BTP : «Le Finistère a perdu 47 entreprises en novembre»
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BTP : «Le Finistère a perdu 47 entreprises en novembre»

Bâtiment Certaines mesures du plan de rigueur annoncé le 7 novembre touchent directement le bâtiment. Mais les professionnels redoutent plus la crise de confiance.

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ean-Paul Jégou, vous pré




sidez la Fédération du bâtiment et des travaux publics 29. Quelles seront, selon vous, les conséquences d'un passage de 5,5% à 7% de la TVA à taux réduit sur l'entretien et la rénovation à partir du 1erjanvier 2012?

Cette TVA a été mise en place en 1999. Passer de 5,5% à 7% impacte à la marge cette mesure. Sur 100.000euros de travaux, cela augmente la facture de 1.500euros! Or, le ticket moyen d'une rénovation énergétique en Bretagne est de 17.000€. Le différentiel se monte à 350euros. À la Fédération du Bâtiment, nous avons conscience des efforts à fournir pour aider notre pays à sortir de cette crise. Le différentiel reste important entre le taux plein et celui-ci. Donc ce n'est pas non plus dramatique. En revanche, un passage à 10 ou à 12% deviendrait très dangereux.


Certains affirment que le plan de rigueur va développer le travail au noir dans la filière bâtiment. À votre avis ?

Je ne le crois pas. Car l'augmentation du taux reste raisonnable. Je crains en revanche que le fossé se creuse avec les auto-entrepreneurs qui sont exonérés de TVA. Ce passage de 5,5% à 7% augmente leur force de frappe.


La fiscalité sur les travaux évolue. Les aides sont désormais "éco-condtionnées". Qu'en pensez-vous?

Il faut bien rappeler qu'en juin l'année dernière, le gouvernement nous avait prévenus qu'un certain nombre d'aides notamment la fiscalité pour les travaux, allait être conditionnée au respect de critères plus stricts en matière de développement durable et d'économie d'énergie. Le plan de rigueur met cette annonce en application. Exemple: le crédit d'impôt accordé aux particuliers pour le changement des fenêtres ne sera plus octroyé sans intégration à un bouquet de travaux ayant trait à la rénovation énergétique du bâtiment. Le champ de l'éligibilité a donc été diminué, dans une période de conjoncture difficile. On ne peut pas non plus dire que cela va mettre l'économie du bâtiment par terre.


La suppression de la loi Scellier est-elle plus grave?

Oui je le pense. Avec cette loi, on construisait entre 72.000 et 75.000 logements par an. Or, on sait très bien qu'il manque des logements dans notre pays. Les supprimer va faire monter le prix de l'immobilier. J'espère que le nouveau gouvernement de 2012, reviendra sur cette disposition capitale pour le monde du bâtiment.


Au final, c'est plutôt la crise de confiance qui vous inquiète?

Oui en effet. Ce qui gène le bâtiment, c'est plutôt cette crise financière nationale, européenne et internationale. Les entreprises souffrent d'un manque de confiance des investisseurs. Les entreprises sont pénalisées par les prix trop bas. Et les politiques publiques de certains donneurs d'ordre, qui retiennent des offres anormalement basses, n'arrangent pas les choses.


Quel est l'état des trésoreries des entreprises que vous rencontrez?

Elles sont exsangues pour beaucoup. En octobre, le Finistère a perdu quelque 60 entreprises dans le secteur du bâtiment. En novembre, on est à 47. Il s'agit d'entreprises de toutes tailles de 1 à 140 salariés. Ce n'est pas près de s'arrêter. En vingt ans, on avait jamais vu ça. Par rapport à d'autres crises, celle-ci se prolonge. Pour les entreprises, il faudra réussir à passer le cap de 2012. On manque de visibilité. C'est bien le problème.

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