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Interview La Houle Armement : « Nous essayons d’avancer malgré le Covid et le Brexit »

Entretien avec Jacques Pichon, directeur général de La Houle Armement

Propos recueillis par Valérie Dahm - 01 septembre 2020

Doublement impactés par les négociations post-Brexit sur la pêche et par le Covid, les armements de pêche hauturiers sont fragilisés. Témoignage du patron de La Houle Armement, à Saint-Guénolé dans le Finistère, dont l’activité a repris au fur et à mesure depuis mi-mai.

Jacques Pichon, directeur général de l'armement La Houle à Penmarc'h (Finistère).
Jacques Pichon, directeur général de l'armement La Houle, à Penmarc'h (Finistère). — Photo : © Valérie Dahm

Quel a été l’impact du confinement pour votre armement La Houle (11 M€ de CA, 100 salariés) ?

Nous avons dû cesser toute activité dès le début du confinement, nos principaux marchés – restauration, dont haut de gamme, Espagne et Italie — s’étant effondrés. Soit la quasi-totalité du personnel au chômage partiel et une perte de chiffre d’affaires de 2,5 millions d’euros. Les premiers bateaux ont pu reprendre la mer le 15 mai et les derniers début juin. Avec les difficultés liées à la mise en place des mesures sanitaires, très difficilement applicables à bord. Comment respecter la distanciation sociale ou le port du masque sur un lieu de travail comme un bateau, ou encore la désinfection systématique ? Nous ne sommes pas dans des bureaux. Un casse-tête imposé par des gens qui ne tiennent pas compte de nos conditions de travail, mais nous désignent bien comme employeur responsable en cas de problème.

Dans quelles conditions se fait la reprise ?

Tout dépend des espèces et des tailles de poissons. Le marché est très segmenté et, pour nous qui sommes positionnés sur des produits haut de gamme - restauration haut de gamme, d’affaires - et sur le marché espagnol où le Covid menace à nouveau, rien n’est gagné. La consommation des ménages a retrouvé son niveau normal, mais ce n’est pas notre créneau. En résumé, nous retravaillons, mais avec une perte sur le prix moyen qui oscille entre 10 % et 20 %.

Le secteur de la pêche a-t-il été correctement soutenu ?

Ne soyons pas ingrats : nous avons été soutenus. D’une part avec le chômage partiel, qui a été amélioré pour les marins, ce qui est une avancée. D’autre part, et c’est l’essentiel, avec l’aide aux entreprises, calculée sur la base du chiffre d’affaires de l’année précédente, aide émanant de l’Europe pour 75 % et de l’État français et de la Région pour le reste. Toutefois, ces fonds restent à venir…

L’arrêt momentané de la pêche aura-t-il un impact sur les stocks de poissons ?

Non. Pour voir les stocks augmenter, il aurait fallu arrêter la pêche beaucoup plus longtemps que le temps du confinement. D’autant plus que toutes les pêches ne se sont pas arrêtées à ce moment-là, nous ne sommes pas les seuls concernés.

Il y a aussi les négociations post-Brexit sur la pêche qui vous menacent ?

Jusqu’à présent, dans le cadre des accords européens mis en place depuis 1983, nous avons eu accès aux eaux britanniques, ce qui représente entre 40 % et 80 % de l’activité hivernale selon nos bateaux (10) et nous permet de faire transiter le débarquement de nos pêches. Selon la tournure des négociations, ces eaux pourraient ne plus nous être accessibles. Nous serions alors contraints de nous rabattre sur d’autres zones, déjà pêchées, ce qui entraînerait d’autres problèmes. Il y a des avancées sur tous les secteurs en négociation entre l’Europe et le Royaume-Uni... sauf avec le secteur de la pêche, qui reste un symbole fort pour les Britanniques. Le nouveau gouvernement français (Castex I, NDLR) ne me rassure pas, avec un portefeuille ministériel dédié à la pêche sans grande dimension et un ministère de l’environnement puissant.

Croyez-vous à un accord en fin d’année ?

Pas vraiment. Le plus probable, c’est que nous nous retrouvions sans accord fin 2020. Les Britanniques ont rejeté l’année supplémentaire de négociation que l’Europe leur proposait. Ce serait la fin de l’accès aux eaux britanniques, pour une période courte toutefois. Car nous ne sommes pas les seuls concernés. À terme, il y aura des accords, intégrant la pêche. Mais en attendant, la période hivernale sera bloquée, ce qui correspond malheureusement pour nous à notre période de forte activité en eaux britanniques. Dans un tel cas de figure, des aides seraient indispensables pour nous aider à passer cette période difficile.

Comment voyez-vous l’avenir ?

Nous essayons d’avancer, malgré la faible visibilité sur l’évolution du Covid et des négociations post-Brexit. Nous dépendons tellement d’autres secteurs et d’autres pays que notre marge de manœuvre est faible. Nous avions lancé des projets à long terme avant le Covid, comme la construction d’un nouveau bateau, pour 4,3 millions d’euros, que nous poursuivons. Nous avons en revanche reporté d’un an la signature pour la construction d'un autre bateau.

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