Le secteur des matériaux pour le second-œuvre du bâtiment est secoué, depuis quelques années, par d'importants mouvements de concentration : rachats de négoces indépendants par des groupes régionaux (Union Matériaux, France Matériaux) ou fusions entre réseaux (MatPlus), sans parler des groupes eux-mêmes moteurs de cette dynamique (Chausson Matériaux, Point.P, etc.). Pourtant, des acteurs indépendants subsistent et continuent à croître, à l'image du multi-spécialiste FIC (480 salariés, CA 2024 : 136 M€), basé à Saint-Gilles (Gard) près de Nîmes.
Le négociant, dont la direction générale est assurée par les sœurs Anne et Véronique Nouvel, couvre 3 régions (Occitanie, Sud-Paca, Auvergne Rhône Alpes), fort d'un réseau de 29 agences, qui a encore grossi de 2 unités en 2025. Il distribue plus d'un million de références (sanitaire, plomberie, thermique, carrelage, etc.), issues de 800 fournisseurs.
Naissance d'une référence nîmoise
Cette situation est le produit d'une histoire familiale et de choix assumés depuis les années 1980. L'entreprise, créée en 1965 sous le nom Nîmes Fer, a été reprise en 1984 par Bernard Nouvel, père des 2 dirigeantes, à la barre du tribunal de commerce. Ingénieur au sein du groupe Dumez, il avait passé plusieurs années en Afrique "à construire des routes et des ponts" selon Véronique Nouvel, avant de rentrer en France pour devenir entrepreneur. Sous son impulsion, la société se redresse et devient Nîmes FIC (Fer Industrie Chauffage) pour refléter les nouvelles activités qu'elle crée. Dans un secteur qui se rationalise, la PME gardoise cultive pourtant la proximité. "Mon père n'avait pas vraiment de vision stratégique. La croissance s'est bâtie au fil des rencontres, ou même des propositions des salariés, qui ont pu suggérer telle ou telle implantation, comme à Alès où nous avons ouvert la première agence", raconte Anne Nouvel.
Passage de témoin
En débarquant à Montpellier, ex-capitale languedocienne, Nîmes FIC devient FIC par "diplomatie", mais sans ralentir le rythme. Jusqu'à la fin des années 2000, l'activité progresse vite, soutenue par les ouvertures d'agences, et même des rachats d'entreprises. Ainsi, Anne Nouvel intègre FIC en 2008 pour gérer la première acquisition. "J'ai débuté dans une banque d'investissement opérant à Singapour et en Australie, resitue-t-elle. Mais travailler sous l'autorité de managers me pesait d'autant plus que je voyais mon père mener une vie d'entrepreneur libre. Quand il a évoqué une possible vente de FIC, je suis rentrée pour garder l'entreprise dans la famille".
Pour sa part, Véronique Nouvel était installée comme avocate en droit fiscal à Grenoble, avant d'imiter sa sœur. "Je voulais une première expérience en-dehors, mais l'idée de travailler dans l'entreprise familiale m'a toujours plu", souligne-t-elle.
Le choix de l'autonomie
Les sœurs Nouvel continuent à incarner et revendiquer l'autonomie de FIC puisqu'elles sont encore, à ce jour, les 2 seules actionnaires de l'entreprise. Presque une anomalie dans le contexte de financiarisation actuel. "Dans mon ancienne activité, j'ai pu observer le fonctionnement des grands groupes. Après l'arrivée d'investisseurs, si la deuxième génération est diluée au capital, de nombreux problèmes peuvent naître avec les actionnaires. La situation actuelle à FIC nous laisse au contraire beaucoup de libertés", insiste Anne Nouvel.
Grandir sans se renier
Mais dans un marché où les concentrations s'accélèrent, FIC doit aussi passer à la taille supérieure "pour être plus à l'aise", sans se renier. Les rachats de l'audois Bonnet Distribution et de l'auvergnat STP Puy-en-Velay, en 2021 et 2023, lui permettent de rayonner toujours plus loin. FIC réfléchit désormais à s'étendre vers la vallée du Rhône et les Alpes. Mais, malgré les dossiers qui affluent (6 rien qu'en 2025), elle mise sur une croissance raisonnée. "Nous ne rachèterons jamais certaines entreprises, et ce pour cause d'incompatibilité avec les dirigeants. Le négoce est un métier de relationnel. Nous restons aussi vigilantes sur le climat social dans l'entreprise-cible. Il doit "matcher" avec les valeurs de FIC", souligne Anne Nouvel.
Le respect de l'humain
En témoigne le dossier Andréty, modèle d'intégration réussie en douceur "contrairement à d'autres". Ce négociant haut-alpin (170 salariés, 10 agences), affichant 150 ans d'histoire, a lui-même sollicité FIC en 2021. "L'entreprise dispose d'une forte image de marque sur son territoire (la région Sud-Paca, NDLR), qu'il ne fallait pas casser. Nous respectons son histoire, ses salariés, et ses clients. Nous n'avons rien touché chez Andréty pendant un an, et venons d'y installer notre back office", explique Anne Nouvel. Ce rapprochement a aussi permis à FIC de déployer son offre en carrelages chez Andréty et, à l'inverse, d'intégrer son expertise en matériels électriques.
Un forum pour animer le marché
Le respect des identités locales se retrouve dans la gestion interne. FIC est souvent loué pour sa proximité avec ses collaborateurs, distinguée par EY Occitanie en 2023. "Nul besoin de verrouiller le management. Nous laissons beaucoup d'autonomie aux responsables d'agences. Nous accompagnons aussi certains salariés en cas de difficultés personnelles. Nous bénéficions en retour d'une grande fidélité : certains d'entre eux sont chez FIC depuis 3 générations. C'est aussi un attachement à notre famille", estime Véronique Nouvel.
De même, le groupe organise, depuis les années 1980, un forum annuel où il convie tous ses partenaires : encore une rareté pour un indépendant. L'édition 2025, tenue sur une thématique " western ", a ainsi réuni 1 200 participants (150 stands). "C'est un événement attendu par les fabricants. Dans un secteur où l'humain est moins présent, le forum leur permet d'échanger dans un cadre moins formel", poursuit la dirigeante.
Rebondir après l'euphorie
Après 2 années d'euphorie post-Covid, "totalement artificielles", le marché se tend : tous les métiers sont en recul chez FIC, sauf les matériels en acier. "L'absence d'actionnaires nous permet aussi de gérer la décroissance à notre guise", fait valoir Anne Nouvel. De fait, FIC réduit ses coûts fixes pour absorber ce brutal retour aux volumes de 2019. Mais surtout, le groupe a su anticiper ce retournement : en 2020, il s'est doté d'un nouveau terminal logistique (8 500 m2) baptisé "La Ruche", où il a misé 10 millions d'euros d'investissement. Il peut livrer ses clients directement depuis la plateforme, et non plus depuis ses agences. "L'investissement dans La Ruche nous a permis de surfer sur la croissance des années 2022 et 2023. Nous suivons la même logique aujourd'hui : reconsolider nos bases, travailler de nombreux sujets internes – en bref : puiser dans nos forces pour nous préparer au prochain boom d'activité".