Alpha Mos : Le sens de la mesure
# Chimie

Alpha Mos : Le sens de la mesure

Très prisés à l'international, les nez et langues électroniques, développés par la société toulousaine Alpha Mos, le sont beaucoup moins en France et en Europe...

Contrôler la qualité des matières premières et des produits finis dans l'agroalimentaire, vérifier l'efficacité d'un déodorant, optimiser le masquage du goût d'un médicament, détecter une pollution dans des produits de la mer... Les applications des nez et langues électroniques développés par Alpha Mos, PME toulousaine de 45 salariés, semblent innombrables. Et si ce mélange de chimie et d'intelligence artificielle a d'abord séduit les secteurs de l'agroalimentaire et des cosmétiques, l'environnement semble un marché à fort potentiel. Pour preuve, la société a gagné l'année dernière un contrat important avec l'agence gouvernementale chinoise pour la protection de l'environnement. Un réseau de plusieurs nez électroniques va ainsi surveiller en continu les odeurs et toxiques volatils sur une zone industrielle de 27km². «Aujourd'hui, nous voulons nous concentrer sur deux axes de développement: l'agroalimentaire, qui représente la moitié de notre activité, et l'environnement. Pour les autres marchés, nous serons en mode réactif», explique Jean-Christophe Mifsud, P-dg fondateur d'Alpha Mos. Il précise que l'agroalimentaire va connaître une croissance de 30% par an sur les trois années qui arrivent.




Nul n'est prophète en son pays

«Nous réalisons plus de 90% de notre chiffre d'affaires à l'étranger. Nous vendons plus de nez et de langues électroniques en Chine, en Inde et en Argentine, pour le vin, qu'en France», constate-t-il. Détenant des filiales aux États-Unis, en Chine et au Japon, la société pourrait en créer une en Inde. Déjà présente avec un bureau, elle y réalise en effet de très bonnes ventes. «Nous étudions encore ce marché pour décider si d'ici à 12 mois nous allons investir ou pas», explique-t-il. Par ailleurs, depuis deux ans, Alpha Mos a un réseau de distribution en Amérique du Sud, qui lui a permis de décrocher des contrats au Brésil dans le secteur de l'agroalimentaire, au Chili et au Mexique dans le secteur de l'environnement. Quant au peu d'activité réalisée dans l'Hexagone et en Europe du Sud, cela est dû, selon le dirigeant, au poids de la tradition. «Elle est à double tranchant. En France, dès que l'on parle de standardisation, on pense à mauvaise qualité. De plus, contrairement à ce que certains croient, nous ne prétendons pas remplacer l'homme. Nos produits s'adressent à des marchés à gros volumes confrontés à des risques sanitaires», précise Jean-Christophe Mifsud, qui ne baisse pas pour autant les bras. Il compte notamment se développer en Allemagne et au Benelux où il s'appuie déjà sur des distributeurs.




Croissance externe

En 2008, Alpha Mos a racheté la société Perichrom (1M€ de CA en 2007 pour une dizaine de salariés), basée en région parisienne. «Elle possédait deux savoir-faire qui nous intéressaient. D'une part, la détection des odeurs soufrées, que l'on retrouve dans les fromages, les bières, par exemple. D'autre part, le bras robotisé de présentation d'échantillons», raconte-t-il. Aujourd'hui, si Alpha Mos a apporté de l'électronique à certains produits fabriqués par Perichrom, elle continue à les commercialiser sous leur marque. À noter que la moitié des ventes sont réalisées à l'export. Si Jean-Christophe Mifsud dit ne pas viser à tout prix la croissance externe, il avoue quand même avoir deux ou trois projets «sur le feu». «Nous cherchons des compétences en analyse ultra-rapide pour la détection de fuite dans une ligne de production ou pour des applications dans le domaine de la Défense», explique-t-il. Ces opérations pourraient aboutir dans 6 à 24 mois.




Des projets de R&D

Si la dernière innovation conçue par Alpha Mos, un oeil électronique, a été lancée l'année dernière, la société imagine déjà un outil d'analyse des textures.

«Nous sommes en train de développer, avec des universités japonaises, une bouche électronique pour mesurer le craquant et le croustillant», annonce-t-il. L'entreprise pourrait également mettre au point une «peau» électronique car elle possède un brevet pour le faire mais selon Jean-Christophe Mifsud, le marché est trop petit comparé avec les investissements nécessaires pour développer cette technologie. Reste que les nez sont encore perfectibles, notamment au niveau de leur dimension. «Nous vendons déjà (depuis deux ans et demi, ndlr) des nez de la taille d'une carte de visite, explique-t-il. Ils permettent par exemple de suivre la cuisson dans un four ou le process de torréfaction.» Le coût de cet instrument de mesure devenant moins élevé, il pourra séduire de nouveaux marchés.

ALPHA MOS



(Toulouse) Dirigeant: J.-C.Mifsud 75 salariés CA 2009-2010: 8,11M€ Tél.: 05 62 47 53 80 www.alpha-mos.com

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