L’activité de la coopérative agroalimentaire Agrial, qui emploie 22 200 collaborateurs, a globalement été au rendez-vous en 2023, avec un chiffre d’affaires en progression, à hauteur de 7,4 milliards d’euros (+ 3,7 %), porté par l’inflation. L’entreprise affiche un excédent brut d’exploitation, qui s’élève à 239 millions d’euros, permettant de verser plus de 16 millions d’euros de retours aux 12 500 agriculteurs-adhérents au titre de l’année 2023. Une croissance qui se poursuit depuis 2021 et ce, malgré une baisse des volumes alimentaires en France.
Pour cela, "nous avons pour ambition d’engager un milliard d’euros d’investissements au cours des 5 prochaines années. Cela concernera à la fois les activités agricoles et agroalimentaires, avec d’une part des investissements récurrents pour entretenir nos outils et d’autre part des projets plus structurants qui seront détaillés au fur et à mesure de leur avancement", annonce Bernard Guillard, Président d’Agrial élu en septembre 2023.
Réorganiser les activités cidricoles de France
L'une des priorités de la coopérative normande est le redressement de l'activité cidricole. Avec 480 adhérents-producteurs de pommes à cidre, 1 100 salariés et 105 000 tonnes de pommes récoltées, Agrial reste le n° 1 français du cidre, avec plus de la moitié de la production tricolore. La coopérative a enregistré 400 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2023, rien que sur cette activité. Mais si les activités anglaises et américaines de la branche ont été au rendez-vous en 2023, la consommation du cidre en France poursuit sa décrue (- 50 % en 20 ans). La branche Pommes a triplement souffert d'un contexte très défavorable: les aléas climatiques, les inflations et la morosité de la consommation.
C'est dans ce cadre qu'un plan de réorganisation des activités cidricoles de la branche a été annoncé début 2024, à même de pérenniser la filière et d'envisager l'avenir plus sereinement.
Monter en gamme plutôt que jouer sur les volumes
Pour redresser la barre, la coopérative souhaite réorganiser ses activités et concentrer tous ses efforts sur les marchés qui constituent le cœur de la mission de la branche : la valorisation des pommes de ses agriculteurs-adhérents. Quitte à prendre des décisions radicales pour équilibrer son marché, comme celle d'arracher les 450 hectares de sa cidrerie du Duché de Longueville, près de Dieppe. La coopérative, qui a perdu 20 millions d'euros sur les ventes de cidre, préfère aujourd'hui monter en gamme (cidre bio, cidre pur jus, cidre artisanal...) plutôt que de miser sur le volume.
Le projet de réorganisation, qui a fait l’objet d’une information et d’une consultation des instances représentatives du personnel début 2024, entraînerait la suppression de 44 postes en France, essentiellement rattachés au siège d'Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine), notamment dans les postes de de forces de vente, siège qui serait par la suite délocalisé à Cesson-Sévigné (Ille-et-Vilaine).
Une collecte record pour les céréales
Par ailleurs, le plan de réorganisation de la branche Légumes initié en 2022 a porté ses fruits et permis à la branche de retrouver le chemin de la croissance en 2023, a fortiori aidé par une activité record en 1re gamme (produits frais et bruts) en France. En revanche, la filiale hollandaise (haricots, choux de Bruxelles…) reste dans une situation plus compliquée. La collecte de céréales (d’été et d’automne) atteint un niveau record de 1,8 million de tonnes, et les activités d’agrofourniture, tant en production végétale qu’en nutrition animale, sont également dynamiques. Le pôle distribution rurale s’est pour sa part stabilisé après 3 années de forte croissance, "ce qui constitue une performance notable alors que le marché est en baisse", note le directeur général Ludovic Spiers.
L’ultra-frais laitier a la cote
La branche Lait réalise également une bonne année, dans la lignée de 2022, mais dans un contexte très différent de l’année précédente. "Si 2022 avait été essentiellement tirée par les cours des commodités, c’est l’activité d’ultra-frais qui a réussi une année record en 2023, appuyée par des performances également satisfaisantes en beurre et fromages, de vache et de chèvre", confirme Ludovic Spiers.
L’année a été plus contrastée pour la branche Viandes, qui a souffert d’un manque de volumes sur ses produits premium de boucherie et de charcuterie, impactés par l’inflation et des coûts de revient élevés. La coopérative normande a par ailleurs annoncé à l’automne 2023, le projet de rapprochement avec la Coopérative porcine finistérienne Evel’Up (140 collaborateurs, 667 M€ de CA en 2022) afin de valoriser l’élevage du Grand Ouest.