Nord

Textile

Face à un marché en mutation, Lener Cordier se diversifie

Par Elodie Soury-Lavergne, le 02 mars 2021

Fondée à Hazebrouck (Nord) en 1954 par Marguerite Cordier Lener, l’entreprise de prêt-à-porter Lener Cordier a traversé les décennies sans ciller. Face aux nouvelles tendances d'un marché en pleine mutation, son PDG Frédéric Lener mise sur la diversification et l'accélération à l'international, en particulier en Asie.

Né à Hazebrouck en 1954, le fabricant de manteaux et prêt-à-porter Lener Cordier y compte toujours 85 salariés, un atelier de création, et une unité de prototypage et de fabrication en petites et moyennes séries.
Né à Hazebrouck en 1954, le fabricant de manteaux et prêt-à-porter Lener Cordier y compte toujours 85 salariés, un atelier de création, et une unité de prototypage et de fabrication en petites et moyennes séries. — Photo : Lener Cordier

Au début des années 50, Marguerite Cordier Lener crée un petit atelier de confection de blouses dans son grenier, à Hazebrouck (Nord). Sans le savoir, cette mère de dix enfants, qui apprécie la couture, vient de donner naissance à une belle entreprise textile de la région. Toujours debout 60 ans plus tard, malgré la crise qui a sévèrement touché ce secteur dans les Hauts-de-France, Lener Cordier fabrique désormais des pièces à manches (manteaux et trench), ainsi que du prêt-à-porter. « Nos marques (Maison Lener, Trench & Coat et Chemins Blancs) représentent à peu près 30 % de notre activité. Les 70 % restants sont répartis sur des clients tiers comme Lacoste, Zadig & Voltaire, Sandro, etc. », détaille l’actuel dirigeant Frédéric Lener, qui est par ailleurs l’actionnaire majoritaire. Avec deux showrooms à Paris et Pékin, l’entreprise réalisait en 2019 un chiffre d’affaires de 19 millions d’euros.

Pour passer cette crise sanitaire, Lener Cordier a fait preuve d’agilité et a également pu s’appuyer sur l’international et le digital, des virages pris par les descendants de la fondatrice. Deux volets que Frédéric Lener continue d’ailleurs de développer, tout en affichant une volonté de « se diversifier, sans pour autant se disperser ».

85 emplois à Hazebrouck

Au fil des décennies, Lener Cordier a conservé son siège Hazebrouck, à quelques encablures du grenier où tout est né. L’entreprise compte 85 salariés sur ce site, dédié à la conception, au prototypage et à la petite et moyenne série. Chaque année, l’entreprise réalise près de 1 000 prototypes et affiche 1,5 million de mètres de tissus confectionnés. Outre ce site nordiste, Lener Cordier possède une filiale de production en Ukraine, où elle emploie 250 salariés. Enfin, l’entreprise travaille avec un réseau de sous-traitants, en Europe.

Si Lener Cordier peut se targuer d’avoir résisté dans un secteur d’activité largement bousculé, son histoire n’a pas été un long fleuve tranquille. Ainsi, dans les années 80, Frédéric Lener rejoint l’entreprise familiale tandis que la mode affronte la crise de la mondialisation. « Ça a fragilisé les entreprises manufacturières comme la nôtre, rapporte-t-il. Lener Cordier a même dû déposer le bilan en 1986, mais le plan de relance présenté au tribunal de commerce a été accepté ». C’est à cette époque que Lener Cordier fait le choix de produire ailleurs en Europe, tout en conservant certaines compétences à Hazebrouck, et qu’il s’oriente vers la production en marque blanche : « Lener Cordier était une entreprise qui tentait de renaître de ses cendres. Nous nous sommes tournés massivement vers les marques de distributeurs, qui nous ont permis de faire du volume ».

Trois marques en propre

Dans les années 60 et 70, avant ces difficultés, l’entreprise avait toutefois sa propre marque. Un rayonnement que Frédéric Lener va souhaiter retrouver dès les années 90, quand il fait le pari de s’ouvrir à l’international. L’idée est alors de s’appuyer sur le savoir-faire français, en particulier en Asie. En 1992, Lener Cordier crée donc Chemins Blancs, une marque de prêt-à-porter, « pour sortir du carcan du manteau », un produit saisonnier. Cette marque est aujourd’hui présente sur le web, via un site marchand dédié et compte trois boutiques en France, à Paris, Colmar et Caen. En 2009, c’est la marque Maison Lener qui voit ensuite le jour, pour permettre à l’entreprise de fabriquer des manteaux en marque propre. Celle-ci réalise à présent 80 % de son activité à l’export, essentiellement vers le Japon, la Chine et la Corée. « Le made in France a meilleure réputation en Asie qu’en France », constate le dirigeant. Enfin, en 2014, Lener Cordier lance une troisième marque, Trench & Coat, qui propose un choix de manteaux, trenchs et vestes à prix plus accessibles que Maison Lener. Cette dernière marque réalise 80 % de son activité en France.

Avec ses trois marques, Lener Cordier est positionnée sur la mode de milieu de gamme, voire de haut de gamme, sans volonté de s’inscrire dans le luxe. Les marques sont diffusées via quelques boutiques en propre, des réseaux de détaillants ou des distributeurs multimarques, comme les galeries Lafayette, et sur le web. C’est en 2014 que l’entreprise a opéré un virage digital, avec l’arrivée de Marine Lener, la fille du dirigeant. « Depuis cinq ans, nous enregistrons des progressions à deux chiffres sur le web, et en particulier cette année. Toutefois, cela n’a pas compensé entièrement les achats manqués, en lien avec la fermeture des magasins physiques », constate Frédéric Lener.

Lener Cordier a aujourd’hui trouvé un équilibre entre marques blanches et marques propres, ainsi qu’entre ventes sur le web et en magasins, ce qui lui permet de ne pas avoir tous ses œufs dans le même panier. « Les marques blanches nous apportent du volume, pour faire tourner l’outil de production et maintenir le niveau de savoir-faire. Un outil et un savoir-faire dont profitent nos trois marques, qui sont sur des volumes faibles mais génèrent plus de marge », analyse le dirigeant.

Des projets de diversification

Durant la crise sanitaire qui a marqué l’année 2020, et malgré deux confinements successifs, Lener Cordier n’a pas mis son outil de production à l’arrêt. Comme beaucoup d’entreprises du textile, l’industriel nordiste a fait le choix de se lancer dans la confection de matériel médical, avec les masques et les blouses. Si, depuis, l’entreprise a retrouvé son métier traditionnel, elle en a profité au passage pour se diversifier, avec le lancement du site Lener Cordier Santé. Celui-ci commercialise des masques et blouses de protection, à destination des institutions, entreprises et particuliers.

Face à une année 2021 encore incertaine, Frédéric Lener mise sur « la réalisation d’économies en interne et sur des prévisionnels prudents, ce qui est difficile, quand on se diversifie ». L’entreprise familiale doit s’adapter à la grande tendance du marché (lire par ailleurs), « le consommer moins, mais mieux », indique le dirigeant. Parmi les pistes envisagées : le lancement de produits pour hommes - un test est d’ailleurs en cours avec la marque Maison Lener - la réalisation de livres en tissu pour les enfants en partenariat avec une maison d’édition, l’upcycling d’invendus (récupération et transformation de produits, dans le but de les valoriser, NDLR) pour le compte de distributeurs de prêt-à-porter, ou encore la valorisation des chutes de tissu car « pour un manteau fabriqué, c’est 20 % de perte de tissu en moyenne ».

Outre cette diversification, Frédéric Lener veut poursuivre son maillage de l’Europe et surtout, de l’Asie, où se trouve « le gros potentiel ». Pour l’heure, Lener Cordier réalise 15 à 20 % de son chiffre d’affaires à l’export. Quant à l’année 2020, le dirigeant pense la clore avec un chiffre d’affaires d’environ 16,5 millions d’euros. La crise sanitaire aura donc laissé quelques traces, mais aura aussi eu ses vertus : « Durant cette crise, tout le monde a redécouvert le made in France et le secteur textile », conclut Frédéric Lener.

[Encadré] Un marché du textile habillement en pleine mutation

Le marché français du textile habillement ralentit depuis quelques années. Selon l’Institut Français de la Mode (IFM), les ventes d’articles d’habillement et textiles des distributeurs ont ainsi enregistré une baisse de 1 % en valeur sur l’année 2019, par rapport à 2018. Une tendance qui n’est pas nouvelle et qui a été largement accélérée par la crise sanitaire. Ainsi, en 2020, de nombreuses enseignes de prêt-à-porter se sont retrouvées en difficulté : Camaïeu, Phildar, Celio, Naf Naf, etc. Un phénomène qui s’explique par la déconsommation. Si celle-ci est parfois liée à une baisse du pouvoir d’achat, il faut surtout y voir une tendance de fond, qui est celle du « consommer moins, mais mieux », selon Frédéric Lener, PDG de la maison de prêt-à-porter Lener Cordier. Une tendance qui s’accompagne de la montée en puissance du marché de l’occasion, estimé à 1 milliard d’euros en 2019 par l’IFM. Toujours selon cet institut, 42 % des Français ont acheté moins de vêtements en 2019, par rapport à 2018. En quête de sens plutôt que d’accumulation, le consommateur pousse donc les enseignes à se transformer. Ainsi, en 2020, le distributeur nordiste de prêt-à-porter Kiabi s’est lancé dans l’occasion, un créneau dont La Redoute compte aussi se saisir prochainement. Enfin, si les ventes dans les réseaux de distribution physique ont tendance à baisser, les ventes à distance et sur Internet sont en revanche en progression, et représentent désormais 14 % des ventes d’habillement selon l’IFM.

Né à Hazebrouck en 1954, le fabricant de manteaux et prêt-à-porter Lener Cordier y compte toujours 85 salariés, un atelier de création, et une unité de prototypage et de fabrication en petites et moyennes séries.
Né à Hazebrouck en 1954, le fabricant de manteaux et prêt-à-porter Lener Cordier y compte toujours 85 salariés, un atelier de création, et une unité de prototypage et de fabrication en petites et moyennes séries. — Photo : Lener Cordier

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