C'est un contrat historique qu'a signé l'avionneur Airbus avec la compagnie indonésienne Lion Air. Ce contrat de 18 Md€ est largement médiatisé car il s'agit de la plus grosse commande de son histoire.
1 milliard d'euros sous-traité par Airbus
C'est une excellente nouvelle pour les sous-traitants rhônalpins car une part conséquente de ce chiffre devrait revenir à la filière aéronautique régionale. « Il est difficile de chiffrer exactement les retombées pour la région mais il est certain que la densification globale du carnet de commandes d'Airbus est très positive pour nos entreprises régionales », se réjouit Frédéric Antras, délégué général du Cluster régional Aerospace, qui regroupe 120 acteurs de la filière. Celle-ci s'est densifiée ces dernières années, dans des proportions inverses à la chute des commandes du secteur automobile. Elle compte environ 500 entreprises en Rhône-Alpes et emploie 20.000 personnes. Elle génère un chiffre d'affaires de 2,5 Md€ dont 1 Md€ directement lié à Airbus. Des dizaines de pièces différentes sont fabriquées localement : capteurs, joysticks de commandes, pompes à carburant, bielles, conditionnement de l'air, disques de frein, microprocesseurs, traitement de surface... La liste est longue car la région compte plusieurs leaders, en rang 1 ou 2, dans chacun de ces départements : Adetel, Vision systems, Messier Bugatti par exemple dans le Rhône ; Air Liquide, Alcan, Radiall ou encore Thales Avionics en Isère ; HEF, Intertechnique ou Angénieux dans la Loire. Dans l'Ain, Duqueine ou Cogemoule mènent la danse. De même que SNR roulements ou Dassault aviation en Haute-Savoie. « On sait que, jusqu'en 2015, les effectifs vont croître chaque année de 8 % », précise Frédéric Antras. « Nous devons faire face à des phénomènes importants de débauchage et de surenchère des salaires, et donc des coûts de production », explique Philippe Juillard, directeur commercial de Proform à Chaponost dans le Rhône (240 salariés ; 30 M€ de chiffre d'affaires), spécialiste du cintrage. Les sous-traitants rhônalpins doivent néanmoins en passer par là puisqu'Airbus impose désormais une montée en puissance à marche forcée, avec une nouvelle accélération programmée des cadences.
Quand la croissance est un problème
Ce dernier contrat signé avec Lion Air a ainsi remis sur la table une inquiétude de plus en plus prégnante depuis deux ans. Celle de la capacité de la supply chain à suivre le rythme. « Aujourd'hui, les sous-traitants rhônalpins respectent les délais. Lorsque l'A350 va entrer en phase d'industrialisation, ce sera peut-être plus compliqué. Ce n'est pas si facile pour nos PME d'investir pour tenir la distance », poursuit Frédéric Antras. Car si Airbus a effectivement huit ans de commandes devant elle, les sous-traitants n'ont, eux, que des contrats de trois ou six mois. « Nous avons investi et recruté fortement l'année dernière pour faire face à des commandes exceptionnelles correspondant à la mise en stocks des outillages pour l'A350. Mais nous n'avons pas de visibilité pour la suite. Le problème est qu'il faut investir pour anticiper les commandes mais sans avoir de certitudes sur le long terme », confirme Jean-François Bain, directeur commercial de Desgranges outils coupants à Andrézieux-Bouthéon dans la Loire (50 salariés pour un chiffre d'affaires de 10 M€).
Investissements nécessaires
Duqueine, dans l'Ain, sous-traitant spécialisé dans la transformation de pièces en composites et travaillant à plus de 70 % pour le secteur aéronautique, a décidé de relever le défi pour ne pas laisser passer le train. Il vient ainsi d'annoncer une augmentation de capital de 10 M€ qui, associée à une dette bancaire, va lui permettre d'investir 20 M€ pour augmenter les capacités de production de trois de ses sites : la toute nouvelle usine A350 de Civrieux dans l'Ain va ainsi être agrandie de 4.000 m². Même extensions pour les sites nantais et roumain. « Avec cet investissement, nous allons augmenter nos capacités de production de 40 % sur deux ans. C'est un message fort que nous adressons aux avionneurs. Je leur ai d'ailleurs écrit, il y a quelques jours, pour expliquer notre démarche. Mon courrier a été très bien accueilli », conclut Gilles Duqueine. Avec 750 salariés, il réalise aujourd'hui 60 M€ de chiffre d'affaires. Il vise les 100 M€ sous trois ans.
Le contrat de 18 Md€ décroché, début mars, par Airbus est une excellente nouvelle pour la filière aéronautique régionale. L'avionneur génère déjà 1 Md€ de chiffre d'affaires dans la région. L'accélération programmée des cadences préoccupe néanmoins les sous-traitants.