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Avis de vents contraires sur la filière textile régionale
Hauts-de-France # Textile et mode # Conjoncture

Avis de vents contraires sur la filière textile régionale

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Partis tambour battant à la reconquête des consommateurs après le Covid, les acteurs de la filière textile régionale font aujourd’hui face à des vents contraires. En l’espace de quelques années, le marché s’est transformé en profondeur. Dans les Hauts-de-France, qui restent un bastion textile, production et distribution sont à la peine.

Le secteur du textile-habillement dans la région Hauts-de-France représente 400 entreprises, dont près de 250 de plus de 10 salariés, et plus de 13 500 salariés au total — Photo : Elodie Soury-Lavergne

Il est sans doute l’un des secteurs régionaux qui voient le plus de nuages s’amonceler à l’horizon. Si tout n’est pas noir pour le textile, nombre d’indicateurs montrent qu’il est entré dans une fameuse zone de turbulences. Et ça secoue d’autant plus que l’embellie semblait s’être installée pour durer.

Selon l’Union des Industries Textiles et de l’Habillement (UITH Nord), le secteur du textile-habillement dans la région représente 400 entreprises, dont près de 250 de plus de 10 salariés, et plus de 13 500 salariés au total. Les Hauts-de-France restent ainsi la 2ème région textile française (20 % des effectifs) après Auvergne-Rhône-Alpes. Après l’hémorragie de la décennie 2008-2018, qui a vu le secteur textile régional perdre 40 % de ses emplois, le tournant des années 2020 a vu un sursaut, contrecoup de la crise Covid. Il s’est traduit par une tentative de relocalisation de la production et des chaînes d’approvisionnement. Un mouvement de courte durée.

Une nouvelle donne

Les acteurs du textile doivent désormais composer avec une nouvelle donne : la consommation responsable profite davantage à la seconde main qu’au Made in France, tandis que les plateformes chinoises d’ultra fast-fashion gagnent du terrain auprès de consommateurs contraints par leur pouvoir d’achat. Cette concurrence déstabilise un peu plus le marché et brouille la perception du juste prix de l’habillement. Le tout, dans un contexte où la hausse des prix de l’énergie comme des matières premières viennent abîmer encore un peu plus les marges des acteurs français.

Fermetures de sites

Si le luxe, notamment dans le linge de maison, se maintient, la fin 2024 et l’année 2025 font clignoter beaucoup de voyants pour le textile régional, dans la production comme la distribution. Et les mauvaises nouvelles s’accumulent : la dernière en date est sans doute la fermeture de la filature de lin que Safilin (21,6 M€ de CA en 2024) avait tenté de réimplanter à Béthune, en 2022, avec l’ambition de produire un lin 100 % made in France. Le projet a été grevé par la hausse des prix de l’énergie, et de mauvaises récoltes de lin, qui ont provoqué une envolée des prix.

23 emplois supprimés, c’est peu à l’échelle de la région. Mais on peut sans aucun doute y voir un condensé des difficultés traversées par la filière : avant Safilin, le plateau Fertile et l’Atelier Agile, deux structures roubaisiennes promouvant une production locale, elles aussi nées de la mobilisation autour du textile Made in France pendant le Covid, ont fermé leurs portes fin 2024. En début d’année, c’est Lener Cordier (une cinquantaine de salariés en France, 14,3 M€ de CA 2022), un fabricant historique spécialisé dans le manteau basé à Hazebrouck, qui a été placé en redressement judiciaire.

Des perspectives liées à l’innovation

La famille a pu garder la main sur l’entreprise et maintenir l’activité, au prix d’une nouvelle réduction de ses effectifs en France, passés de 72 à 48.

Reste un levier d’espoir : l’innovation, dans le recyclage des fibres ou les textiles techniques, permettant de miser sur la valeur ajoutée plus que sur le volume. L’avenir dira si c’est là que se trouvent les clés d’une nouvelle résilience du textile régional.

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