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Financement

Interview Bpifrance : « Nous avons mis en place un pont aérien de cash pour les entreprises »

Entretien avec Nicolas Dufourcq, directeur général de Bpifrance

Propos recueillis par Philippe Flamand - 18 mars 2020

Le directeur général de Bpifrance Nicolas Dufourcq détaille le dispositif de prêts mis en place par la banque publique d’investissement pour venir en aide aux entreprises et consolider au mieux leur trésorerie dans le contexte actuel de la crise sanitaire.

Nicolas Dufourcq, directeur général de Bpifrance.
Nicolas Dufourcq, directeur général de Bpifrance. — Photo : DR

Le Journal des Entreprises : Comment Bpifrance s’est-elle organisée en interne pour affronter l’épidémie ?

Nicolas Dufourcq : Nous avons 3 500 collaborateurs salariés et prestataires, 500 d’entre eux ont une importance critique pour notre fonctionnement et doivent être physiquement présents dans nos locaux au siège à Maisons-Alfort et dans nos directions régionales, où il y a en permanence entre 3 et 5 personnes par roulement. Sinon 80 % de notre effectif est en télétravail, ce qui a des conséquences importantes en termes de management. Nous maintenons un lien fort dans les équipes en réalisant des conférences téléphoniques. Hier j’étais par exemple en ligne avec plus de 3 000 personnes connectées à un « live chat » interne. Nous devons nous adapter à ce nouveau contexte, nos managers ont pour mission d’appeler leurs collaborateurs au moins une fois par jour pour conserver une dimension humaine à ce dispositif. Par ailleurs comme une grande partie de nos salariés est jeune et a des enfants nous avons mis en place un service de baby-sitting à domicile pris en charge par la banque pour leur permettre d’être plus efficaces dans leur télétravail. C’est un nouveau mode de vie qui se déploie, inattendu, auquel nous n’étions pas préparés. Bpifrance a suspendu son activité conseil et évènementielle tout en gardant le lien fort avec ses clients au téléphone. Aucune mesure de chômage partiel n’a en revanche été prise chez nous.

Vous avez décrété une mobilisation générale en faveur des entreprises, comment s’exprime-t-elle ?

N.D. - C’est un véritable pont aérien de cash que nous mettons en place. D’abord en reportant de six mois les échéances en capital des prêts que nous avons accordé aux entreprises. C’est un geste fondamental que nous faisons et qui signifie que Bpifrance, durant six mois, n’aura pas de revenu. Ensuite nous proposons deux prêts directs aux entreprises de toutes tailles et tous secteurs d’activité pour finance leurs besoins de trésorerie. Le prêt Atout s’adresse aux TPE, PME et ETI avec un montant minimal de 10 000 euros et un plafond de 5 millions d’euros pour les PME et de 30 millions d’euros pour les ETI. Il s’agit de financer le besoin en fonds de roulement (BFR) des entreprises avec un prêt en blanc sans garantie personnelle du dirigeant (ni sur sa résidence principale), accordé à un taux attractif avec 12 mois de différé de remboursement du capital, et garanti par le fonds de garantie de Bpifrance doté de 4 milliards d’euros.

Quel volume de prêts est concerné ?

N.D. - Nous tablons sur environ 3 milliards d’euros de prêts accordés.

Quel est l’autre prêt ?

N.D. - Il s’agit du prêt Rebond mis en place avec l’aide des Régions qui ont doté le fonds de garantie de Bpifrance à hauteur de 70 millions d’euros ce qui nous permet de réaliser environ 900 millions d’euros d’encours de prêts, avec les mêmes caractéristiques que celles décrites précédemment, mais pour des montants plus faibles de 10 000 à 300 000 euros, pour la même cible d’entreprise et pour répondre aux mêmes besoins.

Comment les entreprises peuvent-elles solliciter ces prêts ?

N.D. - En appelant leur chargé d’affaires Bpifrance quand elles sont déjà clientes, ou encore en réalisant une demande en ligne sur le site Bpifrance.fr et en déposant tout simplement un numéro de téléphone portable pour y être rappelé. Nous avons fait en sorte que les formalités administratives d’octroi des prêts soient les plus légères possible avec une signature électronique. Le cash doit être disponible cinq jours après que notre accord a été donné. Nous avons d’ores et déjà accordé des prêts à hauteur d’une dizaine de millions d’euros.

Quel doit être le rôle des banques commerciales dans ce dispositif ?

N.D. - C’est le second étage de la fusée. Les entreprises doivent solliciter leur banque pour obtenir des prêts de même nature garantis par Bpifrance à hauteur de 90 % afin de consolider leur ligne de trésorerie sur six ans, en transformant des prêts court terme déjà octroyés en prêts moyen terme ou en demandant une nouvelle ligne de découvert confirmé sur 12 à 18 mois. Les banques commerciales connectées au système informatique de Bpifrance pouvaient jusqu’à présent mobiliser automatiquement la garantie de Bpifrance à hauteur de 200 000 euros, nous avons remonté le plafond de cette délégation à 300 000 euros et nous allons sans doute encore l’augmenter.

Vous actionnez également le levier de l’affacturage…

N.D. - Bpifrance réalise déjà en temps normal environ 90 % de l’affacturage des entreprises sur les créances publiques pour un volume global de mobilisation des factures autour de 5 milliards d’euros par an. Nous invitons nos clients à mobiliser davantage leurs factures clients quelles qu’elles soient et nous ajoutons sur ces créances un « top up » de 30 % de trésorerie en blanc aux mêmes conditions que les prêts Atout et Rebond.

Nicolas Dufourcq, directeur général de Bpifrance.
Nicolas Dufourcq, directeur général de Bpifrance. — Photo : DR

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