« Nous espérons que d'autres entreprises chinoises s'implanteront à Carhaix », glissait Christian Troadec, le maire de Carhaix, à la délégation chinoise venue visiter le chantier de l'usine Synutra en juin dernier. Une phrase qui résume à elle seule ses objectifs : attirer les investisseurs sur son territoire et donner un grand coup de fouet à l'économie du Centre-Bretagne.
La poudre de lait, évidemment
Mu Xisen, président de la production du groupe Synutra, ne s'y est pas trompé. « Nous avons choisi Carhaix car on peut s'y approvisionner en lait de très bonne qualité, et nous avons bénéficié d'un accueil formidable de la part de Carhaix et de la communauté de communes », explique-t-il. « Du point de vue d'un investisseur, il y avait suffisamment de terrain, disponible rapidement, et il en allait de même en matière d'approvisionnement énergétique. » L'usine devrait générer 250 emplois, directement ou indirectement, notamment du fait des besoins en logistique. Par ailleurs, et même si la question de l'acheminement de la poudre de lait ne sera tranchée qu'en octobre ou novembre, Carhaix bénéficie de la proximité du port de Brest. « Si nous le retenons pour faire transiter notre production, il se pourrait qu'il se voit doté d'une ligne directe vers Qingdao, en Chine », ajoute Mu Xisen. Une possibilité qui pourrait donner des idées à d'autres investisseurs potentiels.
Centralité et ressources
Les atouts de Carhaix ? Une position centrale, à moins de trois quarts d'heure des zones urbaines de Bretagne occidentale et à deux heures de Rennes ; une offre immobilière et foncière compétitive (dont 19 parcs d'activités sur plus de 120 ha) ; la proximité de ressources agricoles, de sources d'eau et des zones portuaires de Brest et Lorient. De quoi, peut-être, espérer rattraper le retard économique pris sur Brest ou Quimper... « Nous avons de très belles entreprises sur le territoire », martèle Christian Troadec, qui cite pêle-mêle la cartonnerie DS Smith (250 salariés, 74M? de CA), principal employeur du territoire, Ardo Gourin (350 ETP, 98M? de CA), Dujardin Bretagne (42 salariés, 19M? de CA en 2012), ou encore les Volailles du Poher (une centaine de salariés, 8M? en 2012).
De l'agriculture vers les services et l'industrie
L'agriculture représente encore une grande partie de l'activité de la zone avec 24 % de 900 établissements, derrière les services (32 %). Viennent ensuite respectivement le commerce de gros et de détail (22%) et la construction ( 11 %). Les secteurs de l'énergie et de l'industrie (respectivement 5 et 3 %), devraient se développer d'ici peu avec la mise en service de l'usine Synutra (160M? d'investissement, 200 emplois à venir et 100.000L de lait traités chaque année). Sans oublier celle du réseau de chaleur que Suez Environnement mettra en service cette année, notamment pour l'alimenter en énergie verte
Pertes d'emplois dans l'agroalimentaire
Mais ce dynamisme cache aussi quelques traumatismes, comme la fermeture de l'usine de saumon Marine Harvest Kritsen à Poullaouën qui employait 500 salariés. « L'évolution est mitigée quand même », pointe Freddie Follezou, patron du traiteur de la mer Océaniques (15 salariés ; 3M? de CA ; RN positif). Installé depuis 89 à Carhaix, il a vu également la fin d'Unicopa. « Sur un plan purement comptable concernant l'emploi, l'arrivée de Synutra compense en partie. Mais est-ce assez pour relancer l'économie ici ?, s'interroge Freddie Follezou. On s'intéresse aux grands groupes, pas aux PME qui ne sont pas suffisamment fédérées. Cela fait 20 ans que je n'ai plus vu un élu, local, régional ou national ! » Le manque de cohésion est aussi relevé par Pascal Quénéa, gérant de Quénéa. La PME carhaisienne (25 salariés ; 4 millions d'euros de CA) est spécialisée dans le photovoltaïque. « Il faut faire tomber les frontières dans le centre Ouest Bretagne, qu'elles soient départementales ou communales. Les politiques sont encore trop individuelles. Les efforts sont faits mais les actions se font en parallèle plutôt que tous ensemble, regrette-t-il. Le territoire avance économiquement mais ce n'est pas encore assez. Il faut aller plus vite sur le numérique, la transition énergétique par exemple. Il y a des challenges à relever et on gagnerait à être plus réactifs ! »
Prendre le train de la révolution numérique
Christian Troadec a bien compris que le numérique devait être une priorité. « Les travaux pour "fibrer" le territoire commenceront dès le milieu de l'année prochaine. Car une chose est sûre : on ne loupera pas la révolution numérique à Carhaix ! On a aussi les Vieilles Charrues, qui sont un vecteur permanent d'attractivité... En prime, nous avons une véritable identité à faire valoir. Pour attirer les gens, il faut avoir des choses à raconter : nous, nous avons beaucoup de choses à leur dire ! »
Jean-Marc Le Droff et Isabelle Jaffré
L'arrivée de l'usine de production de poudre de lait Synutra à Carhaix a mis en lumière cette petite ville de 8.000 âmes. Mais les Chinois ne sont pas les seuls à participer au développement économique du Poher. Tour d'horizon d'un territoire en pleine mutation.