Sur son site de Carros, Ecogem est quasi à l’arrêt. D’ordinaire, "400 machines à laver traversent les lieux chaque jour, provenant des quatre coins de la région", assure Benjamin Carlu, directeur des opérations de l’entreprise.
Du gros électroménager (GEM) récupéré par Darty ou par l’enseigne niçoise Ubaldi chez des clients qui souhaitent s’en séparer et qu’Ecogem teste et répare quand cela est encore possible. "On en sauve environ 25 % que l’on envoie vers des associations, des entreprises sociales et solidaires, comme le réseau Envie ou Emmaüs. On leur donne une seconde vie au lieu de les déchiqueter."
Une activité qui génère 25 emplois.
Un client pour 95 % de son activité
Mais ceux-ci sont aujourd’hui menacés. Ces derniers temps, pas plus de 40 machines à laver leur arrivent quotidiennement. Leur premier et principal client, l’éco-organisme Ecosystème (CA 2024 : 429 M€), ayant mis fin au contrat qui les liait jusqu’en 2028 et dont l’activité d’Ecogem dépend à 95 %.
"Il y a plusieurs mois, ils nous ont d’abord demandé de revoir notre copie sur les prix, de baisser nos tarifs, reprend Benjamin Carlu. Après, ils nous ont dit que le local que nous occupons, dans lequel ils nous ont eux-mêmes installés, ne répondait pas aux normes d’un site traitant du déchet. Or, les appareils que nous traitons ne sont pas encore au stade de déchets, ce sont des produits à réemployer. Finalement, du jour au lendemain, ils ont décidé de détourner les flux qui arrivaient chez nous vers d’autres plateformes logistiques."
Une réglementation non respectée ?
Agréé par les pouvoirs publics et financé grâce à l’éco-participation, l’éco-organisme Ecosystème assure en effet que l’entreprise azuréenne ne répond pas à la réglementation ICPE (installations classées pour la protection de l’environnement, NDLR).
"Ce site traite des déchets. Nous leur avons laissé le temps de faire ce qu’il fallait mais ils ne nous ont jamais transmis aucun justificatif, explique Claire Lemarchand, sa porte-parole. C’est une cause de rupture. De facto, le contrat est rompu."
C’est désormais au tribunal de commerce Nanterre, saisi par Ecogem, de se prononcer.
150 000 machines traitées
En attendant, au sein de l’entreprise azuréenne, on se dit "dépités" par la situation. "Depuis 2023 que ce site a démarré, 150 000 machines sont passées chez nous, soit 7 600 tonnes de matériel qui ont été traitées sans aucun problème", souligne Benjamin Carlu.
Ecogem nourrissait de fortes ambitions pour renforcer le réemploi. Elle a ouvert un atelier à Paris où 35 personnes travaillent au reconditionnement de téléphones portables ainsi qu’à la collecte à domicile des encombrants électroménagers ou de matelas pour la Ville de Paris.
Elle a également entamé une diversification de son activité sur la Côte d’Azur en collectant vêtements et tissus avec l’éco-organisme Refashion. Pour autant ces nouveaux marchés ne représentent toujours que 5 % de son activité.
Quant à l’école interne qu’elle avait lancée pour former des techniciens spécialisés dans le réemploi, Ecogem a été contrainte de la fermer.