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Interview Marc Prikazsky (Ceva Santé Animale) : "Nous prenons un virage majeur avec le rachat de Scout Bio aux États-Unis"

Entretien avec Marc Prikazsky, PDG de Ceva Santé Animale

Propos recueillis par Romain Béteille - 05 février 2024

L’ETI girondine Ceva Santé Animale, groupe pharmaceutique vétérinaire, vient de racheter une start-up américaine. Spécialisée dans l’innovation en biopharmaceutique, elle lui donne les armes pour se lancer sur ce marché stratégique et ouvre un nouveau débouché majeur.

Marc Prikazsky, PDG de Ceva Santé Animale, souhaite utiliser la technologie de Scout Bio pour traiter les maladies chroniques.
Marc Prikazsky, PDG de Ceva Santé Animale, souhaite utiliser la technologie de Scout Bio pour traiter les maladies chroniques. — Photo : Ceva - Sebastien ORTOLA

Ceva Santé Animale (1,5 Md€ de CA en 2022, 7 000 salariés) vient d’annoncer le rachat de la société américaine Scout Bio. Que fait cette entreprise ?

La start-up Scout Bio est une start-up biopharmaceutique, une spécialité qui développe des solutions thérapeutiques à partir de processus biologiques. Elle a été créée il y a une dizaine d’années pour développer des thérapies à destination des animaux de compagnie (la première thérapie développée cible l’anémie associée à la maladie rénale chronique du chat, NDLR). Scout Bio regroupe une vingtaine de chercheurs et travaille beaucoup en sous-traitance pour la partie production. Ils sont essentiellement localisés en Pennsylvanie mais aussi présents en Australie.

La société, dirigée par Mark Hefferman (qui reste à la tête de l’entreprise et prend la direction de la branche biotech de Ceva, NDLR) se base sur les travaux du chercheur Jim Wilson, qui a créé il y a une trentaine d’années à Philadelphie une plateforme de thérapie génique et développé des vecteurs particuliers pour cibler un organe précis. En implantant un morceau d’ADN dans cet organe, on lui fait produire un élément manquant ou permettant de traiter un organisme. Il a été précurseur pour traiter des maladies souvent orphelines ou rares chez l’être humain, comme la mucoviscidose par exemple. Jim Wilson a levé des centaines de millions d’euros et a monté un plateau technique avec l’université (UPenn) en cherchant à favoriser le développement de start-up pour développer plus rapidement des thérapies. Scout Bio est l’une de ces start-up.

En quoi le rachat de Scout Bio constitue un "tournant stratégique majeur" pour Ceva Santé Animale, dont les deux activités principales restent les médicaments et les vaccins ?

Nous souhaitons utiliser la technologie de Scout Bio pour traiter les maladies chroniques et produire des anticorps ciblés. La biopharma est une discipline totalement nouvelle permettant l’utilisation d’anticorps monoclonaux identiques à ceux que l’organisme pourrait produire sans qu’il ne les rejette. Elle se développe à très grande vitesse : la moitié des produits en cours de développement ou d’enregistrement en Europe sont des anticorps monoclonaux. Cette technologie va forcément arriver sur le marché des animaux de compagnie. Nous travaillions déjà sur ces anticorps depuis environ cinq ans mais en achetant cette start-up, nous accélérons le développement de ces nouvelles thérapies.

Il y a trois grands domaines chez Ceva : la pharmacie (médicaments), la biologie (vaccins), où l’on stimule l’immunité. La biopharma est au milieu. Elle ne représente rien pour nous en termes de chiffre d’affaires pour l’instant, mais nous permettra d’utiliser notre savoir-faire pour créer un trépied d’activité dans notre stratégie d’entreprise.

Nous regroupons environ 600 personnes aux États-Unis et dépassons les 200 millions d’euros de chiffre d’affaires, avec notamment deux sites de production de vaccins. Nous sommes présents dans le secteur de l’animal de compagnie, dont les États-Unis représentent le plus gros marché mondial. Nous nous donnons ainsi les moyens de réussir par l’innovation. C’est un petit rachat mais le virage est majeur pour nous.

Qu’allez-vous vendre, à qui et quand ?

Nous souhaitons développer les produits de thérapie génique, les anticorps monoclonaux ou d’autres produits qui permettront de faire fabriquer à l’organisme des éléments pour se soigner, à destination des vétérinaires pour les animaux de compagnie. Ce sera essentiellement des produits injectables.

Le gros danger du rachat d’une start-up, c’est de la tuer en interférant trop. Nous allons donc leur laisser toute liberté d’action.

La vente des produits se fera au niveau mondial mais démarrera par les États-Unis pour des questions de normes. Les premiers produits seront commercialisés avant 2030.

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