Christian Duvillet : «Pas au bout de la crise»

Christian Duvillet : «Pas au bout de la crise»





Maître d'oeuvre de la nouvelle image de LCL (ex Crédit Lyonnais), Christian Duvillet, son directeur général depuis 4 ans, estime que la crise n'est pas terminée. Pour autant, son optimisme reste intact devant la capacité des entreprises à refaire surface grâce à une capitalisation plus solide.
Comment percevez-vous la crise dans les entreprises? Après la chute de Lehman Brothers, on a vu des chutes de chiffres d'affaires de 70%. Au cours de ma carrière, je n'avais jamais vu ça. Si on entre dans le détail, les commerçants et artisans, notamment ceux liés à l'immobilier, sont plutôt affectés par la crise. Le commerce franchisé et les professions libérales peut-être un peu moins. Sinon, beaucoup de secteurs sont en rénovation et en modernisation. L'autre phénomène que j'observe est l'extraordinaire volatilité de l'économie.
À un moment, LCL a-t-elle limité ses crédits aux entreprises?

À aucun moment à LCL nous n'avons donné des règles de limitation des crédits, ni sur les scores, ni sur les décisions, même au moment de la crise de liquidités. En revanche, la demande s'est effondrée. Les financements structurés ont beaucoup diminué. Les entreprises ont moins tiré sur leur crédit court terme parce qu'il y avait moins d'activité et qu'elles investissaient moins. Tout le monde s'est mis à attendre en faisant durer son matériel.
Quand voyez-vous la sortie de crise?
La crise a des conséquences sur le comportement sociologique. Notre hypothèse est que la consommation va un peu baisser. Mais c'est moins un problème de volume - ils se tiennent à peu près - qu'un problème de prix, car beaucoup de gens se portent vers les prix les plus bas. La demande de crédit est un peu en train de remonter avec la loi Scellier et une certaine baisse des prix. Aujourd'hui, un particulier peut emprunter à 4% pendant 20 ans. L'histoire ne montre pas d'autres exemples de taux bas pendant aussi longtemps.
A quel délai les taux devraient-ils remonter?
On fait l'hypothèse qu'ils remonteront en cours d'année 2010, au deuxième semestre. Mais ce n'est pas mathématique. En tout cas, pour les particuliers, c'est le moment d'emprunter. Les entreprises, elles, ne peuvent investir que si elles ont une certitude d'un retour d'investissement, or aujourd'hui l'incertitude économique est trop grande.
Constatez-vous des secteurs qui redémarrent?
Je vois actuellement que le dynamisme ne s'est pas arrêté. Les secteurs de l'énergie, de la Défense, de l'industrie pharmaceutique vont plutôt bien, mais il y a une grande hétérogénéité entre secteurs. Le risque est plus compliqué à gérer, mais je ne suis pas pessimiste. Nous traitons de beaux dossiers en France.
Assumez-vous toujours d'être banquier face à tout ce qui se dit sur votre profession?
Entre ce que je lis et ce que j'entends et le métier qu'on fait, ça n'a rien à voir. On nous dit «pourquoi vous ne prêtez pas plus?» Nous, on a l'impression de ne faire que ça! Je passe un temps fou sur les problèmes d'entreprises. Je suis frappé par ce grand décalage.
Que pensez-vous de la taxation des banques instaurée par le gouvernement?
Je considère qu'on paye déjà beaucoup! Et nous sommes très pénalisés par la réforme de la taxe professionnelle. Par rapport aux autres entreprises, nous payons déjà une taxe supplémentaire sur les salaires, qui est relativement importante. On a eu une multitude de nouvelles taxes, dont une sur la formation.
Quelle est la place de LCL sur le marché des entreprises? Chez LCL, nous sommes très engagés sur le marché des entreprises. Avec 25milliards d'euros d'encours de crédit aux entreprises et professionnels, LCL a un poids significatif sur le secteur des entreprises.
Après les dérives qu'on a connues, l'image du Crédit Lyonnais a été complètement renouvelée en quelques années. Comment avez-vous fait? Nous avons changé le nom de marque, son positionnement et entièrement rénové nos agences. L'image s'est depuis nettement redressée et s'est maintenue à un niveau positif malgré un contexte défavorable au secteur. En fait, la crise a révélé que notre positionnement de l'engagement par la preuve produit était particulièrement juste par rapport aux attentes des clients. Nous pensons aussi que la constance de ce positionnement a été un facteur rassurant pour le client. Aujourd'hui nous sommes à 80% de taux de notoriété de la marque LCL. L'image joue en interne aussi.
Le résultat 2008 était en hausse de 24,9% et au premier semestre 2009 nous avons enregistré pour le sixième trimestre consécutif la meilleure croissance des banques de réseau nationales.