Chimie

Transition écologique

En Gironde, Michelin inaugure un outil pilote pour fabriquer du butadiène biosourcé

Par Caroline Ansart, le 19 janvier 2024

Le premier démonstrateur industriel de butadiène biosourcé, composant majeur des pneus, a été inauguré en Gironde par l’équipementier Michelin, l’institut de recherches sur les énergies IFPen et le groupe Axens ce vendredi 19 janvier. L’enjeu pour Michelin et les débouchés potentiels pour d’autres secteurs sont colossaux.

Le démonstrateur installé à Bassens doit permettre de calibrer la future production industrielle de butadiène biosourcé, en gaz liquéfié. L’implantation de l’outil doit être déterminée dans un an.
Le démonstrateur installé à Bassens doit permettre de calibrer la future production industrielle de butadiène biosourcé, en gaz liquéfié. L’implantation de l’outil doit être déterminée dans un an. — Photo : Caroline Ansart

Le butadiène représente à lui seul environ 14 % d’un pneu. Dérivé du pétrole, il est une brique essentielle des élastomères de synthèse, et communément utilisé dans certains plastiques et résines, ainsi que par les secteurs de la construction ou du textile. S’affranchir de matière fossile pour le fabriquer ouvre les portes d’un marché à la mesure des 10 ans et 80 millions d’euros déjà investis (dont 15 millions de l’Ademe) pour élaborer ce démonstrateur industriel. Biobutterfluy, du nom du projet, porté par l’équipementier clermontois Michelin (132 200 salariés dans le monde ; 28,6 Md€ de CA en 2022), le groupe francilien de pétrochimie Axens (465 M€ de CA en 2021) et l’institut de recherches en énergies nouvelles IFPen titulaire du brevet, permet de produire du butadiène en gaz liquéfié à partir d’éthanol extrait de biomasse (betterrave, bois, maïs…) et d’économiser 1,6 tonne de CO2 par tonne produite sur les 1 à 2 émises jusqu’à présent.

Il a été installé sur le site Seveso de l’usine Michelin de Bassens en Gironde (450 salariés), l’une des trois usines de caoutchouc de synthèse du groupe, et la seule en Europe. Chaque année, elle produit 130 000 tonnes.

Coupler Biobutterfly et l’éthanol du bassin de Lacq

"Aujourd’hui est une étape importante, nous démontrons que cette production est possible", annonce Eric Vinesse, le directeur R & D du groupe Michelin. Le démonstrateur a déjà généré près d’une tonne de butadiène biosourcé depuis son entrée en fonctionnement en juillet. "En 2024, nous entrons dans une nouvelle phase d’étude, de contrôle, de maîtrise des paramètres, d’optimisation, avec une production de 25 tonnes." Les tests prévus pendant l’année concernent aussi des éthanols de sources différentes. C’est pour l’instant de l’éthanol de betterave venu de Reims qui a été testé. Un point crucial puisque l’approvisionnement pèsera lourd dans le choix de l’implantation du futur outil industriel, quand il s’agira de produire au moins l’équivalent des quelques centaines de milliers de tonnes de butadiène nécessaires à Michelin aujourd’hui. Sans compter les autres acteurs du pneumatique et tous les secteurs susceptibles d’être intéressés.

100 % de matériaux renouvelables ou recyclés en 2050

Axens, qui aura en charge la commercialisation du produit – "ce sera un des fleurons de notre portefeuille", dit son PDG Jean Sentenac, milite pour Bassens. Le dirigeant rêve déjà de coupler Biobutterfly et le projet d’éthanol avancé dans lequel Axens est aussi partie prenante au bassin de Lacq (Pyrénées-Atlantiques). C’est déjà l’approvisionnement qui avait conduit Michelin à créer l’usine à Bassens en 1962, à proximité des raffineries de Pauillac et Ambarès. Mais impossible de crier victoire.

"D’autres critères entrent en ligne de compte aussi comme la taille de l’outil, qui dépendra à la fois des mesures effectuées sur le démonstrateur (pureté du produit, dimensionnement des tuyaux, etc.), des clients potentiels, et donc la surface du site nécessaire", tempère Eric Vinesse.

Bassens s’étend sur 64 hectares dont la moitié bâtie, "et dispose encore un peu de réserve foncière" assure le directeur du site Guillaume Bouquant. "Rendez-vous dans un an", conclut Eric Vinesse. Quant à la production de masse, elle est prévue à horizon 2030, et ne sera qu’une étape dans le vaste projet de Michelin qui souhaite 100 % de matériaux d’origine renouvelable ou recyclée d’ici 2050. "Passer de 30 % à 100 % c’est une révolution." Le butadiène lui permettra d’approcher les 50 %.

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