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n tant que vice-président délégué aux entreprises, à l'emploi et au développement économique, quelles sont vos priorités pour la Région dans son nouveau périmètre Auvergne-Rhône-Alpes ? Nous avions, je tiens à le rappeler, deux régions qu'il a fallu réunir au 1er janvier dernier. Notre priorité immédiate est donc de réussir la fusion de ces deux ensembles. Laurent Wauquiez a sur ce point une ligne très claire. Il estime qu'une seule région doit coûter moins cher et doit être plus efficace que deux entités. Cela passe par la fusion des services des deux anciennes régions ainsi que par l'harmonisation du politique. Nous devons, dans ce nouveau cadre, faire des économies sur le fonctionnement.
Vous estimez par ailleurs que la loi NOTRe ne vous « donne pas les moyens », dites-vous, de votre politique...
C'est pour cela que des économies de fonctionnement sont indispensables. La loi NOTRe interdit en effet aux départements d'intervenir sur l'économie et positionne clairement la Région comme chef de file de l'économie et de l'aide aux entreprises. Politique qu'elle doit mener en lien avec les Métropoles de la nouvelle région (Grenoble et Lyon) et les EPCI à fiscalité propre. Or, la loi aujourd'hui interdit aux départements de continuer tout en ne prévoyant pas le transfert financier aux Régions. C'est une vraie carence dans la loi NOTRe qui ne prévoit aucun moyen pour les Régions. Dans le projet de loi de finance, la seule compensation financière qui est prévue pour les Régions, c'est la moitié de la CVAE (cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises, Ndlr) ; cotisation qui est clairement fléchée pour compenser le transfert de compétences sur les transports et non sur l'économie. On demande ainsi aux Régions de s'occuper de l'économie à la place des départements et ce, sans leur en donner les moyens.
Ce plan d'économies que vous préparez remet-il en question l'existence des différentes agences de développement du territoire ?
Nous avons plusieurs agences qui font en effet du développement et de l'innovation et qui sont soit adossées au Conseil régional, soit aux départements. En terme de gouvernance, nous devons mettre de l'ordre. Parce que nous voulons pousser la porte des entreprises et aller sur les territoires en matière d'investissements, oui cela va passer par des restructurations et par une diminution d'un certain nombre de structures. Mais il est trop tôt pour vous dire lesquelles. La rationalisation est en tout cas une ligne conductrice qui n'est pas négociable de façon à pouvoir réimpulser de l'argent sur l'investissement.
Votre autre grand chantier porte sur l'élaboration du schéma de développement économique. Quel est votre calendrier et vos priorités ?
Nous voulons engager une phase de concertation avec l'ensemble des départements et Métropoles de la Région pour recenser justement les besoins et les priorités. Cette phase va commencer ce mois-ci en Haute-Savoie puis sur l'emsemble du territoire. Viendra ensuite la saisine du Ceser vers septembre suivi du travail avec les services de l'Etat pour arriver à un arrêt définitif du schéma en décembre. Nous souhaitons avec ce nouveau schéma de développement conforter nos locomotives régionales mais faire en sorte que celles-ci tirent l'ensemble des wagons. Nous souhaitons ainsi que ces locomotives jouent un rôle structurant dans l'élaboration de filières qui visent à tirer les autres territoires qui n'ont pas la chance d'avoir des pôles d'activité aussi forts.
Plus globalement, quelle analyse faites-vous aujourd'hui de la réforme territoriale ?
Je suis un décentralisateur mais je pense que notre pays s'en sortira le jour où il aura confiance en ses territoires. Aujourd'hui, la République doute de ses territoires, elle ne cesse de mettre des contraintes et des contrôles. Je vis la France ? pays dont je suis fier ? comme une république qui nous craint, qui a peur de nous. Il n'est evidemment pas question qu'Auvergne Rhône-Alpes en fasse les frais.
Propos recueillis par Pierre Tiessen
Interview. Le nouveau "Monsieur économie" du Conseil régional plaide pour un plan de rationalisation. Avec pour conséquence probable, la disparition de certaines agences de développement économique du territoire Auvergne-Rhône-Alpes.