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Comment Levrard Assainissement a revu sa stratégie de recrutement pour tripler ses effectifs en cinq ans
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Comment Levrard Assainissement a revu sa stratégie de recrutement pour tripler ses effectifs en cinq ans

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Le groupe mayennais Levrard qui fait de l’assainissement et autres entretiens de canalisations s’est fortement développé ces dernières années avec la création de trois agences dans d’autres départements et des effectifs qui ont triplé. Levrard Assainissement intervient cependant dans des métiers peu connus voire peu attractifs. Les dirigeants ont donc dû adapter leur visibilité et leur stratégie pour recruter en fonction de leurs besoins croissants.

Ces dernières années, la société Levrard a décidé de rendre ses métiers et leur rôle plus visibles, y compris avec une charte graphique loin "du camouflage" — Photo : Levrard

Créée en 1999 par Jean-Claude et Anita Levrard, Levrard Assainissement opère historiquement en Mayenne, depuis son siège à Ballée et son agence de Laval, ouverte en 2009. Depuis 2020, et le départ en retraite de ses beaux-parents, Sylvain Brisard a rejoint l’entreprise et s’est associé à son épouse Cécile et son frère Jean-Charles Levrard. Depuis, la société a accéléré sa croissance. Elle réalise aujourd’hui 7,5 millions d’euros de chiffre d’affaires.

Des effectifs triplés en cinq ans

Trois agences ont été ouvertes près du Mans en 2020, d’Angers en 2023 et près de Rennes en mai 2025. Pour piloter cette dernière implantation, Pierre Petit s’est associé à la famille dirigeante. "Quand mon frère a rejoint mon père en 2009, ils intervenaient seuls. Ils ont embauché leur premier salarié en 2011. Nous étions vingt-cinq en 2020, nous employons aujourd’hui 80 salariés", retrace Cécile Brisard. Parvenir à recruter jusqu’à tripler les effectifs en cinq ans n’était pourtant pas gagné d’avance.

Pas le métier qui fait rêver

"L’assainissement ou le débouchage de canalisations, ce n’est pas le genre de métier qu’on imagine faire quand on est petit ou en se levant le matin. Et cela reste une activité méconnue. Lors de la période de Covid, nous étions pourtant sur le pont, considérés comme activité essentielle. Lorsque le réseau des toilettes d’un immeuble était bouché pendant le confinement, c’était la panique ! Cela nous a permis de faire comprendre l’utilité de notre rôle", raconte Cécile Brisard.

Une prise de conscience sociale et environnementale

Les dirigeants eux-mêmes ont "pris conscience" de cet aspect social. "On a changé nos priorités, explique la dirigeante. On a travaillé sur le sens de notre entreprise, sur la raison pour laquelle on faisait cela, sur le suivi de l’humain."

La stratégie RSE fait actuellement l’objet d’un audit, afin d’être diffusée auprès des collaborateurs. "C’est aussi un moyen de faire connaître aux clients les enjeux de nos métiers et cela peut aider au recrutement, poursuit Cécile Brisard. Notre mission de chaque jour a un impact réel sur l’environnement, mais on ne le fait pas forcément savoir. Nos métiers ne se limitent pas à déboucher des toilettes, l’entretien de fosses ou de réseaux évite tous types de pollutions."

Se rendre plus visible

Un service ressources humaines a été créé en 2020. "Nous avons multiplié nos présences sur les salons commerciaux, les foires, Internet, les réseaux sociaux : partout où on peut parler de nous. Nous avons même revu la charte graphique de l’entreprise (plus tape à l’œil, NDLR), parce que dans nos métiers déjà peu visibles, le camouflage ne nous sert pas. Autant y aller franchement, sans se prendre la tête", insiste Cécile Brisard.

Une écoute et des avantages

La semaine de quatre jours a également été instaurée. "C’est une façon d’offrir aux salariés un équilibre entre vie personnelle et professionnelle, dans nos métiers contraignants où nous devons pouvoir intervenir sept jours sur sept, insiste Cécile Brisard. Nous essayons d’axer notre gestion sur le suivi et l’écoute de nos collaborateurs, la formation et les conditions de travail. Nous sommes dans l’échange, notamment pour ceux qui veulent évoluer dans l’entreprise. Avec la diversité de métiers que nous avons développés, un salarié a possibilité de se former s’il le désire pour ne pas toujours faire la même chose."

Les dirigeants du groupe Levrard, Cécile Brisard, Sylvain Brisard et Jean-Charles Levrard, avec leur nouvel associé Pierre Petit (à gauche), chargé de développer l’activité en Bretagne — Photo : DR

En plus de l’activité d’assainissement (la collecte des eaux usées), le domaine d’intervention historique de l’entreprise, une diversification des compétences a été menée. Cela a commencé par le débouchage de canalisations, puis le transport en citerne ou benne de déchets verts, copeaux de bois, etc. La gestion des nuisibles a été ajouté au service, puis le diagnostic de réseaux et la réparation au besoin de petits tronçons.

Une politique de formation originale

Parce qu’un permis poids-lourd ne suffit pas à répondre aux critères d’embauche, la Levrard Académie a été lancée en 2022. C’est aussi le fruit d’une réflexion face au nombre important de départs prématurés, en pleine période d’augmentation de forts besoins d’embauches. L’entreprise a conçu son propre programme de formation avec son équipe RH et ses formateurs internes.

"Le premier jour, nous accueillons entre douze et quinze personnes au siège social dans le cadre d’un escape game. On leur fait visiter l’entreprise, un agent effectue des démonstrations techniques, puis on va tous ensemble manger au restaurant du coin. Cela permet d’échanger dans un cadre moins formel, et de commencer à évaluer les motivations de chacun et de montrer aux gens qu’ils peuvent intégrer une entreprise familiale", décrit Cécile Brisard.

Plus que des métiers techniques

"L’après-midi, des échanges individuels permettent d’approfondir les motivations des uns et des autres, poursuit la cheffe d’entreprise. Ensuite, les candidats partent en intervention avec un salarié sur le terrain. Nous nous rendons assez vite compte si une personne va rester longtemps ou pas : au-delà des compétences techniques, il faut aussi disposer de compétences humaines lorsqu’on est seul face à son tuyau de débouchage ou face à un client pressant."

Une embauche intervient au bout d’un mois et demi en moyenne, entre l’acquisition de la théorie et la pratique. "La montée en compétences, avec des entretiens de suivi, nécessite une bonne année pour être autonome à un poste", précise la dirigeante.

Mayenne # Services # PME # Créations d'emplois # RSE