Attentats : Comment l'entreprise peut-elle lutter contre le fanatisme ?

Attentats : Comment l'entreprise peut-elle lutter contre le fanatisme ?

Les dirigeants de Rhône-Alpes lancent des pistes de réflexion. Et font face à leurs responsabilités de citoyens.

Florence Poivey
Présidente de la Fédération de la Plasturgie et des Composites, Présidente de la Commission » éducation, formation et insertion » du Medef

L'éducation et la formation sont l'un des plus solides rempart contre tout fanatisme et intégrisme.
La tragédie de ce week-end nous rappelle que c'est tous ensemble, entrepreneurs, éducateurs et acteurs politiques que nous avons à construire en confiance mutuelle et les conditions d'éducation, d'accueil et d'intégration de chacun. L'entreprise, aux côtés et en complémentarité de l'Education Nationale, est un lieu où chacun doit pouvoir apprendre, se former, nourrir son courage face à un avenir qui bouscule. Nos entreprises ont une image très positive de nos jeunes, ils nous enrichissent de multiples façons. Et nos jeunes, comme chacun d'entre nous, ont besoin de se sentir utiles à leur pays, d'être des bâtisseurs reconnus, d'entrer dans la vie avec dignité.
L'apprentissage et la formation continue ont fait leurs preuves d'intégration réussie dans tous les pays où ils sont considérée à la fois comme un levier essentiel de mobilité et un levier stratégique de compétitivité des entreprises. Pour cela l'apprentissage doit être bâti comme une voie royale, une voie potentiellement désirée par tous, des plus faibles aux plus à l'aise.

Bernard Gaud
Président du Medef Rhône-Alpes

Face aux attaques terroristes de vendredi soir, ma première pensée va évidemment aux victimes de cet acte odieux et inqualifiable, dont la violence aveugle et barbare nous interpelle d’abord comme citoyens.
Comme entrepreneurs, cela nous place dans une situation inédite et nouvelle, qui nous impose probablement de nouvelles réponses à apporter, par exemple dans la gestion de l’état d’urgence pour les entreprises, l’accompagnement de celles qui pourraient être touchées par des actions terroristes, le développement de bonnes pratiques en matière de sécurité.
Car le lien économique et social auquel nous contribuons au sein de l’entreprise est le meilleur moyen, avant même l’école, de lutter contre toutes formes d’extrémismes et de favoriser l’intégration, en donnant à chacun un sens, un but, un objectif, autour desquels l’on peut construire sa vie.
Face à cette menace, nous, citoyens entrepreneurs, devons faire face. Hors de question de céder à la peur. Il nous faut avancer sans naïveté ni dogmatisme, en gardant notre ADN d’entrepreneur, dans le concret et le pragmatisme, mais surtout dans le respect de nos valeurs de chef d’entreprise et de Français.

Laurent Fiard
Président du Medef Lyon-Rhône, PDG de Visiativ (500 salariés, CA 2014 :49,7 M€)

Comment l’entreprise peut être un rempart contre le fondamentalisme ? Spontanément, je répondrais que l’entreprise est créatrice de lien économique et social, véritable lieu de partage de valeurs. Elle permet de donner du sens et permettre à chacun de construire sa vie. Face à cette situation inédite pour les entrepreneurs, nous devons réfléchir en collectif, dans les mois qui viennent aux responsabilités que cela nous impose, et je pense principalement au lien entre les Ecoles et les Entreprises . Au Medef nous avons pris la décision de construire des groupes de réflexions en regard de cette triste situation.

Abdénour AÏN SEBA
Président IT Partner, ancien Président du CJD Rhône-Alpes
Au lendemain d’évènements aussi tragiques, qui endeuillent une fois de plus notre pays, comment devons-nous réagir en tant que chefs d‘entreprises ? Quelle responsabilité peut être la nôtre ?
Une entreprise est certes un acteur économique mais elle est aussi un acteur social. Une PME dépend en grande partie de l’attractivité de son territoire, de ses infrastructures, de son rayonnement et de sa politique internationale. Un lien ombilical fort est tissé dès sa création.
Notre responsabilité va donc bien au-delà des murs de notre entreprise dont la porosité n’est plus à démontrer. Ce qui est en dehors influe sur son devenir de manière tant positive que négative.
Parce que l’emploi permet le désenclavement tant physique que psychique, l’entreprise doit être et rester un des premiers lieux d’intégration et ressembler au territoire où elle exerce son activité. En menant une politique forte d’amélioration de l’employabilité tant par les missions confiées à nos collaborateurs que par des formations adéquates, nous pouvons extraire certaines personnes d’une influence néfaste.
La jeunesse a besoin d’espérance, de projet et d’écoute. Travailler dans une entreprise c’est exister, être reconnu pour ses compétences par son employeur c’est participer à une œuvre collective positive. Le manager, appuyé par son service RH, peut porter une écoute attentive et personnalisée à ces jeunes en quête d’eux-mêmes et les amener à construire un réel projet professionnel porteur de sens. En retour, ils apportent un regard différent, une énergie nouvelle et une autonomie plus forte. L’emploi et la formation continue comme arme contre la déshérence et la manipulation idéologique de l’ignominie.