De prime abord, il ne semble rien avoir d’extraordinaire. Le gilet conçu par Tethys change pourtant littéralement le quotidien de nombre de travailleurs. "Nous avons pour mission d’apporter du confort thermique", résume Giacomo Saccone, fondateur et dirigeant de la start-up azuréenne basée à Sophia Antipolis, qui a inventé un "dispositif de contrôle thermique personnel, une climatisation réversible intégrée à du textile." Celle-ci agit en 20 secondes à peine.
Un système de batteries d’une autonomie de 3 heures 30, six modules thermoélectriques à l’avant et autant à l’arrière et un potentiomètre pour régler le tout équipent ce gilet de 1,7 kg fabriqué dans des entreprises adaptées basées à Toulon et à Toulouse. À terme, Tethys compte elle-même en devenir une.
Du satellite à la miniaturisation
Ingénieur nucléaire formé en Italie, son pays d’origine, Giacomo Saccone s’est lancé dans le spatial. Après un stage au CEA, à Paris-Saclay, il part aux États-Unis et sort du prestigieux MIT de Boston, l’Institut de technologie du Massachusetts, avec un doctorat en contrôle thermique actif des satellites. Un parcours qui le conduit à Cannes, chez Thales Alenia Space où il évolue pendant huit ans. "J’ai pu participer à la conception du premier dispositif de contrôle thermique actif jamais conçu dans le monde, et pour les deux plus grands satellites jamais construits en Europe, explique-t-il avec son accent chantant. Grâce à ces systèmes, nous pouvions réaménager la charge utile dans les satellites et les rendre ainsi beaucoup plus puissants. À un moment, je me suis dit que j’allais tout miniaturiser, passer d’un satellite de 10 tonnes à l’humain. C’est comme ça qu’est née l’idée du gilet. On a tout miniaturisé et rendu flexible."
Pour des températures extrêmes
En décembre 2022, il dépose un brevet international et en avril suivant, il crée sa société qui compte désormais 11 collaborateurs. Il se lance sur fonds propres et avec l’aide de Thales, via sa filiale Géris, et recevra ensuite le soutien de Bpifrance.
GSF, ArcelorMittal, la SNCF, La Poste, Framatome… les grands comptes sont rapidement convaincus. Tethys a développé son gilet pour pouvoir évoluer dans des "environnements extrêmes", soit en dessous de 10 degrés ou au-dessus de 30 degrés. "GSF par exemple fait de la propreté dans les bureaux, mais aussi dans des usines, raconte le dirigeant. Nous sommes allés dans une verrerie où les employés nettoient le sol pendant que les machines tournent. Il faisait 60 degrés, on était dans un sauna ! En plus avec les EPI (équipements de protection individuelle, NDLR), c’était franchement horrible. Là ils étaient hyper contents parce qu’ils étaient au frais."
6 000 euros d’économie
Mais la régulation thermique en entreprise va finalement au-delà d’une simple question de confort ou d’adaptation climatique. Tethys met en avant les effets néfastes des fortes chaleurs (ou grand froid) sur les travailleurs qui perdent en lucidité et en concentration, à commencer par la baisse de la productivité et la hausse des accidents. Une régulation thermique adaptée permettrait ainsi, selon l’entreprise, de réaliser une économie "de 6 000 euros par travailleur et par an".
Vers une première levée de fonds
Pour l’heure, la start-up a vendu plus de 60 de ces gilets. Giacomo Saccone vise la rentabilité début 2026 avant de partir à l’assaut du marché européen en 2027 via des distributeurs, puis l’année suivante de "débarquer dans le monde, c’est-à-dire en Australie, au Japon, au Canada et aux États-Unis, des pays où le coût de la main-d’œuvre justifie le prix d’achat." Ou de location : 200 euros par mois, 750 euros l’année.
Pour accompagner ces ambitions, Tethys compte sur une première levée de fonds d’ici la fin de l’année, visant entre 500 000 et 600 000 euros.