Arts : Les patrons finistériens collectionnent
# Conjoncture

Arts : Les patrons finistériens collectionnent

Mécénat Qu'on le remarque ou non, les oeuvres d'art sont de plus en plus présentes dans les entreprises. La loi sur le mécénat de 2003 a permis aux patrons d'accrocher de nombreuses toiles dans leurs locaux. Un moyen de rendre agréable l'environnement de travail.

«C'est une grande maladie!», plaisante Robert Lascar, à propos de la collection d'oeuvre d'art, avant d'ajouter: «C'est plutôt une saine chose, en fait.» Le P-dg d'Omnium (Eurodif, Burton, Devred) est un collectionneur à titre privé, mais sa passion déborde jusque dans son entreprise. Des oeuvres sont en effet exposées dans les bureaux et couloirs du siège. «Je trouve important d'amener la culture dans l'entreprise. Ce sont des mondes différents et l'art éclaire. La vision d'un artiste apporte un regard nouveau sur beaucoup de chose», explique-t-il. L'art participe aussi à l'amélioration de l'environnement de travail. Pour Patrick Monéger, dirigeant du cabinet d'expertise-comptable Exco Bretagne, également collectionneur, il s'agit de rendre cet environnement plus agréable: «Quand il y a une nouvelle peinture à accrocher, les salariés s'y intéressent.» «On passe une très grosse partie de notre temps au travail. Autant qu'il soit rendu agréable», renchérit Robert Lascar.




Budget «faible au final»

De meilleures conditions de travail grâce à un moyen peu onéreux. Il y a, bien sûr, la loi sur le mécénat qui permet de défiscaliser. Les entreprises assujetties à l'impôt sur le revenu ou sur les sociétés peuvent bénéficier d'une déduction fiscale égale à 60% du montant du don dans la limite d'un plafond de 5 pour mille du chiffre d'affaires annuel. Il s'applique à l'art plastique mais aussi à la musique, les arts vivants, etc. «Mais ce n'est pas la principale motivation. Il y a d'abord la sensibilité d'un chef d'entreprise pour l'art», note Marie-Pierre Arzur-Dilasser, qui a créé la galerie La Navire à Brest il y a 23 ans. Elle travaille avec une vingtaine d'artistes et de nombreuses entreprises: Verlingue, Brittany Ferries, Spadium Parc, la Sopab, les CCI de Brest et Morlaix, ICC, etc. Une salariée s'occupe même d'aller aux devants des chefs d'entreprise. «Au final, le budget peut être assez faible. Il existe des oeuvres à partir de 200?», indique Patrick Monéger, qui ne souhaite cependant pas dévoiler le budget qu'il y consacre, comme si parler du prix d'une collection dénaturait la démarche. Même réticence de la part de Marie-Pierre Arzur-Dilasser. «On peut avoir une lithographie à partir de 150?, la moyenne est de 400?. Pour les oeuvres, c'est très variable. Cela peut aller jusqu'à 15.000?, voire plus selon l'artiste et la taille», finit-elle par estimer. Pour le choix des oeuvres, les critères ne sont pas différents de ceux d'une collection personnelle. Chez Exco Bretagne, Patrick Monéger a décidé de «donner un sens à l'accrochage». Au cinquième étage du cabinet, toutes les oeuvres, représentent le port de Brest. «René Char a dit: "Le premier enchantement, le premier saisissement sont pour soi", cite Marie-Pierre Arzur-Dilasser. Mon but est de transmettre, mais le vrai critère est d'aimer une oeuvre», explique-t-elle. D'autres entreprises vont encore plus loin: expositions dans leurs locaux et parfois même, l'installation d'un atelier provisoire. L'artiste américain William MacKendree a, par exemple, peint une oeuvre entière, au sein même du siège de Verlingue, le courtier d'assurances quimpérois.




Artistes bretons

François Dilasser, Pierre Péron, Robert Antral, Enrique Marin, Patrice Cudennec ou Fanch Moal... Les chefs d'entreprise finistériens aiment les artistes bretons ou qui peignent la Bretagne. Jean-Guy Le Floch, patron d'Armor Lux, est de ceux qui apportent un soutien aux peintres locaux. L'entreprise achète régulièrement des tableaux à des peintres vivants de la région. «On est assez chauvin, sourit-il. On a bien une quarantaine de toiles. Certaines ont été commandées et réalisées par Fanch Moal sur l'atelier de confection. On en a beaucoup de René Quéré: c'est le premier peintre venu faire des reportages à l'intérieur de nos usines il y a une quinzaine d'années. Cela fait partie de l'âme de la marque, qui ne vit que grâce à son ancrage quimpérois, finistérien, breton.» Cet attachement au patrimoine breton fait même l'objet d'une association depuis 2003: Mécénat Bretagne. Elle est née à l'initiative de Patrick Monéger, Robert Lascar et Philippe Chrétien (Publicis Atlantique). Trois amis qui avaient «envie de faire quelque chose face à ses oeuvres qui quittaient la Bretagne», explique Robert Lascar. Le déclic: un portrait de Paul Gauguin de «deux têtes de Bretonnes» mis en vente aux enchères. «Les musées bretons, même réunis, n'avaient pas le budget pour l'acheter et de nombreux acheteurs étrangers étaient intéressés, raconte Patrick Monéger. Nous nous sommes regroupés, on a fait des appels au public dans la presse, qui nous a bien aidés. Et on a réussi. Le tableau est aujourd'hui au musée de Pont-Aven.» Depuis, neuf autres oeuvres du patrimoine breton ont été acquises par Mécénat Bretagne et données à des musées. Les critères sont simples, il faut qu'il y ait un lien avec les hommes ou les lieux. L'association fonctionne grâce au régime du mécénat et avec sept membres bénévoles. La prochaine opération de l'association est en cours. Elle devrait être rendue publique avant la fin de l'année. «Je peux juste dire qu'elle sera au bénéfice des Brestois», annonce le cofondateur de Mécénat Bretagne.

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