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Mission Proxima : Quelles entreprises toulousaines participent à l'aventure scientifique de l'astronaute Thomas Pesquet ?

Par la rédaction, le 16 novembre 2016

À bord de sa fusée Soyouz, et en direction de la Station spatiale internationale (ISS), l'astronaute français Thomas Pesquet embarque une série d'équipements nécessaires à ses expériences scientifiques. Plusieurs entreprises toulousaines y ont mis leur expertise. Le départ aura lieu ce jeudi 17 novembre depuis Baïkonour dans le Kazaksthan et pourra être suivi en direct depuis la Cité de l'espace. Quelle a été l'implication des centres de recherche et des PME locales pour les missions scientifiques de l'astronaute ?

Photo : Le Journal des Entreprises

Un effort de deux mois en développement, c'est à ce prix-là que la start-up toulousaine Virtual-IT aura la fierté de voir son travail graviter en orbite terrestre, à 400 km de la Terre. Avec 12 salariés et un chiffre d'affaires espéré d'environ 1 million d'euros en 2016, c'est à l'une des sept expériences mises au point et directement préparées par le Centre d'Aide au Développement des Activités en Micropesanteur et des Opérations Spatiales (CADMOS) à Toulouse que la société experte en imagerie 2D et 3D a participé. Intitulée "Perspectives", cette expérience veut étudier l'adaptation du cerveau à la micro-gravité, à l'aide d'un casque de réalité virtuelle. C'est l'autre partenaire toulousain de la mission Proxima, l'Institut de Médecine et Physiologie Spatiales (Medes) (filiale santé du CNES) qui a contacté la start-up fin 2015. « Le Medes nous a demandé de développer une application de réalité virtuelle qui fonctionne dans le casque Oculus Rift, conçu par une filiale de Facebook », raconte Rudy Morin, responsable R&D chez Virtual-IT. Objectif de cette application : déterminer les modifications de la perception du temps en condition de micro-gravité. « Nous avons accompagné le Medes comme experts techniques sur ces dispositifs, notamment les tests de performance et la qualification du casque, et nous avons réalisé le logiciel TIME qui va soumettre l'astronaute à des tests, avec des interfaces graphiques et une voix off pour le guider. » Un autre acteur toulousain a été sollicité pour cette expérience : la PME Comat (+80 salariés, environ 8 millions d'euros de CA en 2016 - Flourens), qui a réalisé un support doté d'une plaque dans le dos et de sangles, destiné à arrimer l'astronaute à la paroi de l'ISS pendant qu'il est plongé dans ce casque de réalité virtuelle. Trois modèles, dont deux modèles de vol, ont été réalisés par Comat.

Des contraintes exigeantes

Pour cette PME habituée aux missions scientifiques d'exploration spatiale (elle avait déjà conçu et fabriqué des incubateurs biologiques pour l'ISS, mais aussi fabriqué la structure de la caméra ChemCam qui a opéré sur Mars), la mission Proxima a demandé quelques efforts en études... Outre "Perspectives", le CNES l'a sollicitée pour trois autres expériences : "Aquapad" (nouvel outil pour analyser l'eau dans l'ISS), "Exo-ISS" (Ceres : étude de la croissance de plantes dans l'espace) et "Fluidics" (mini-centrifugeuse dédiée à l'étude des ballottements de fluides, pour améliorer la performance de pointage des satellites). « Pour Aquapad, nous avons réalisé les tests d'étanchéité de 40 coques où seront enfermés les échantillons, puis fabriqué un outillage pour ouvrir ces coques, explique Guy Peyre, membre du bureau d'études mécaniques de Comat, chargé des projets du spatial. Pour Exo-ISS, c'est le conteneur en polycarbonate des graines à faire pousser que nous avons conçu et adapté, et pour Fluidics (expérience co-financée par Airbus DS à hauteur de 500 K?, ndlr), nous avons fait la fabrication mécanique et le traitement anti-corrosion de pièces de cette centrifugeuse. » Rompue aux instruments destinés aux vols habités dans l'espace, qui correspond à environ 10 % de son chiffre d'affaires, la société Erems à Flourens (100 salariés, 8 M€ de CA en mars 2016) a quant à elle planché sur l'expérience "Echo". Pour cet échographe plus performant télé-pilotable depuis le CADMOS, composé d'un ordinateur et d'une sonde, Erems a dû l'adapter aux contraintes spatiales et développer l'interface avec l'ISS (alimentation et interface vidéo). « Nous avons par exemple enrobé les fils électriques, rajouté des ventilateurs dans l'ordinateur, car les composants peuvent chauffer et griller dans un espace où l'air ne bouge pas et n'est pas ventilé », précise Louis Nguyen, responsable de ce projet à Erems. Trois modèles ont été livrés au CNES. La PME toulousaine MecanoID a aussi participé à Echo en sous-traitant d'Erems, chargée des analyses structures et thermiques de l'échographe et des essais en vibration.

Le Medes sur les expériences physiologiques

L'expérience "Everywear" a elle été proposée par le Medes : équiper l'astronaute d'un assistant personnel sur Ipad pour faire du suivi nutritionnel. « L'une des premières fois qu'on développe une application qui va voler, un exercice exigeant », reconnaît Yann Lapeyre, ingénieur en systèmes d'informations à l'institut toulousain. Le point commun entre ces sociétés : même si ces commandes du Cnes ne sont pas forcément importantes du point de vue financier, l'aspect stratégique est incontournable. « L'exploration spatiale est un axe fort où nous voulons nous développer, appuie Louis-François Guerre, directeur commercial et marketing de Comat. Avoir des références et une visibilité dans ce secteur est essentiel ! » Pour Virtual-IT, collaborer avec le Medes pour la mission Proxima est importante aussi « en terme de visiblité et de partenariat ». « Nous sommes passionnés par ces projets qui nous challengent, qui nous poussent à innover, cela renforce notre position sur le marché », appuie Rudy Morin.

Photo : Le Journal des Entreprises