Guillaume Lentier attendait probablement cet instant depuis de longs mois. Le 9 juin dernier, entouré de ses proches, de ses collaborateurs, mais aussi d'élus locaux, de clients et de partenaires, il a prononcé un discours emprunt d'émotion pour rappeler combien la réunion de ses deux entreprises, Caudrillier et SN Husson, sur un même site à Fleury-sur-Andelle (Eure), n'avait pas été un long fleuve tranquille.
Le parcours du combattant
En cette matinée ensoleillée sur la vallée de l'Andelle, la première personne à qui il a tenu à rendre hommage, c'est son épouse Ingrid qui, dit-il, « m'aura suivi sur ces huit derniers mois, dans mes extrémismes, les nuits qui n'en sont plus, les journées qui ne se terminent plus et les week-ends que nous avons oubliés, les repas pris directement sur site pour réussir à partager des moments en famille... » Au-delà de l'anecdote, les mots prononcés par Guillaume Lentier révèlent le véritable parcours du combattant auquel ce chef d'entreprise a été confronté depuis près d'un an et demi. Depuis qu'il a décidé de regrouper sur un même site ses deux entreprises : le fabricant de moules SN Husson, repris à la barre du tribunal en 2013, et l'entreprise de chaudronnerie, usinage et fabrication de machines spéciales Caudrillier.
« L'âme de l'entreprise est liée à la vallée »
Éclatés entre Charleval et Saint-Pierre-les-Elbeuf, les deux sites sont donc désormais réunis sur une seule et même emprise, jusque-là propriété du groupe Valette à Fleury-sur-Andelle. Un site de 8.500 m² au coeur de la Vallée de l'Andelle que Guillaume Lentier n'a pas choisi par hasard : « La vie de Caudrillier est là. Le coeur de notre métier, l'âme de l'entreprise sont liés à la vallée ». L'autre argument plaidant en faveur du regroupement des deux entités est plus prosaïque : restaurer les marges de Caudrillier et SN Husson. « Sans ce projet, j'avais un horizon de trois ans », concède Guillaume Lentier. Et dans ce plan, la première étape consistait à regrouper les deux entreprises sur un même site afin de rationaliser tout ce qui pouvait l'être.
« Gratter » de la marge, coûte que coûte
Dans l'espace désormais dévolu à Caudrillier, la rationalisation voulue par le dirigeant s'exprime par exemple dans l'organisation du magasin de stockage de 1.000 m² : « en face des fonctions, nous avons voulu mettre des personnes qui y sont associées : chez nous désormais, le soudeur soude, l'usineur usine ! » Et ça, « c'est nouveau ! », reconnaît le dirigeant qui peut désormais compter sur un magasinier et un préparateur de commandes. Derrière cette nouvelle organisation, l'objectif est simple : « accroître la compétitivité des équipes », explique simplement Guillaume Lentier. Sans en avoir l'air, « c'est un chantier gigantesque pour lequel on a gravi une montagne » et qui consiste ni plus ni moins qu'à accroître la compétitivité des équipes. « Cette réorganisation va nous permettre d'utiliser les compétences là où elles doivent l'être, avec des coûts associés à chaque étape qui sont les bons » et qui vont permettre au groupe, espère son dirigeant, « de gratter de la marge ».
Des survivants de l'industrie
Car après une période faste qui a vu Caudrillier employer jusqu'à 180 collaborateurs répartis sur cinq sites, dont un à Douala au Cameroun, la crise de 2008 a durement frappé la PME normande. Confronté régulièrement au chômage partiel dans les années qui suivent, le P-dg de l'époque Jean-Yves Caudrillier finira par céder la branche havraise du groupe dédiée à la pétrochimie. L'entreprise qui ne compte alors plus que 80 salariés sera reprise par Guillaume Lentier en 2011. Alors malgré « la frustration et l'injustice de ne se sentir que des survivants de l'industrie », dixit Guillaume Lentier, c'est désormais un nouveau chapitre qui s'ouvre pour cette entreprise qui, avant de restaurer ses marges, aura déjà réussi à faire croître son chiffre d'affaires de 20 % sur un an.