Avec l’achèvement de sa première phase, le programme Syrius (Synergies régénératives industrielles Sud) vient de franchir un cap. Lancé en 2023 et piloté par l’association PIICTO aux côtés de l’Ademe, de la Région Sud, de la Métropole Aix-Marseille-Provence, de Capenergies, Novachim et du Port de Marseille-Fos, il ambitionne de transformer en profondeur le tissu industrialo-portuaire de Fos-sur-Mer, de l’Étang de Berre et jusqu’à Gardanne-Meyreuil et Manosque. Ce territoire émet 18 millions de tonnes de CO₂ chaque année, et représente 50 000 emplois industriels directs et 140 000 indirects.
Baisse des émissions de gaz à effet de serre de 80 % d’ici 2050
La phase 1, dotée de 8 millions d’euros et financée à parts égales par l’État, et les industriels et partenaires, a permis de conduire 28 études et de dessiner trois trajectoires possibles pour atteindre l’objectif commun de réduire de 80 % les émissions de gaz à effet de serre d’ici 2050. "Syrius permet d’alimenter les stratégies futures de l’ensemble des acteurs, et notamment du Grand Port Maritime de Marseille", résume Rémi Costantino, directeur général adjoint en charge des grands projets au sein du port de Marseille Fos.
Parmi les perspectives identifiées, aucune solution unique ne permettra d’atteindre la neutralité carbone. Il faudra combiner plusieurs leviers, à commencer par des infrastructures mutualisées de très grande ampleur, comme le renforcement du réseau électrique, dont l’investissement est estimé entre 1,5 et 3 milliards d’euros, le déploiement d’un hub hydrogène moyennant 5 milliards d’euros, une filière CO₂ intégrant capture, transport et stockage pour une enveloppe de 2 à 6 milliards d’euros.
Un collectif de 60 membres
D’où l’indispensable coopération, qui constitue la force du programme, pour "construire une trajectoire collective de décarbonation ambitieuse en mutualisant les ressources et infrastructures", souligne Nicolas Mat, secrétaire général de PIICTO et coordinateur du programme Syrius.
Soixante membres, dont une cinquantaine d’industriels majeurs, se sont engagés, "mettant leur concurrence de côté pour s’engager collectivement", relève Isabelle Campagnola-Savon, conseillère régionale déléguée a l’économie. "Le jeu collectif est nécessaire pour réussir. Chaque industriel découvre que son voisin détient peut-être un petit bout de sa solution", ajoute Rémi Constantino.
Un territoire puissant
La Région Sud, mais aussi le pôle de compétitivité Capenergies, Novachim, France Chimie Sud ou l’État y voient un levier de transformation économique. "Tout l’objet de Syrius est de rendre ce territoire puissant à travers sa transformation industrielle, en créant emplois et richesses", insiste Isabelle Campagnola-Savon. L’une des promesses du programme réside d’ailleurs dans les retombées sociales. Jusqu’à 5 000 emplois directs pourraient émerger, notamment dans le secteur de la transition énergétique. Mais ce n’est pas tout, l’exécution de ce programme permettrait aussi une amélioration de la qualité de l’air et une attractivité renforcée.
Plusieurs scénarios
Mais les trajectoires dessinées ne sont pas sans incertitudes. Le "scénario tendanciel" montre par exemple que des réductions d’émissions pourraient surtout résulter de baisses d’activité, un écueil que les acteurs veulent éviter. "Nous avons un cap, mais la feuille de route devra être adaptée en fonction des réalités conjoncturelles et structurelles, rappelle Nicolas Mat. Tout le territoire ne va pas basculer d’un coup, il y aura un patchwork mêlant différentes énergies pour sortir progressivement des énergies fossiles."
Une phase 2, concrète
La phase 1, consacrée aux études et désormais achevée, le programme entre dans une nouvelle phase. Un dossier a été déposé en juillet 2025 auprès de l’État et de l’Ademe pour obtenir près de 16 millions d’euros de financements publics, sur un budget total supérieur à 30 millions d’euros. "Les budgets des appels à projets sont sécurisés, mais les aides seront moindres car les études sont aujourd’hui plus matures", souligne Simon Deltombe, coordonnateur national ZIBaC (Zones Industrielles Bas Carbone) à l’Ademe, opérateur du dispositif France 2030.
Cette phase 2, qui débutera en 2026, doit permettre d’approfondir les scénarios, de synchroniser la montée en puissance des réseaux électriques, CO₂ et hydrogène, mais aussi de documenter les mutations industrielles déjà à l’œuvre. "Dans cette nouvelle étape, nous allons tirer les enseignements de ce qui s’est joué ces dix dernières années et rendre plus explicites les transformations en cours et futures", explique Nicolas Mat.
Pour les industriels, la démarche représente une bouffée d’oxygène dans une période d’inquiétudes, comme le souligne Stéphane Bergamini, délégué général chez France Chimie Méditerranée : "La chimie est en danger, mais la décarbonation reste une trajectoire forte. Cette dimension coopérative entre industriels et institutionnels est la solution que nous attendions."