Créé en 1976 à l'initiative des industriels haut-normands, le site Semedi duHavre pourrait bien ajouter une corde supplémentaire à son arc en exploitant à l'échelle industrielle le potentiel de son pilote de captage de CO2. C'est tout l'enjeu de la nouvelle phase dans laquelle vient d'entrer le projet porté par la société d'économie mixte (détenue à 40% par les industriels locaux de la pétrochimie, à 25% par le département, par les CCI duHavre et de Fécamp-Bolbec et la CDC) d'une part, et son exploitant Sedibex (Veolia Propreté), d'autre part, en partenariat avec le Laboratoire de sécurité des procédés chimiques (LSPC) de l'Insa de Rouen.
Redistribuer du CO2 aux industriels
Après les premiers essais de laboratoire, le pilote de capture de CO2 a été installé en juin directement sur le site de l'usine, au coeur de la zone industrialo-portuaire duHavre, puis connecté aux fumées produites par l'incinération des déchets dangereux issus en grande partie des industries pétrochimiques locales. Une phase de travaux qui devrait s'étendre jusqu'à la fin de l'année, menée de concert avec une étude technico-économique qui doit permettre de dimensionner le pilote industriel et de valider le projet. L'enjeu, à termes, consisterait à alimenter en CO2 des industriels implantés à proximité du site qui utilisent le dioxyde de carbone dans la mise au point de leurs produits (potentiellement les industriels de la pétrochimie que sont Lubrizol ou encore Chevron, notamment).
Un exemple d'économie circulaire
À l'heure actuelle, l'exploitant Sedibex, filiale de Veolia Propreté (division déchets de Veolia Environnement), est autorisé à traiter chaque année quelque 165.000 tonnes de déchets dangereux qui génèrent potentiellement 300.000 tonnes de vapeur revendues à des industriels de la zone -quatre et bientôt cinq avec le raccordement par pipeline du site Renault Sandouville dès l'automne prochain. Le propriétaire du site avait d'ailleurs engagé un lourd investissement de l'ordre de 37M€ pour la mise en service en juin2010 d'une nouvelle ligne de production. Un exemple «d'économie circulaire» que Semedi et Sedibex comptent bien reproduire en exploitant le potentiel industriel du captage de CO2. À première vue, l'idée semble séduisante: «il y a sur la place duHavre des industriels qui ont besoin de CO2 dans leurs process», explique Bertrand Bellanger, le président du conseil d'administration de Sedibex. Le site, qui produit chaque année près de 175.000t de gaz carbonique, pourrai ainsi «servir les industriels du secteur en CO2 dans des conditions économiques cohérentes et intéressantes». À termes, l'usine pourrait récupérer entre 10% et 15% du CO2 produit sur site, soit près de 20.000t par an.
Une alternative au stockage du CO2
Selon Lionel Estel, enseignant-chercheur à l'Insa de Rouen, le captage en vue d'une réutilisation locale est une piste très sérieuse, beaucoup plus satisfaisante que tout ce qui se pratique aujourd'hui: «le captage conduit naturellement au stockage en sous-sol, ce qui pose un problème du point de vue du bilan environnemental. Ce n'est donc pas une solution viable dans le temps car on peut estimer que d'ici moins d'un siècle les sites de stockages disponibles seront saturés». Sans compter les risques liés au transport. «Alors qu'aller chercher le CO2 dans les fumées pour le rétrocéder localement, c'est de l'écologie industrielle!», justifie le chercheur. Avec cette production locale, l'économie est même double pour les utilisateurs: «on économise sur le transport et sur la compression du CO2», étape elle-même énergivore. Les partenaires entament donc une nécessaire phase d'évaluation destinée à améliorer le processus et qui pourrait, si les résultats sont positifs, déboucher d'ici trois ans sur l'implantation d'une unité dédiée sur le site Semedi.
Guillaume Ducable
Énergies Le site de retraitement de déchets industriels Semedi auHavre, exploité par la filiale de Veolia Propreté, Sedibex, entame la phase de tests sur site de son pilote de captage de CO2. Une installation développée en partenariat avec l'Insa de Rouen.