« C’est un rapprochement naturel », explique Arthur Jaglin, ex-président de l’Armoricaine Laitière (80 salariés ; 25 M€ de CA). La coopérative, basée à Lanfains (22), a fusionné, le 19 juin, avec Even (5.360 salariés ; 2,2 Md€ de CA), basée à Ploudaniel. Les deux entreprises travaillaient ensemble depuis déjà de longues années. « Cela a démarré dans les années 60. Even avait cautionné un prêt à l’Armoricaine. Les deux directeurs se connaissaient bien », explique Guy Le Bars, président d’Even. Depuis, la collaboration n’a cessé de se renforcer : l’Armoricaine Laitière fournissant Laïta, la filiale d’Even, dans le secteur de l’ultra-frais (les yaourts à boire, le lait ribot, notamment) mais aussi en poudre de lait.
"Zéro licenciement"
Désormais, les 90 adhérents costarmoricains passent sous le giron d’Even. « Il n’y pas de gros changement. Le prix du lait était proche, la part de capital social la même, etc. », indique Arthur Jaglin, devenu vice-président d’Even. Côté salariés (80 chez l’Armoricaine), les finistériens se sont engagés à « zéro licenciement. Mais il faudra peut-être un peu de mobilité mentale. Tout le monde ne fera pas exactement la même chose qu’hier », prévient Christian Couilleau, le DG d’Even.
Grâce à cette fusion, les deux coopératives espèrent faire jouer au mieux leur synergie. L’Armoricaine Laitière (44 millions de litres de lait collectés par an), dont la structure juridique disparaît mais pas la marque, va pouvoir accéder au grand export vers le Moyen-Orient et l’Asie grâce à l’importante structure d’Even, présente dans 110 pays. Les Costarmoricains sont spécialisés notamment dans le lait fermenté (ou ribot), très prisé au Moyen-Orient.
Yaourt à boire et fromagio : marchés de niche et haute valeur ajoutée
Le géant finistérien se voit lui apporter un nouveau produit à haute valeur ajoutée : le fromagio (de type parmesan). L’Armoricaine en produit 700 tonnes chaque année pour la GMS, la RHD (restauration hors domicile), l’agroalimentaire mais aussi pour des affineurs italiens. Il viendra compléter la gamme d’Even de fromages à pâte pressée. Très consommatrice en lait (il faut 400 litres de lait pour faire une meule de 25 kg), cette production tombe à pic dans cette période de fin de quotas laitiers.
La coopérative finistérienne va aussi bénéficier du savoir-faire des adhérents de l’Armoricaine en matière de qualité. « Pour faire ce fromage qui va s’affiner sur 12 à 18 mois, il faut un lait de très grande qualité. On a beaucoup travaillé sur ce sujet », indique Jean-Paul Linet, ex-directeur de l’Armoricaine, qui a intégré le conseil d’administration de Laïta, en charge de l’hygiène et la sécurité. Aucun investissement n’est prévu pour l’Armoricaine suite à la fusion : « On a déjà réalisé 1 à 2 M€ d’investissements chaque année depuis au moins 2003 », précise l’ex-directeur.