Dans les trois priorités stratégiques de son schéma régional pour le développement économique (SRDE), la Région prône renforcement et émergence des filières. Parmi elles, la filière bio. Cette stratégie passe par le développement de l'emploi dans les territoires ruraux car, constat préoccupant, 42 % des entreprises de la région sont dans l'aire urbaine de Toulouse, d'où la nécessité de conforter l'économie de proximité.
Une filière biologique régionale performante
« On a la chance d'avoir une agriculture biologique très présente, avec un beau développement et un taux de progression des plus importants », se réjouit Vincent Labarthe, vice-président du Conseil régional en charge de l'agriculture, de l'agroalimentaire et de l'enseignement agricole, lui-même agriculteur. De fait, Midi-Pyrénées est, en France, la 1re région en nombre d'hectares consacrés à la culture bio (130.000 ha) grâce à un taux de conversion de sa surface agricole de 5,75 % contre 3,93 % pour la moyenne nationale. « Nous avons aussi la chance d'avoir une diversité avec des segments qui marchent bien, précise Vincent Labarthe, comme les cultures maraîchères où il y a un réel besoin du marché avec, par exemple, la restauration collective qui est prête à absorber beaucoup plus de produits ». Et d'ajouter, « il faut que l'aval (des filières) se structure bien et pour cela nous apportons des aides ». C'est ainsi que la filière bovine de production de lait est en train de se positionner sur un projet de lait infantile bio important porté par le groupe Sodiaal, qui à terme pourrait apporter un débouché pour 30 à 40 millions de litres de lait. « Il nous faudra accompagner les éleveurs sur ce projet car cela peut être une source de réelle plus-value pour l'activité d'élevage ».
Innov Bio, sésame pour les petits producteurs
Avec les appels à projets du Conseil régional, ici Innov Bio, l'objectif est « d'inciter les producteurs bio à innover et contribuer à la structuration des filières régionales ». La Région y consacre un budget de 75.000 ?. « Mais l'idée, fait remarquer Vincent Labarthe, c'est que nous puissions servir de levier et non de financeur ». Pour les producteurs de plantes aromatiques et médicinales, il y a là une opportunité. Les acteurs de cette filière sont, tous sans exception, de petites structures dont le volume d'affaires dépasse rarement 30.000 euros, souvent en complément d'une autre activité. Huiles essentielles, baumes, tisanes sont les principales formes que prend la transformation des plantes cueillies ou cultivées. Une dizaine d'entre eux, de l'Aveyron, du Lot, du Tarn et du Tarn-et-Garonne se sont regroupés dans une association, l'Apamam, dont le dossier a été retenu par Innov Bio avec à la clé une enveloppe de 15.000 ? destinée à financer une pré-étude.
La stratégie d'Apamam
« Nous commençons à être nombreux (sur le marché), d'où une concurrence plus forte car le réseau des boutiques (les Biocoop par exemple) est très limité », relate son président, Charles Pioffet, installé depuis huit ans dans l'Aveyron. « Nous avons donc cherché des solutions et identifié trois grands axes : le besoin de visibilité par le référencement sur un portail, puis la mutualisation d'outils de distillation dont le coût est important tel un alambic ; enfin, pour ceux qui font de la plante sèche, comment mettre en avant un territoire, d'où cette idée de mettre en commun un outil de production d'infusettes sous la marque Apamam. » La tisane est en effet un secteur où la maîtrise des coûts (par le regroupement notamment) est indispensable : « En France, un sachet de 30 grammes se paie entre 3,50 et 4 euros alors qu'en Suisse il se vend 10 euros, c'est-à-dire le vrai prix par rapport au travail fourni » explique Charles Pioffet. La mise en commun des outils de production est aussi gage de qualité, donc un atout, selon Charles Pioffet, pour la commercialisation vers des marchés spécifiques comme les restaurateurs parisiens (déjà sensibilisés à des productions régionales telles que l'agneau). Toutefois, « nous sommes partis sur un projet modeste, relativise Charles Pioffet, notamment en ne faisant pas un gros site web, ce qui nous aurait imposé un besoin logistique trop gros ». Le début d'une dynamisation pour une filière appelée à être plus importante encore avec l'apport de Languedoc Roussillon.
Jean-Pierre Marinot
Innov Bio 2015 est un appel à projets destiné à la structuration des filières bio régionales, grâce auquel l'association Apama vise une action collective de la filière plantes aromatiques et médicinales.