Au Mans, les Compagnons du devoir se projettent dans du neuf. Leur future maison ne sera pas un investissement en propre, mais une opération réalisée avec le promoteur parisien Kaufman & Broad et le bailleur social angevin Podhelia. La maison de ces artisans en formation quittera le Vieux-Mans pour le sud de la ville, et un immeuble de quatre étages. L’emménagement est prévu au cours du dernier trimestre 2026. Les travaux de déconstruction devraient commencer dans les prochaines semaines.
Un hôtel d’un autre âge
Depuis une quarantaine d’années, les Compagnons du devoir logent dans le quartier Plantagenet. Acquis en 1977, et bien que rénové depuis, l’hôtel particulier de 1 600 m2 datant du XVIIIe siècle a cependant atteint ses limites. "Les travaux de mise aux normes PMR (personne à mobilité réduite) représenteraient un coût trop important à supporter pour nous. D’autre part, nous avons dépassé notre capacité d’hébergement qui est d’une soixantaine de lits : nous devons louer deux appartements pour y loger une dizaine de jeunes. Ce qui ne correspond pas à l’esprit des Compagnons, qui est de vivre ensemble dans le même lieu", regrette Joseph Bois, prévôt de la maison du Mans.
Des effectifs en hausse
Actuellement, la maison du Mans accueille 75 compagnons orientés dans quinze métiers. "Nous avons enregistré une hausse des demandes ces dernières années. Cela répond à une politique nationale des compagnons : il fallait remplir les maisons. Maintenant que cet objectif est atteint, le but sera davantage de stabiliser le nombre de jeunes accueillis", explique Joseph Bois.
Ces objectifs clairs ont permis de se projeter pour dessiner les plans et définir la disposition de l’immeuble qui abritera la future maison. Le bâtiment aura donc une capacité de 75 lits, disposant de 42 T1 et d’un T3, et toujours d’un restaurant et de salles de cours pour le soutien le soir — les formations théoriques sont dispensées à Nantes, Angers, Rennes ou encore Pantin pour les maroquiniers. "Il est pour l’instant prévu que l’atelier, qui se trouve à l’extérieur de la maison, reste à sa place", indique Joseph Bois.
La maroquinerie en vogue
Cette hausse de demandes d’hébergement au Mans s’explique par la relance de certains métiers en Sarthe. "En maroquinerie, il y avait cinq à six jeunes accueillis par an, habituellement. Ils sont dix-huit actuellement…" rapporte Joseph Bois. Les effectifs des carrossiers et pâtissiers sont également en progression. La localisation au sud permettra également de se rapprocher des zones économiques du Mans Sud et donc d’entreprises.
Les femmes plus nombreuses
La place des filles dans les quatre grandes branches de métiers des compagnons — bâtiment, industrie, métiers de bouche, matières souples (textile, maroquinerie, botterie, tapisserie d’ameublement…), explique aussi l’essor des effectifs. "Les femmes représentent aujourd’hui 30 % des jeunes, et pas seulement dans les métiers de la maroquinerie ou de la pâtisserie. Elles sont aussi de plus en plus nombreuses à se lancer dans la menuiserie, l’ébénisterie, la charpente, la taille de pierre…" constate le prévôt du Mans.
Allonger les tours de France
La Maison des compagnons accueille des jeunes en train de réaliser leur fameux tour de France des patrons, dont le but est de se former aux meilleurs savoir-faire pour leur futur métier. Actuellement, seuls 10 % des apprentis entrants achèvent le parcours prévu sur plusieurs années. Les Compagnons du devoir mènent actuellement une réflexion sur les leviers et moyens qui favoriseraient un taux plus important de finalisation des tours de France engagés. Ces parcours durent en moyenne quatre à cinq ans, avec un changement de ville (et d’entreprise) chaque année, dont une étape à l’étranger.