Montpellier

Santé

Comment IDSolutions traque les variants agressifs du Covid-19

Par Anthony Rey, le 08 septembre 2021

La PME héraultaise IDSolutions, qui a conçu un kit de détection des variants du Covid-19, croule sous les demandes depuis le début de la pandémie. Spécialisée à l'origine dans le diagnostic en oncologie, elle trouve ici un nouveau marché où elle signe une croissance éclair.

Lise Grewis dirige IDSolutions, qui a vu sa taille quintupler avec la pandémie.
Lise Grewis dirige IDSolutions, qui a vu sa taille quintupler avec la pandémie. — Photo : IDSolutions

Pour Lise Grewis, fondatrice de la société IDSolutions (50 salariés, CA 2020 : 50 M€), il y aura un avant et un après-Covid-19. La biotech héraultaise, qui se spécialisait dans les thérapies ciblées en oncologie depuis sa création en 2015, a soudainement acquis une nouvelle visibilité avec la pandémie de 2020, et la nécessité de tester des centaines de milliers de patients en urgence. "De grands laboratoires, comme ceux du CHU de Montpellier ou du groupe Inovie, ont été rapidement en rupture de tests PCR. Or, notre expertise consistait à rechercher de petites modifications de l’ADN et à les révéler par des tests de type PCR. Sur cette base, nous avons créé, à la demande de ces acteurs, un kit de détection conçu pour être rapide. Les résultats sont délivrés en 1 h 30, contre 3 ou 4 heures avec les produits des gros industriels", raconte Lise Grewis.

Un déluge de commandes

Le bouche-à-oreille fait le reste. Rapidement, IDSolutions reçoit jusqu’à 400 000 demandes par semaine pour des criblages du Covid-19. En quelques mois, elle passe de 8 à 50 salariés, dont 17 à la production. Rapidement trop à l’étroit dans ses locaux historiques de Grabels, près de Montpellier, elle achète d’abord un plateau de 150 m2 à Cap Delta, un des bâtiments ciblés biotechnologies du BIC de Montpellier. Récemment, IDSolutions a aussi fait l’acquisition d’un autre bâtiment industriel de 1 400 m2, pour 2 à 3 millions d’euros, qu’elle rénove en vue d’une livraison prévue fin 2022.

Car cette brutale accélération de croissance ne faiblit pas. IDSolutions maintient une veille scientifique active, de sorte de pouvoir sortir de nouveaux produits au fur et à mesure que des variants du virus, plus agressifs que les précédents, apparaissent autour du globe. Quand le gouvernement s’alarme de la propagation du variant anglais, à la fin 2020, il prend contact avec IDSolutions, qui était déjà prête à produire un nouveau kit adapté à la situation. Depuis, la biotech a produit d’autres tests en un temps record, pour des variants africains et indiens notamment. "Nous surveillons désormais la propagation des variants "Delta +" (venu d’Inde, NDLR) et "Mu" (identifié en Colombie, NDLR). Pour le premier, nous avions à nouveau anticipé le phénomène, et nous attendions juste que le gouvernement précise le montage voulu pour sortir le nouveau kit. Pour chaque demande, nous pouvons concevoir un kit en un mois", résume Lise Grewis.

Affronter l’avenir

Malgré ce bond de géant économique, la dirigeante reste d’une lucidité à toute épreuve. Prise dans ce tourbillon de croissance, elle a missionné le cabinet vauclusien CQS pour coacher la biotech dans sa nouvelle organisation interne et la gestion de l’urgence en général. De même, si une entreprise passée de 75 000 euros à 50 millions d’euros de chiffre d’affaires en 18 mois éveille fatalement l’intérêt des investisseurs, rien ne changera dans l’immédiat. "Nous voulons, avec mes associés, rester pleinement autonomes", insiste Lise Grewis.

Sur le sujet du Covid-19, IDSolutions trouve de nouvelles opportunités à l’international. La PME va commencer à produire, dès cette année, pour des marchés comme l’Italie, l’Allemagne, le Royaume Uni, le Liban, l’Iran, le Maroc ou la Chine. En France, IDSolutions veut aussi profiter des relations nouées avec les laboratoires de biologie médicale pour concevoir des produits à leur demande, pour d’autres maladies : elle sortira notamment le premier kit pour le papillomavirus d’ici la fin 2022. Mais globalement, Lise Grewis veut se projeter vers un horizon post-Covid-19, quand les urgences liées au virus s’amenuiseront. "Nous prévoyons de revenir à notre cœur d’activité en oncologie, où nous étions freinés, autrefois, par le coût des études cliniques. Cette barrière a été levée et nous pouvons les financer nous-mêmes", sourit-elle.

Lise Grewis dirige IDSolutions, qui a vu sa taille quintupler avec la pandémie.
Lise Grewis dirige IDSolutions, qui a vu sa taille quintupler avec la pandémie. — Photo : IDSolutions

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