Finistère

Agroalimentaire

Avec sa nouvelle usine de poudre de lait, Sill part à la conquête de l'international

Par Isabelle Jaffré, le 01 avril 2019

Après près de cinq ans d’attente, le projet d’usine de poudre de lait de Sill Entreprises avance enfin. La construction a démarré en juillet 2018, zone du Vern, à Landivisiau (Finistère). L’objectif est de viser de nouveaux marchés en Asie du Sud-Est, au Moyen-Orient et en Afrique.

Chantier de l'usine de poudre de lait infantile de Sill Entreprises à Landivisiau, dans le Finistère
La nouvelle usine de poudre de lait infantile du groupe Sill Entreprises en construction à Landivisiau (Finistère) devrait atteindre 100 millions d’euros de chiffre d’affaires, quasiment intégralement réalisés à l’export. — Photo : © Dominique Leroux

« Enfin ! » C'est le mot qui prédomine sur le chantier de la nouvelle usine de poudre de lait de Sill Entreprises (1 500 salariés, 500 M€ de CA) à Landivisiau. Après plus de cinq ans d’errements, au gré des recours, les travaux ont été lancés en juillet 2018 sur le terrain de 7 hectares, zone du Vern. Un investissement de 85 millions d’euros pour l’entreprise agroalimentaire nord-finistérienne qui aurait bien pu tomber à l’eau. « Le projet a été lancé en 2014, à la fois pour augmenter nos capacités – la tour de séchage de Plouvien datant de 1973 étant un peu juste en capacité – et pour chercher des produits à plus forte valeur ajoutée, comme le lait infantile », explique Gilles Falch’un, le président de Sill.

Une nouvelle usine plus grande que prévu

Le dirigeant avait alors tout prévu, sur un terrain qui jouxte l’usine actuelle. Mais des recours ont été déposés. Le projet est donc « délocalisé » à Guipavas. Même problématique. Des riverains s’y opposent. En juin 2018, Gilles Falch’un a finalement annoncé que l’usine se ferait à Landivisiau. « Ce n’est plus tout à fait le même projet que celui de Plouvien. Nous avons davantage de place, donc le bâtiment de 19 300 m² va respecter la marche en avant, avec des normes de sécurité proches de la pharmacie. » La tour de séchage culminera à 47 mètres de haut, avec six niveaux de plancher traversant.

Gilles Falch'un, président de Sill.
Gilles Falch'un, président de Sill. - Photo : © Isabelle Jaffré

« C’est un chantier très technique, indique Sébastien Conan, directeur général du rennais Thébault Ingénierie (60 salariés, 40 M€ de CA, groupe Idec), qui construit le bâtiment. Du fait de cette complexité, Sill a choisi la société bretillienne – elle a construit l’usine de lait Synutra Sodiaal de Carhaix – pour une livraison clé en main.

Le chantier est gigantesque : 30 à 40 entreprises y participent et un pic de 250 à 300 personnes y travailleront. Les essais industriels sont prévus à l’automne 2020, pour un lancement opérationnel début 2021. 60 salariés sont prévus pour faire tourner l’usine, dont la production prévisionnelle est de 18 000 tonnes de lait infantile et plus de 20 000 tonnes de lait classique.

Un plan d'investissement de 180 M€

Sill Entreprises peut donc désormais regarder vers l’avant et mettre en œuvre sa stratégie, mise entre parenthèse pendant cinq ans. « Nous avons levé 180 millions d’euros, dont les 85 millions pour l’usine, explique Jean-Jacques Pierre, le directeur financier de Sill. C’est un plan d’investissement sur cinq ans avec des financements structurés mis en place, comme des crédits-bails et des prêts, dont 40 M€ de la Banque européenne d’investissement. » Sill a également eu recours dès fin 2014 aux obligations sur sept ans Euro PP. Pourquoi ce montage particulier ? « Nous n’avons pas besoin de tous les fonds en même temps, mais au fil des investissements », précise le DAF.

« Notre objectif est de grandir, mais surtout de consolider notre modèle d’entreprise à capitaux familiaux. »

La levée de fonds sert donc aussi à entretenir les différents sites et filiales. En effet, le lait représente 60 % du chiffre d’affaires de l’ETI finistérienne (avec les marques Grandeur Nature, Matines, Le Gall, Le Petit Basque et Malo), mais celle-ci est aussi présente sur le marché des jus de fruits (Plein fruit, Bopi), des potages et plats cuisinés (La Potagère, La Compagnie Artique, Primel et Saveurs Cristal).

En 2015, Primel a doublé sa capacité de production (8 M€ d’investissement). Plus récemment, en 2018, l'entreprise Le Petit Basque (160 salariés, 56 M€ de CA) a inauguré l'extension de son usine de Saint-Médard d'Eyrans, en Gironde (9 M€ investis). « Nous avons également un plan de rénovation de 7 millions d’euros pour l’usine de Plouvien prévu pour 2022 ou 2023 », annonce Gilles Falch’un.

Un bureau au Moyen-Orient

La nouvelle usine de Landivisiau et sa tour de séchage pourront aussi soulager le site historique, même si l’objectif est bien de viser de nouveaux marchés avec la poudre infantile. « Nous réalisons déjà 25 % de notre chiffre d’affaires à l’export. Nous avons un bureau à Singapour et comptons en ouvrir un au Moyen-Orient. »

Sill vise la Chine, bien sûr, mais aussi toute l’Asie du Sud-Est, le Moyen-Orient et l’Afrique avec la poudre de lait infantile. « C’est là qu’est la valeur ajoutée, insiste Gilles Falch’un. L’usine devrait atteindre 100 millions d’euros de chiffre d’affaires, quasiment intégralement réalisés à l’export. On fera peut-être un peu de bio pour le marché français. »

Face à des marchés laitiers (beurre, lait, yaourts) chahutés, Sill arrive à tirer son épingle du jeu. « On a beaucoup travaillé sur nos marques et répartis notre mix produits », indique le président. Yaourts bio, différenciation par des emballages cartons des yaourts, etc. « Notre objectif est de grandir, mais surtout de consolider notre modèle d’entreprise à capitaux familiaux », conclut le PDG.

Chantier de l'usine de poudre de lait infantile de Sill Entreprises à Landivisiau, dans le Finistère
La nouvelle usine de poudre de lait infantile du groupe Sill Entreprises en construction à Landivisiau (Finistère) devrait atteindre 100 millions d’euros de chiffre d’affaires, quasiment intégralement réalisés à l’export. — Photo : © Dominique Leroux

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