Après d’ultimes négociations pour sortir de l’impasse budgétaire, Sébastien Lecornu a annoncé plusieurs ajustements concernant les entreprises dans une lettre qui leur est adressée. Le Premier ministre y assure que "2026 sera une année de stabilité pour les entreprises françaises avec une attention particulière portée aux PME, ainsi qu’aux ETI, qui constituent l’ossature productive du pays".
La baisse de la CVAE supprimée
Cette lettre, diffusée sur les réseaux sociaux du Premier ministre, présente cependant plusieurs modifications par rapport au projet de loi de finances initial. Si le coût du travail n’est pas alourdi en préservant les allégements de charge bénéficiant aux entreprises, la baisse de la Cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE) est quant à elle supprimée.
Initialement, la baisse de cet impôt acquitté par les entreprises réalisant un chiffre d’affaires supérieur à 500 000 euros, devait atteindre 1,3 milliard d’euros dès 2026 avec l’horizon de la supprimer définitivement en 2027. "Je reste néanmoins persuadé qu’il faudra demain poursuivre la baisse de la CVAE qui a été entamée ces dernières années", assure Sébastien Lecornu.
"Pas un bon signal" pour le Meti
Du côté des représentants des entreprises, Florence Naillat, déléguée générale adjointe du Meti (Mouvement des entreprises de taille intermédiaire), se montre prudente. "Nous n’avons pas encore la copie définitive du projet de budget, il est donc compliqué de se positionner de manière ferme", prévient-elle. "On ne peut pas vraiment se féliciter que le coût du travail n’augmente pas quand il a été alourdi en 2025, année où la baisse des allégements de cotisations sociales a atteint 1,5 milliard d’euros", regrette Florence Naillat.
La suppression de la baisse de la CVAE n’est "pas un bon signal" pour la déléguée générale adjointe du Meti. La baisse de cet impôt "aurait pu avoir un effet libérateur", notamment pour les ETI industrielles. Elle regrette que "le seul signal qui aurait pu servir la compétitivité, tombe finalement à l’eau".
La surtaxe sur les bénéfices des très grandes entreprises reconduite
La surtaxe sur les bénéfices des très grandes entreprises est, elle, reconduite selon les mêmes modalités qu’en 2025, tout en excluant explicitement les ETI. Environ 300 entreprises sont concernées selon le Premier ministre. Cette taxe "contribuera directement au financement de l’accélération de notre trajectoire de défense", indique Sébastien Lecornu. Elle remporterait 8 milliards d’euros, a précisé la porte-parole du Gouvernement Maud Bregeon.
Des économies sur l’apprentissage
Concernant les aides aux entreprises, l’apprentissage va subir un "effort d’économie ciblé et maîtrisé", rappelle par ailleurs le Premier ministre sans repréciser les mesures prévues. Dans le projet de loi initial, le gouvernement prévoyait une enveloppe de 2,1 milliards d’euros en 2026 pour les employeurs d’apprentis, contre 3,1 milliards d’euros en 2025.
Selon une étude de la Direction générale du Trésor publiée en novembre 2025, "la forte expansion de l’apprentissage a été associée à un quasi-triplement de son coût" qui a atteint en 2023 environ 15 milliards d’euros, soit 14 700 euros par apprenti. 879 000 nouveaux contrats ont été signés en 2024, contre 306 000 en 2017.
Un "exercice de continuité sans réflexions profondes" pour Impact France
L’ensemble de ces mesures montrent qu’une "voie est ouverte pour éviter une crise que la France ne peut pas se permettre, dans un contexte marqué par l’incertitude économique et par des tensions internationales qui exigent de la stabilité", reconnaît Pascal Demurger, président d’Impact France. "Les compromis trouvés sont coûteux mais ils permettent de préserver une trajectoire de déficit crédible", selon lui.
Il regrette cependant que ce projet de budget "reste un exercice de continuité sans réflexions profondes ni mesures sur des sujets dont dépend notre avenir" comme l’indépendance énergétique, la rationalisation de certaines niches fiscales ou encore "le financement d’une innovation tournée vers le long terme à travers l’évolution de dispositifs comme le crédit d’impôts recherche".