Certains vont encore dire que c'est de la faute du grand hamster... Ce serait un peu réducteur mais c'est un fait: tous les jours, les entreprises alsaciennes perdent de l'argent dans les bouchons strasbourgeois. De l'ordre de 10points de leur rentabilité, à en croire Jean-Luc Heimburger, président de la CCI de Strasbourg et du Bas-Rhin (lire ci-dessous) et porte-drapeau de la croisade des entrepreneurs pour une solution aux bouchons de Strasbourg. «Le ras-le-bol est général», explique Bernard Stalter, président de la Chambre de métiers d'Alsace. «Lorsque vos salariés, trois ou quatre dans un véhicule utilitaire, perdent une heure le matin et une heure le soir dans la voiture, cela coûte de l'argent à l'entreprise», s'agace-t-il. «Cela coûte de la rentabilité à nos entreprises alors que ce n'est pas le moment, entre le contexte économique actuel et la nouvelle hausse attendue des taxes sur les entreprises», abonde Laurent Schmerber, président de 3ma Group et du Medef du Bas-Rhin. Ce que soulignent ces décideurs, c'est en fait la quasi-impossibilité pour les entreprises de répercuter les coûts sur les clients. «Si l'on refacture le temps perdu, on n'est plus concurrentiel», confirme Philippe Llerena, président de la CGPME67. En attendant, les entrepreneurs s'organisent comme ils le peuvent pour limiter les dégâts. «Que font-ils?», interroge Bernard Stalter, «et bien certains ne vont même plus chercher des marchés à Strasbourg. Ceux qui sont implantés au nord ou au sud de la Communauté urbaine préfèrent étendre leur marché local, quitte à passer la frontière. Et oui, il y a moins d'artisans qui interviennent à Strasbourg». Ce qui pose, indirectement, le problème de l'impact sur la facture des Strasbourgeois: moins de concurrence, c'est moins de devis, moins de possibilité de négocier. «Il y a une frontière invisible autour de la Cus», avance Bernard Stalter.
«Nous perdons des marchés»
Dans son costume de patron des auto-écoles Llerena, basées à Wolfisheim, Philippe Llerena explique: «Pour nous, cette problématique s'est traduite par une obligation de démultiplier le nombre de sites. Elle nous interdit également d'accéder à certains marchés de formation continue. Le manque à gagner est difficile à évaluer, mais clairement, on a perdu des marchés car les clients ne veulent pas venir jusqu'à notre site de formation». Il en est convaincu: cette situation pèse beaucoup plus lourd pour des PME et des TPE dont la zone de chalandise est départementale que pour des grandes entreprises exportatrices. Pour ces dernières, la problématique transport se dilue dans une chaîne logistique souvent mondiale. «Il n'empêche, cela peut aussi freiner des investissements», selon Laurent Schmerber. Reprenant sa casquette de président de la CGPME, Philippe Llerena s'insurge: «Plus les affaires deviennent difficiles, plus on est dans une logique de baisse des charges. On fait des efforts partout, mais sur cette charge-là, on n'a pas de levier. C'est un gâchis, une ancre que l'on traîne».
Un bureau au nord et un au sud... quand on peut!
Cet impact de 10 points sur la rentabilité des marchés qui nécessitent d'affronter les bouchons strasbourgeois n'est donc pas compatible avec la conjoncture actuelle. «Prenez l'exemple d'un industriel qui aurait un site au nord et un autre au sud de Strasbourg. Quelle solution a-t-il? Faire circuler ses camions la nuit? Oui, quand il le peut, mais avec un impact en termes de rémunération des heures nocturnes», ajoute Laurent Schmerber. Alors que certains entrepreneurs situés d'un côté ou de l'autre de la Cus envisagent d'ouvrir un bureau ou une agence de l'autre côté pour s'affranchir -un peu- de la circulation, d'autres étudieraient la possibilité inverse. Celle de concentrer leurs efforts sur l'un ou l'autre site, en fonction du centre de gravité de leur marché. «Ouvrir un bureau, c'est ajouter des coûts de structures», tempère Laurent Schmerber, «et tout le monde ne peut pas se le permettre alors que la tendance est plutôt de rendre de la marge au marché et en fiscalité sur les entreprises». Plus que jamais, le monde économique alsacien a fait le choix de porter le dossier du contournement de Strasbourg sur le terrain... économique. Un changement de ton, accompagné du document de référence de la CCI "GCO 2016, tous gagnants", qui se veut constructif. «Ce qui est important aujourd'hui, c'est que tous, élus et responsables économiques, parvenions à nous remettre autour de la table», réclament-ils, dans une belle unanimité. Après, que l'on revienne vers une solution de Grand contournement ouest ou autre, leur religion n'est plus faite. «Nous ne sommes pas les spécialistes de la question», concluent-ils.
GCO ou pas, les entreprises alsaciennes, et plus particulièrement bas-rhinoises, exigent une solution à l'engorgement de la capitale régionale. La CCI du Bas-Rhin vient d'éditer un document de référence destiné à relancer le débat. Elle estime que les entreprises "victimes" perdent jusqu'à 10 points de leur rentabilité dans les bouchons.