« Nous sommes des artisans, des artisans éveillés qui misent sur l'innovation pour rivaliser avec les plus gros. » Ainsi se présente Alain Janet, dirigeant fondateur de la voilerie UK Sailmakers de Mandelieu la Napoule (5 personnes pour un CA annuel moyen de 400 K€), l'une des 52 franchises du réseau américain nº2 mondial du secteur. Sa dernière invention, développée avec l'aide de l'École des Mines de Sophia Antipolis et du Pôle Mer, tient en une voile solaire (ou Power Sails) qui équipe depuis peu l'Arcona 380 Z, le dernier modèle de voilier à motorisation électrique du chantier naval suédois Arcona qui vise le zéro émission. « Il s'agit d'une voile à membrane dans laquelle viennent s'intégrer des films photovoltaïques souples qui captent la lumière sous différents angles et permettent de générer une puissance de 1 kW », détaille le dirigeant qui y voit là l'avenir d'un secteur nautique ballotté par des années de crise et dont « les perspectives de développement réelles passent par la technologie clivante des énergies renouvelables ». Testée avec succès fin 2014 lors de la dernière Route du Rhum (le Défi Martinique doté de la Power Sails a parcouru sans dommage les 3.452 milles séparant Saint-Malo de Pointe-à-Pitre), l'innovation intéresse également les chantiers Bénéteau, les catamarans Outremer, Fountaine-Pajot et J.Boats. Ce dernier vient d'ailleurs de passer commande d'une voile solaire pour le premier J/88 zéro émission, nouveauté qui sera exposée aux salons de Newport et d'Annapolis à l'automne prochain. La petite voilerie azuréenne va faire des vagues...
Une production délocalisée puis relocalisée
Et pourtant, que le chemin fut long avant d'en arriver là ! Lorsqu'il lance son activité, en 1994, Alain Janet décide de casser le mythe du maître voilier en délocalisant la production de ses voiles à Hong Kong. « Nous étions alors sur des voiles de première monte, un type de produits grande série demandant un fort coefficient de main-d'oeuvre pour une valeur ajoutée faible ». Ce quasi-crime de lèse-majesté lui permet de conquérir des parts de marché et convainc peu à peu la concurrence de faire de même. Ce qui conduit le dirigeant au début des années 2000 à changer de stratégie en intégrant de la technologie pour supporter le coût d'une fabrication made in France. Alain Janet confirme : « La concurrence devenant plus agressive, nous avons choisi de relocaliser la production à Mandelieu et de nous spécialiser dans les voiles techniques sur-mesure pour aller frapper à d'autres portes ». En l'occurrence, celles des régatiers et coureurs de haut niveau, dont le taux de renouvellement est bien plus supérieur à celui du plaisancier. Pour ce faire, Alain Janet sort du circuit classique de la voilerie, achète directement auprès des industriels les composants qui forment la matière laminée des voiles dans lesquelles il intègre différents matériaux, fibres carbone, à base de cellulose ou de basalte, ou encore des feuilles de copolymère, un thermoplastique non polluant utilisé par l'industrie du textile sportif technique. Après de nombreuses années de recherche, un investissement de 45 K€ pour la conception d'un four de 13 m de long permettant « de cuir nos voiles sous vide », le procédé fait mouche. Les voiles ainsi encapsulées, stables, souples et indéformables, séduisent l'équipe chinoise engagée en 2011 dans la prestigieuse Coupe de l'América. La même année, l'atelier azuréen fournit divers championnats du monde et d'Europe et se fait un nom dans le microcosme de la compétition nautique. Si le procédé a été cédé à la plus grosse unité du réseau UK Sailmakers située à Hong Kong, « faute de ressources financières et humaines suffisantes pour assurer une production à grande échelle », la franchise mandolocienne produit tout de même chaque année quelque 300 voiles.
Diversification annoncée
« La voile solaire est un micro-marché, certes très sexy, mais cantonné à une niche », repend Alain Janet. « Or, si l'on peut intégrer un film photovoltaïque dans les couches d'une voile, on peut également l'intégrer dans d'autres textiles ». Une étude réalisée à sa demande par les étudiants de Skema Business School confirme le potentiel de cette technologie, qu'il a brevetée, pour d'autres marchés : la randonnée, le camping, les vêtements de survie où l'énergie solaire commence à creuser son sillon, mais aussi l'aéronautique, le bâtiment ou les ombrières de parking. Bref, un vaste champ des possibles s'ouvre que la jeune pousse créée ad hoc, Solarcloth System, se chargera de développer. À cet égard, Alain Janet, associé dans cette nouvelle structure à Maurice Pinault, nº2 de Zodiac Aerospace, cherche à lever 1,9 M€ afin de « mettre de l'huile dans les engrenages ». Comprendre, engranger du fonds de roulement et moderniser l'outil de production pour transformer le petit atelier artisanal en une unité de production efficace, prête à larguer les amarres vers un avenir prometteur.
UK Sailmakers
(Mandelieu la Napoule) Dirigeant : Alain Janet CA moyen : 400 K€ 5 personnes Tél. : 04 93 48 84 00 @email