Depuis qu’il est passé dans le giron du groupe LVMH, en 2019, Château Galoupet, Cru Classé des Côtes-de-Provence, situé à La Londe-les-Maures, dans le Var, se transforme. L’objectif visé par les équipes : "produire du vin d’excellence tout en étant un laboratoire du régénératif au sein du groupe, mais aussi et surtout ouvert au partage avec tous les autres viticulteurs du territoire", confie Ludovic Stievet, responsable qualité, santé, sécurité et environnement (QHSE), également en charge de la régénération de l’espace forestier de Château Galoupet. Cet espace couvre plus de 77 hectares, quand les vignes en occupent 68 hectares.
Réinvestir dans le milieu naturel
Pour ce passionné, "le développement durable est dans les gènes de cette entreprise, située dans un cadre naturel, exceptionnel, que nous avons forcément envie de préserver."
Au pied du Massif des Maures qui surplombe le Château, il y a les vignes, découpées en une quarantaine de parcelles, puis les Vieux Salins d’Hyères et ensuite la Méditerranée et ses îles d’Or. Convaincu par ailleurs que la réponse au changement climatique se trouve dans le vivant, il a rejoint la Convention des entreprises pour le climat, avec Mathieu Meyer, le directeur du domaine. D’ici avril 2025, ils auront matérialisé une feuille de route à visée régénérative pour l’horizon 2030.
Ensemble et avec les salariés du domaine (18 collaborateurs à l’année), leur priorité "est de préserver l’équilibre de la nature. Notre mission est de régénérer notre terroir afin de bâtir un héritage inspirant pour l’avenir." Cette phrase est, non seulement, affichée en première page du site internet du domaine, mais elle guide aussi tous les travaux d’aménagement entrepris depuis 2019.
Des sols plus riches en eau
"Lors de notre arrivée en juillet 2019, nous avons enclenché des actions pour améliorer progressivement les sols et favoriser la biodiversité afin de rétablir l’écosystème mis à mal par différents événements, notamment des incendies", raconte Ludovic Stievet.
L’agriculture biologique a d’abord été généralisée et en 2023, Château Galoupet est devenu le premier domaine viticole certifié biologique du portefeuille LVMH (le groupe possède des domaines dans le bordelais, en Bourgogne, en Provence et dans le monde). Des pratiques d’agriculture régénérative sont appliquées avec une vision de certification pour mettre en valeur l’ensemble du travail réalisé.
Le couvert végétal, les haies et les bandes enherbées du domaine, qui s’inscrivent dans une démarche d’agroforesterie, sont venus tenir et enrichir les sols ainsi que créer un microclimat et de l’ombrage au niveau des parcelles. Des ouvrages ont été construits pour lutter contre l’érosion, pour ralentir la vitesse de l’eau, et ainsi lui permettre de s’infiltrer.
"Nous appliquons les principes de l’hydrologie régénératrice : ralentir, répartir, infiltrer et stocker."
Sur une zone de 10 hectares, "nous testons différents aménagements, comme des mares temporaires, des fossés de drainage sur courbe de niveau ou encore l’installation de seuils au sein des fossés". Une parcelle a aussi été mise en jachère, amendée par du compost et semée d’un mélange de couverts végétaux pour progressivement transformer le sol en éponge. Elle sera à terme divisée en deux parcelles séparées par une haie. Enfin, une retenue historique de 35 000 m3, datant des années 1890, sera mise en conformité en 2025-2026 pour développer l’autonomie en eau. Puis, des plantes invasives, comme le mimosa, sont progressivement gérées via un plan d’arrachage.
Des sols enrichis, pièges de carbone
Au Château Galoupet, des amendements organiques sont aussi utilisés : "notre objectif est de doubler la matière organique présente dans les sols à l’horizon 2030, car elle permet d’augmenter les ressources en eau, d’avoir plus de vie et une meilleure structure des sols. Dans le Var, cette matière organique représente en moyenne 0,9 % des éléments présents dans le sol. Chez nous, ce taux est de 0,8 %", détaille Ludovic Stievet. Puis, l’enrichissement du sol en matières organiques permet aussi de contribuer à la séquestration du carbone.
Quant au massif forestier du domaine, il change lui aussi peu à peu de visage. 6,1 hectares ont été replantés pour atteindre 10,5 hectares à horizon 2026. "En replantant, nous donnons un coup de pouce à la nature, nous intégrons des espèces à enjeu, résistantes à la sécheresse, comme les chênes à feuilles rondes que nous retrouvons par ailleurs sur le pourtour méditerranéen. Nous sommes accompagnés par l’ASL Suberaie Varoise, qui mène une mission de régénération des forêts de chêne-liège et de valorisation de la filière", ajoute le responsable.
Un laboratoire du régénératif
Tous ces essais sont suivis de près avec différents partenaires. Un suivi de stations de biodiversité permet par exemple au Conservatoire d’Espaces Naturels Paca de réaliser des relevés réguliers et d’apprécier l’impact de ces modifications. Au Château Galoupet, l’atteinte de l’économie régénérative est vécue comme un investissement sur l’avenir et s’appuie sur une démarche scientifique. "Nous jouons un rôle de laboratoire, pour apprendre, à notre niveau, pour partager nos ressources, pour penser les choses de façon duplicables car nous en sommes convaincus : l’impact sera décuplé si on s’attaque au territoire dans sa globalité, si on ne s’arrête pas aux frontières du domaine."
"L’impact sera décuplé si on s’attaque au territoire dans sa globalité."
Au Château Galoupet, Ludovic Stievet tisse des liens avec le territoire : en participant à la Convention des Entreprises pour le Climat parcours Provence Méditerranée 2024, en échangeant avec d’autres vignerons, notamment sur le sujet de la ressource en eau, en travaillant avec l’écosystème local, notamment les Alchimistes Côte d’Azur pour l’amendement organique ou le bureau d’études en hydrologie Permalab.
Une bouteille ambrée et une visée au réemploi
En viniculture, il y a le travail de la terre, mais aussi la distribution. Sachant que la bouteille représente environ 40 % des émissions carbones de l’industrie vinicole, le domaine de la Londe-les-Maures a choisi de présenter son rosé Château Galoupet Cru Classé Côtes-de-Provence dans une bouteille ambrée, allégée et composée à 85 % de verre recyclé. Une seconde cuvée est prévue dès l’année prochaine, avec pour idée de pousser davantage les principes d’écoconception. "Au cours de l’année 2025, nous irons encore plus loin en testant, d’abord à une petite échelle, l’utilisation de bouteilles réemployables. Avec la Consigne de Provence, nous allons réaliser un essai au niveau de la boutique, qui sera ouverte dès Pâques 2025. Selon l’Observatoire du réemploi et de la réutilisation, les bénéfices du réemploi apparaissent rapidement puisqu’il suffit de deux réutilisations, pour les scénarios "particuliers", à quatre, pour le scénario "CHR", pour que l’emballage en verre réemployable l’emporte", souligne Ludovic Stievet.
Toutes ces initiatives ne sont pas neutres en termes d’investissement, mais elles demandent surtout du temps et c’est pour mieux éviter de nouvelles dépenses plus tard : "Nous réinvestissons dans le milieu naturel pour augmenter notre résilience, bien qu’il ne nous envoie pas de facture, nous lui sommes redevables de ce que nous produisons", conclut Ludovic Stievet avant d’ajouter que chaque mesure prise repose sur "une sobriété désirable."