte et le partage qui a poussé l'artisan à accepter une mission d'un mois au Congo, en décembre2007, dans le cadre du Cosame. «L'objectif était d'établir un diagnostic de l'état de la filière menuiserie dans deux villes du pays. J'ai rencontré une trentaine d'artisans, afin de comprendre leurs techniques, leurs débouchés, mais aussi ce qui leur manquait, à savoir, principalement, de l'électricité pour faire tourner les machines, du matériel, du bois de qualité, et de la formation... J'ai également pu constater l'image négative de ces artisans dans ce pays. J'ai tenté, autant que possible, de valoriser la connaissance qu'ils possèdent». Le goût du voyage et de l'ouverture interculturelle fait également partie depuis toujours de la vie du Maître artisan sellier-maroquinier Frédéric Deschamps. Après avoir suivi l'enseignement de l'École Grégoire-Ferrandi, à Paris, l'homme a travaillé pendant quatre ans en Normandie, puis s'est installé en 1986 dans le village de Mimet, où il a créé Le Grain de selle. «Je ne réalise que des pièces uniques. Et je privilégie la qualité de vie au chiffre d'affaire. Ma liberté est d'ailleurs de ne pas avoir d'horaires d'ouverture. Mais attention, je fais souvent des journées de douze heures!» L'homme, qui travaille la maroquinerie façon sellier, vise principalement le marché des particuliers, même s'il collabore avec quelques entreprises de grand luxe et propose par ailleurs des cadeaux d'entreprise originaux. Amateur de défis en tous genres, l'artisan - détenteur en 1990 d'un record du monde (le plus grand sac en cuir de la planète: 1,64m) -, travaille aujourd'hui à la création d'une boutique attenante à son atelier, qui devrait ouvrir d'ici 2010. De sa mission de diagnostic de la filière cuir au Cameroun, qui a eu lieu en septembre2007, Frédéric Deschamps retiendra avant tout l'expérience humaine. «J'y ai découvert des techniques étonnantes, comme celle de cet homme de 90 ans, qui réalisait un prétannage inédit, à base de lait... Moi qui, habituellement, ne vend rien qui ne sorte de mon atelier, j'ai décidé de faire du commerce avec ces artisans, et de revendre leurs articles. Ce que l'on nomme du "commerce équitable", même si, selon moi, il devrait s'agir là d'un pléonasme...» C'est dans cette optique que le maroquinier est retourné au Cameroun en mars2008, cette fois-ci sur ses deniers personnels.
Contacts : Frédéric Deschamps (06.08.22.63.03) et Nicolas Chareyre (06.17.95.53.35)
Pour leur participation à des missions de partage avec des artisans africains, Nicolas Chareyre, menuisier à Marseille, et Frédéric Deschamps, maroquinier à Mimet, se sont vu remettre en mars leurs "passeports sans frontière" par l'Assemblée permanente des Chambres de métiers.