Moselle

Industrie

Renz veut faire décoller le marché de la boîte à colis

Par Jean-François Michel, le 09 mars 2021

Le fabricant de boîtes Renz, basé à Woustviller en Moselle, veut doubler son activité d'ici à 2030, grâce au marché émergent de la boîte à colis. Avec son concurrent Decayeux, la société mosellane mise sur une solution d'ouverture universelle pour faire décoller les ventes.

Le directeur de la R & D de Renz France, Thierry Supernat, déverrouille une boîte à colis connectée.
Le directeur de la R & D de Renz France, Thierry Supernat, déverrouille une boîte à colis connectée. — Photo : Jean-François Michel

" Actuellement, la boîte à colis pèse environ 5 % de notre chiffre d’affaires. Mais nous investissons 100 % de notre énergie dans ce marché en émergence ", affirme Alain Fischer, le gérant de Renz France. Avec son concurrent Decayeux, basé à Feuquières-en-Vimeu en Picardie, le fabricant de boîtes aux lettres installé à Woustviller en Moselle, filiale à 100 % du groupe allemand Renz, s’apprête à mettre sur le marché une solution universelle d’ouverture des boîtes à colis, appelée Open. " Jusqu’à présent, chaque industriel avait sa propre solution d’ouverture. Cela crée de la complexité et empêche le décollage du marché de la boîte à colis ", estime Alain Fischer.

La société mosellane, qui emploie 100 personnes et a réalisé 20 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2020, entend faire décoller ce segment de marché grâce à la solution Open pour " doubler de taille " et vendre 50 % de " produits connectés ", parmi lesquels des boîtes à colis, d’ici à 2030. À l’échelle du groupe, qui emploie actuellement 850 personnes dans ses cinq usines européennes, le dirigeant actuel, Armin Renz, veut passer " rapidement " de 100 à 200 millions d’euros de chiffre d’affaires.

1,3 milliard de colis livrés en France

Sur son marché historique, celui de la boîte aux lettres traditionnelle, le dirigeant de Renz France établit un diagnostic sans appel : " C’est un marché qui a tendance à s’effondrer ". Après un premier décrochage en 2008, où les entreprises ont appris à se passer du courrier pour faire des économies et où l’activité de la Poste a baissé de 7 % sur la distribution du courrier, les premières données pour l’année 2020 montrent que la chute a été brutale : -18 %. Parallèlement, le développement de l’e-commerce et son corollaire, la livraison de colis, ne cessent d’affoler les compteurs : sur l’année 2020, la hausse des commandes passées en ligne a atteint 35 % et 1,3 milliard de colis ont été livrés en France, soit une croissance de 6,6 % d’après les chiffres de l’Arcep. " L’épidémie de Covid-19 a accéléré la mutation de 3 ou 4 ans ", estime Alain Fischer.

Après avoir racheté en 2012 une start-up suédoise et investi 300 000 € en 2013 dans un démonstrateur à Paris, qui desservait 80 logements, Renz vend des boîtes à colis depuis 2017. Mais pour l’instant, l’activité ne suit pas les ambitions. "Nous avons équipé 10 000 logements dans 200 sites", précise Alain Fischer. Pour les industriels de la boîte aux lettres, la concurrence la plus dangereuse s’appelle "livraison hors domicile" : les réseaux de points de retrait de colis se développent à toute vitesse, permettant de remédier à l’absence du consommateur à son domicile. "En moyenne, dans l’Union européenne, un expressiste perd 2,50 € lors d’un échec de livraison", souligne le gérant de Renz. Pour l’instant, les études de la Fédération de l’e-commerce et de la vente à distance, la Fevad, montrent que 85 % des Français restent attachés à recevoir leur colis directement à leur domicile.

Le législateur européen met de l’ordre

"La boîte aux lettres normalisée à la française permet aux consommateurs de recevoir 50 % des colis. Donc l’infrastructure existante tend à pointer les flux de livraison vers le domicile". Et pour les conserver, l’enjeu est de déployer une solution efficace pour livrer le consommateur du " premier coup " et "sans contact". "C’est pour cela que nous avons réussi à nous entendre sur ce sujet avec notre concurrent Decayeux", précise Alain Fischer.

Conscients qu’imposer au marché une solution d’ouverture des boîtes à colis risquait de prendre " trop longtemps ", Alain Fischer et l’équipe de Renz ont multiplié les tentatives de rapprochement avec les industriels du secteur. Créé en 2012 à l’initiative de Renz, le Syndicat national des industriels de boîtes aux lettres et colis, le SIBCO, rassemble neuf fabricants, soit "80 % des acteurs du marché", d’après le président du syndicat, Thierry Supernat, par ailleurs directeur de la R & D chez Renz France : "Discuter de l’avenir de la profession n’a pas empêché les membres du SIBCO de développer chacun son propre système d’ouverture". Conscient que le désordre pourrait bloquer le développement du marché, c’est le législateur européen qui va rassembler en 2017 les industriels au sein d’un groupe, baptisé WG5, pour les faire travailler sur une norme. En juillet 2020, ces travaux ont abouti à une spécification technique européenne, soit un cadre moins contraignant que la norme. En France, cette spécification est déclinée dans un standard, la solution Open, par Renz et Decayeux.

Deux concurrents qui jouent collectif

" Nous avons travaillé pendant un an dans le plus grand secret ", dévoile Alain Fischer. " Les deux leaders de la boîte aux lettres qui travaillent ensemble, ce n’était pas naturel. " Le résultat de cette collaboration est porté au sein d’un groupement d’intérêt économique, le GIE Open, qui associe pour l’instant Decayeux et Renz. Le GIE va mettre à disposition de tous les industriels le souhaitant la solution Open, après adhésion. Se présentant comme un service en ligne, Open permet aux livreurs d’identifier la boîte dans laquelle ils doivent déposer un colis grâce à un QR Code, puis d’en obtenir l’ouverture de manière sécurisée, avec un code unique et temporaire." Pour le consommateur, rien ne change", insiste Alain Fischer. "La boîte est privatisée jusqu’au retrait." Le surcoût lié à l’utilisation du système repose sur l’investissement des industriels, qui maintiennent la plateforme en ligne, et les expressistes, coursiers et autres commerçants locaux qui payent quelques centimes à chaque livraison. "Le GIE n’a pas vocation à faire des bénéfices", rappelle le gérant de Renz France. "Le modèle économique a été défini pour supporter les coûts liés à la plateforme", qui apparaît comme un tiers de confiance entre les industriels et les acteurs de la livraison.

"Ce système n’empêchera pas la concurrence", estime Alain Fischer. "À nous d’être les meilleurs et les plus innovants sur nos produits. " Installé sur 4 600 m2 dédiés à la production, Renz a injecté 2,7 millions d’euros en 2016 dans l’agrandissement et la modernisation de ses locaux, et s’apprête à retrouver 700 m2 supplémentaires qui lui permettront de mieux intégrer les lignes dédiées à la fabrication de boîtes à colis.

Le directeur de la R & D de Renz France, Thierry Supernat, déverrouille une boîte à colis connectée.
Le directeur de la R & D de Renz France, Thierry Supernat, déverrouille une boîte à colis connectée. — Photo : Jean-François Michel

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