Comment se portent les entreprises d’Auvergne-Rhône-Alpes ?
Pas au mieux. La situation se dégrade d’abord dans le ressenti des dirigeants. Une de nos enquêtes montre que 70 % d’entre eux sont inquiets. C’est 11 % de plus depuis les résultats des législatives. Les dirigeants font face à plusieurs freins. À commencer par le manque d’activité généré par une baisse de la consommation ou à une faiblesse du carnet de commandes. Deuxième frein au développement : les coûts de production restent élevés. Conjugué aux problèmes de recrutement, cela diminue la compétitivité de nos entreprises.
Vous évoquez les problématiques de recrutement des entreprises. C’est toujours une problématique ?
Effectivement. À ce panorama un peu morose vient s’ajouter les difficultés de recrutement liées au manque de formation pour les métiers spécialisés ou encore le manque de candidat dans certains secteurs comme le secteur CHR (café, hôtel, restaurant).
Cela doit avoir des conséquences sur la pérennité des entreprises de la région. Quid des défaillances ?
Les conséquences sont considérables, notamment sur les défaillances d’entreprises qui ont enregistré une hausse de 29,3 % entre juillet 2023 et juin 2024. Sur cette période, 7 440 entreprises ont été en défaillance. Ce résultat est plus élevé en Auvergne-Rhône-Alpes qu’au niveau national où l’on enregistre 25,6 % de hausse des défaillances. Sur les 7 dernières années (hors covid), c’est le pire bilan enregistré par nos TPE-PME régionales. Un bien triste record !
Et les conséquences ne s’arrêtent pas là ! Ce cocktail a un impact délétère sur les investissements directs. 22 % des entreprises interrogées dans notre enquête ont renoncé à tout ou partie de leurs investissements prévus. Par ailleurs, 28 % des TPE-PME enregistrent au premier semestre 2024 une hausse de leur chiffre d’affaires contre 36 % qui connaissent un recul en la matière.
Est-ce qu’il y a quand même des bonnes nouvelles ?
Oui. De beaux projets se profilent. La liaison ferroviaire entre Lyon et Turin ainsi que les JO d’hiver 2030 vont mobiliser et donner un nouveau souffle aux carnets de commandes. Sans oublier l’implantation des EPR 2 au Bugey, dans l’Ain. Cela représente d’énormes projets industriels, qui vont s’inscrire dans un temps long. De quoi soutenir l’activité sur plusieurs années. Nous travaillons d’ailleurs à adapter les entreprises à ces grands projets. En collaboration avec l’État la Région, la CPME et le Medef, nous avançons ensemble pour stimuler le tissu économique, pour développer les marges et participer au développement du territoire.
Et il ne faut pas oublier qu’il y a des secteurs en hausse notamment le tertiaire supérieur ou encore l’ingénierie informatique. De plus, l’Auvergne-Rhône-Alpes est dotée d’un tissu d’entreprises extrêmement résilientes dans des secteurs d’envergure internationale où nos industriels sont reconnus mondialement pour leur expertise. Et puis nous sommes là, en tant que chambre consulaire, pour les accompagner.
Sur le plan politique, comment voyez-vous la suite avec un nouveau premier ministre et un nouveau président de Région ?
Les États-Unis ont lancé la machine industrielle. Ils ont relancé leur industrie de façon forte grâce à l’IRA (Inflation Reduction Act, loi américaine de 2022 fléchant environ 370 milliards de dollars de soutien à politique industrielle, NDLR). La Chine, quant à elle, subventionne son industrie et inonde le marché de produits à bas prix.
Dans ce contexte, il est primordial de préserver la compétitivité des entreprises françaises, et pour cela, de ne pas alourdir encore les charges qui pèsent déjà sur elles. Il faut que l’on supporte la compétitivité de nos entreprises et cela passe par la baisse des prélèvements obligatoires. Il y avait une trajectoire de baisse des impôts de production, aujourd’hui en partie suspendue. On entend parler de hausse d’impôts et de réduction d'allégements de charges donc on va être vigilant. Il ne faut pas alourdir les charges des entreprises. Cela mettrait en difficulté leur productivité et donc leur compétitivité. Nous surveillons de près le projet de loi de finances.
Plus localement, nous avons un rapport de confiance avec le nouveau président de Région, Fabrice Pannekoucke, qui a annoncé poursuivre la politique économique initiale. Il se préoccupe des entreprises locales, je pense que nous allons très bien travailler ensemble.
Si vous aviez un conseil à donner aux entreprises de la région, quel serait-il ?Auvergne-Rhône-Alpes est une terre d’entrepreneuriat. Elle bénéficie d’un solide tissu d’entreprises positionnées sur tous les secteurs à un niveau d’excellence. Je conseillerais toutefois aux entreprises de se faire accompagner pour faire face aux grands enjeux actuels. Qu’il s’agisse de transition écologique, de transformation numérique, de mutations RH, de création d’entreprise, d’export, de développement commercial. Les 13 CCI d’Auvergne-Rhône-Alpes (500 élus ; 1 400 collaborateurs, NDLR) sont là pour accompagner les entreprises sur toutes leurs problématiques.
Nous n’agissons pas seuls. La grande chance des entreprises est qu’elles peuvent bénéficier en Auvergne-Rhône-Alpes d’un écosystème économique de qualité dont les acteurs travaillent main dans la main. En tant qu’établissements publics, les CCI travaillent en lien étroit avec la Préfecture et l’ensemble des services de l’État, ainsi qu’avec les partenaires de premier rang que sont la Région et ses agences, les organisations professionnelles Medef et CPME, mais aussi l’ensemble des acteurs économiques. Auvergne-Rhône-Alpes est une terre de travail, d’entreprises, d’industrie mais aussi une terre de concorde qui sait faire converger toutes les énergies pour atteindre un objectif commun : le développement du territoire. C’est cette coopération, cette culture multiséculaire qui nous a permis, au fil du temps, de devenir la deuxième région économique et la première région industrielle de France en nombre d’entreprises.