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Agroalimentaire

Pourquoi DuPont vend l'usine Danisco de Landerneau

Par Jean-Marc Le Droff, le 06 juin 2018

Sept ans après son rachat par le géant américain DuPont, l'usine Danisco de Landerneau passera en octobre sous pavillon allemand. Pourquoi DuPont se prépare-t-il à se séparer d'un site de transformation d'algues dans lequel il a beaucoup investi et qui affiche une belle croissance ? 

Arnaud Delafon dirige le site landernéen de Danisco depuis trois ans. — Photo : Jean-Marc Le Droff

« Notre métier, c'est l'extraction d'alginate à partir d'algues brutes », résume Arnaud Delafon, qui dirige l'usine Danisco de Landerneau et ses quelque 70 salariés depuis trois ans. De l'alginate destiné à 85 % à l'industrie alimentaire où il est utilisé comme épaississant et comme gélifiant, mais aussi dans l'industrie pharmaceutique et cosmétique.

15 millions d'euros d'investissement depuis sept ans

Chaque année, ce sont près de 2 000 tonnes de produit fini qui sortent de l'usine à destination du monde entier, la France ne représentant que 5 % des ventes. Sept ans après son rachat, en 2011, par l'américain DuPont, le site aura bénéficié d'un total de 15 millions d'euros d'investissement, dont trois nouveaux silos installés en décembre dernier. Avec des résultats à la hauteur de l'investissement : entre 2016 et 2017, le chiffre d'affaires est ainsi passé de 21 à 24 millions d'euros. « Le marché est en expansion : on trouve de plus en plus de débouchés pour l'alginate, et il y a de plus en plus de demande pour des produits naturels », détaille le directeur.

Une séparation imposée par l'Europe

Pourquoi, alors, l'américain se sépare-t-il d'un site où il a tant investi et qui affiche des résultats en croissance ? La réponse est simple : après avoir annoncé son souhait de fusionner avec Dow Chemicals, un autre géant de l'industrie chimique américaine, la Commission européenne s'est inquiétée d'un possible risque de position dominante. Pour y remédier, pas d'autre choix pour DuPont que de céder certaines de ses molécules. L'américain se tourne alors vers un compatriote, le groupe FMC lequel, en échange de ces molécules, lui cède son activité Santé et Nutrition. Problème : cette activité incluait une usine de production d'alginate en Norvège.

DuPont a donc dû séparer du business alginate à travers la vente de Danisco qui emploie près de 6 000 personnes dans le monde. « Là encore, la Commission européenne a exigé des garanties : reprendre l'ensemble du personnel, des sites, et continuer à investir », insiste Arnaud Delafon. Ce à quoi s'est engagé le nouveau repreneur, le groupe allemand JRS qui, à travers cette acquisition, souhaite se renforcer sur les produits d'origine naturelle.

Bientôt concurrent de DuPont

« Notre objectif est désormais de créer un nouvel acteur qui soit compétitif », poursuit Arnaud Delafon qui, dans quelques mois, deviendra donc un concurrent de DuPont. Un défi ambitieux, mais pas de nature à inquiéter le directeur.

« Pour l'usine, ça ne va pas changer grand-chose dans un premier temps : l'employeur restera Danisco, seule l'appellation des produits et le système informatique vont changer. Je ne suis absolument pas inquiet pour l'avenir : nous disposons d'un savoir-faire que nous avons développé depuis les années 1960 (quand l'usine a été créée par la Sobalg, NDLR), nous connaissons parfaitement le métier, et avons de très bonnes relations avec tous nos partenaires », rassure le directeur qui préfère rester discret sur la stratégie à venir. « Jusqu'à ce que la fusion soit effective, en octobre, nous restons au service de DuPont », esquive-t-il élégamment.

Arnaud Delafon dirige le site landernéen de Danisco depuis trois ans. — Photo : Jean-Marc Le Droff