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Cité Gourmande nourrit son appétit pour la pomme de terre
Lot-et-Garonne # Agroalimentaire # Investissement

Cité Gourmande nourrit son appétit pour la pomme de terre

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La PME lot-et-garonnaise Cité Gourmande, spécialiste de la pomme de terre surgelée, poursuit ses investissements pour augmenter ses capacités de production. Elle investit 15 millions d’euros pour doubler les capacités de production de sa seconde usine. Parallèlement, intégrée au groupe agroalimentaire breton Le Duff, elle nourrit de grandes ambitions à l’international et sur les circuits de la restauration.

Aurore Roussel-Pichard, directrice de l’offre et Fabrice Taillefer, directeur général de la PME agroalimentaire lot-et-garonnaise Cité Gourmande — Photo : Romain Béteille

Elle est l’une des stars nationales du rayon des frites surgelées en grande surface. La marque Pom Bistro, entre autres connue pour ses frites à la graisse de canard, nées à Estillac (près d’Agen, en Lot-et-Garonne) dans la PME Cité Gourmande (200 salariés, 83 M€ de CA en 2023), nourrit des ambitions internationales. Filiale depuis 2011 du groupe agroalimentaire breton Le Duff (19 000 salariés 2,5 Md€ de CA en 2023), possédant notamment pour des marques de restauration comme Dell’Arte ou Brioche Dorée, Cité Gourmande fait partie d’un "pôle salé" qui prend de l’importance au sein du groupe, alimenté par le rachat fin 2021 du fabricant industriel normand de plats surgelés Frial.

Agrandissements successifs

Cité Gourmande s’apprête à agrandir son second site industriel, acquis en 2021, pour y installer une seconde ligne de fabrication de frites surgelées. À la clé de cet investissement de 15 millions d’euros, qui agrandira la surface de l’usine actuelle (4 000 m2) à environ 5 000 m2 : un doublement de ses capacités de production sur ce site, qui passeront de 10 000 à 20 000 tonnes par an. "Au-delà de la nouvelle ligne, nous allons notamment améliorer nos capacités de stockage", ajoute Fabrice Taillefer, directeur général de Cité Gourmande. Le démarrage de la production de cette nouvelle ligne est prévu entre fin 2025 et début 2026.

Réunissant actuellement 200 salariés, Cité Gourmande devrait embaucher 15 à 20 personnes de plus avec l’essor de sa nouvelle ligne de production — Photo : Cité Gourmande

Co-créée en 1999 par l’entrepreneur et ingénieur agro-industriel Frédéric Houriez et sa femme, Cité Gourmande est née avec une innovation présentée au salon international de l’alimentation (SIAL) en 2000 : une frite de carotte, jamais commercialisée. Elle a démarré son activité à destination de l’étranger avec des pommes de terre creusées garnies ou sarladaises (à la graisse de canard). Incubée au sein de l’Agropole d’Agen, elle a pris son indépendance en 2004 avec un premier site de 2 400 m2, depuis agrandi pour atteindre actuellement environ 8 000 m2.

Circuits de distribution

Cité Gourmande a su se tailler une part importante du business de la pomme de terre surgelée en France et au-delà, avec "l’autonomie et la flexibilité d’une PME, sans interventionnisme", poursuit Fabrice Taillefer. Deux tiers de son chiffre d’affaires sont aujourd’hui imputables au "grand public", qui passe notamment par la GMS (un tiers), les marques distributeur, la restauration hors foyer et les spécialistes du surgelé (comme Picard et Thiriet).

Ayant multiplié son chiffre d’affaires par quatre depuis 2013, Cité Gourmande a notamment connu une explosion de croissance durant les années Covid. "On a servi tout ce qu’on pouvait. Nous sommes passés d’un chiffre d’affaires en dessous de 50 millions d’euros en 2020 à 65 millions en 2022. C’est dû à des effets mécaniques de consommation, notamment avec l’arrêt des restaurants et des cantines", ajoute le responsable. Fin 2024, elle s’attend à frôler ou dépasser les 90 millions d’euros de chiffre d’affaires.

Un approvisionnement ciblé

Ses dirigeants restent conscients des chantiers à venir pour continuer de la faire grandir. À commencer par l’approvisionnement de ses quelque 40 000 tonnes de pommes de terre achetées par an : provenant essentiellement du nord de la France, elles se relocalisent de plus en plus depuis 4 ans dans le Sud Ouest, au milieu des terres sablonneuses des Landes.

La marque phare de Cité Gourmande, Pom Bistrot, représente plus de 5 % de part de marché dans la GMS en France — Photo : Franck PETIT

Avec un inconvénient. "En raison du type de sol, elles ne se stockent pas bien, entraînant donc une fenêtre de transformation plus courte. Cet été, par exemple, nous avons été à flux tendu", relate Fabrice Taillefer. "Nous souhaitons tout de même poursuivre cette dynamique, sachant qu’on ne prend que les calibres dont on a envie et qu’on ne transforme pas les produits qu’on ne veut pas vendre. À terme, nous souhaiterions atteindre les 50 % de pommes de terre sourcées dans le Sud-Ouest, en ciblant notamment le Gers".

Pistes de croissance

L’un des gros morceaux à conquérir pour Cité Gourmande reste l’export. S’il représente aujourd’hui environ 10 % de son activité et que ce pourcentage est peu ou prou resté le même au fil de sa croissance, il bénéficie encore d’une grande marge de manœuvre. "Notre cible est aujourd’hui majoritairement l’Amérique du Nord, même si nous ne mettons aucune opportunité de côté", précise Fabrice Taillefer. La PME cible également des pays d’Europe du Nord, comme les pays scandinaves, l’Allemagne, la Hollande ou, hors Europe, la Grande-Bretagne.

Environ 10 % du chiffre d’affaires de Cité Gourmande est imputable à l’export. La PME souhaite augmenter cette part — Photo : Franck PETIT

L’international n’est pas sa seule perspective de croissance. "Nous sommes présents sur environ un tiers du marché de la pomme de terre. Nous n’adressons pas les fast-foods comme McDo, en raison de nos capacités de production limitées. Nous sommes aussi assez peu présents sur la restauration hors foyer, qui constitue pour nous un réel enjeu", poursuit le directeur général. "C’est un marché plus complexe à adresser que celui de la GMS car il y a un intermédiaire supplémentaire, souvent le chef de cuisine, qui est un expert et a ses propres exigences".

Pour tenter de percer dans ce marché spécifique, elle mise sur "Gourming", une marque encore non-exploitée du groupe Le Duff qui prévoit un déploiement plus large à l’automne prochain (lire par ailleurs). "Nous offrons des produits faciles à mettre en œuvre. En tenant compte du manque de main-d’œuvre régulièrement déploré dans la restauration, on se dit que les freins précédemment recensés dans la RHF sont en train de sauter".

Ciblage de marque

Cité Gourmande s’attend à recruter "15 à 20 personnes" pour suivre la cadence de l’augmentation de ses capacités de production. Elle souhaite aussi doper la puissance de sa marque principale, Pom Bistro, à l’échelle nationale. Une seconde marque, Yummy !, dédiée au circuit du bio surgelé et créée en 2017, n’a pas survécu à la crise du bio. Sa troisième marque, La Ferme des Gourmets, est, elle, dédiée aux magasins bio et poursuit sa course, à son échelle. "C’est une toute petite marque, elle est surtout là pour affirmer la présence de nos produits sur ces circuits spécifiques", ajoute-t-elle.

Face au prix de la pomme de terre "qui continue de monter" et malgré une stabilisation des prix de l’énergie, Cité Gourmande poursuit sa croisade. En 2023, sa marque phare Pom Bistro - "responsable de 50 % de la croissance de ces huit dernières années" - a lancé deux recettes au piment d’Espelette et au romarin, lui permettant de jouer à nouveau sa carte locale. Elle se projette déjà dans sa diversification prévue pour le printemps prochain.

Synergies industrielles

Le rachat de Frial (450 salariés, 188 M€ de CA) par Le Duff fin 2021 devrait être plus que bénéfique à la PME lot-et-garonnaise, qui espère capitaliser sur son savoir-faire pour développer son activité. Le spécialiste normand des plats préparés a développé des synergies gagnantes avec l’industriel de la pomme de terre, qui lui fournit déjà des produits semi-finis. La marque "Gourming", qui sera exploitée dès cet automne, "réunira les savoir-faire de Frial sur les féculents, légumes, sauces et produits de la mer et ceux de Cité Gourmande sur la pomme de terre. Nous souhaitons présenter une soixantaine de produits différents à la restauration hors foyer", détaille Aurore Roussel-Pichard, en charge de l’offre chez Cité Gourmande.

Les deux tiers de la production de Cité Gourmande (soit environ 20 000 tonnes de produit fini par an) visent le grand public, essentiellement via la grande distribution — Photo : Cité Gourmande

Frial et sa force de frappe commerciale devraient également servir au développement à l’export de la PME néoaquitaine. Enfin, elle mettra dès le printemps prochain, au niveau national, sa marque Pom Bistro au service d’une diversification bienvenue. "Notre marque va proposer, dans quelques régions sélectionnées à partir de novembre et au niveau national dès le printemps 2025, une gamme de 5 références de produits de la mer cuisinés. On trouvera des moules à la crème, des crevettes au beurre de Normandie, un cocktail de fruits de mer, un cabillaud sauce vierge et un saumon sauce béarnaise. Le savoir-faire national de notre marque servira ainsi un nouveau segment de marché".

De son côté, la société Frial continue de se développer : elle a validé l’an dernier un investissement de 50 millions d’euros pour agrandir son usine de Falaise (Calvados), prévoyant la création d’une soixantaine d’emplois supplémentaires.

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