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Rossignol : "Nous allons fabriquer à Sallanches nos skis recyclables"

Par Marie Paturel, le 25 avril 2022

Après avoir quasiment retrouvé son niveau d’activité d’avant crise, le groupe Rossignol lance dans son usine de Sallanches, en Haute-Savoie, la fabrication d’un ski recyclable. Explications de Vincent Wauters, président du fabricant isérois de matériels de sport d’hiver.

Vincent Wauters, président du groupe Rossignol depuis février 2021.
Vincent Wauters, président du groupe Rossignol depuis février 2021. — Photo : Rossignol

Le groupe Rossignol connaît une hausse de 28 % de son chiffre d’affaires en 2021-2022. Comment expliquez-vous cette forte croissance ?

Nous avons traversé une période très difficile au cœur de la crise sanitaire. Fin mars 2021, nous avons clos une saison blanche. À périmètre constant, nous sommes passés de 331 millions d’euros sur l’exercice 2019-2020 à 242 millions d’euros en 2020-2021, avec une hétérogénéité selon les secteurs géographiques. En France, en Italie et en Allemagne, où les remontées mécaniques étaient fermées, nous avons subi une baisse de 50 % de chiffre d’affaires en 2020-2021. En revanche, aux États-Unis, au Canada et en Scandinavie – où il n’y avait pas de sur-stocks et où la culture du ski est très forte –, nous enregistrions déjà un fort rebond. La saison d’hiver ayant permis aux consommateurs de retrouver la montagne en France, en Italie et en Allemagne, la reprise a été rapide, bien que décalée en raison des sur-stocks. Fin mars 2022, nous avions récupéré 95 % de la situation antérieure au Covid avec 310 millions d’euros de chiffre d’affaires. La France représente environ 20 % de l’activité. Le Groupe Rossignol est ancré dans les Alpes mais rayonne à l’international en réalisant plus de 80 % de son activité hors de France. L’Amérique du Nord représente environ 40 % de l’activité totale. Les autres marchés importants sont l’Europe de l’Ouest (Italie, Allemagne, Autriche, Suisse), la Scandinavie, l’Europe de l’Est, puis l’Asie, le Japon et la Chine.

Vous avez pris la direction du groupe en février 2021 dans un contexte particulièrement difficile. Quels changements souhaitez-vous impulser ?

En effet, j’ai pris mes fonctions pendant une période assez sombre, mais l’engagement et la résilience des équipes (1 250 salariés dans le monde, dont la moitié en France, NDLR) a permis de prendre, tous ensemble, des décisions fortes. Nous nous sommes focalisés sur nos marques historiques, avons mis en place du chômage technique et fermé nos usines pendant plusieurs semaines. Néanmoins nous avons continué à investir en R & D et nous avons multiplié par deux notre plan de prélancement (mise à disposition de certains produits de la saison hivernale 2022-2023 dès février 2022, ce qui constitue une forme de teasing, NDLR) . Cette stratégie a porté ses fruits.

Par ailleurs, j’ai deux convictions profondes. D’une part, je suis convaincu de la pertinence du travail collectif : dans ce monde très perturbé, il est essentiel de créer un sentiment d’appartenance, de confiance et de partage. J’ai marqué mon arrivée en augmentant le niveau d’engagement en communication interne. D’autre part, je suis persuadé de la puissance émotionnelle des marques qui sont des vecteurs d’émotions. Les marques du Groupe ont cette puissance inouïe liée à la passion du sport et de la montagne. Je souhaite mettre l’accent sur la communication de marque et recentrer notre activité sur la vie alpine.

En 2020, le groupe annonçait la suppression de 55 postes en Savoie et en Isère. Aujourd’hui, vous misez sur le développement d’un ski à haut potentiel de recyclabilité et la redynamisation du site de Sallanches, en Haute-Savoie. Pourquoi ce changement de cap ?

Il s’agit d’un changement dans la continuité. Nous nous recentrons sur nos marques historiques, mais sans abandonner notre stratégie de diversification. Le groupe a cédé des marques (Time, Felt) mais n’abandonne pas d’activité : il se recentre sur sa marque Rossignol autour de l’univers montagne et à travers trois grandes catégories de produits : équipements et matériels de sport d’hiver, vêtements et chaussures, vélos. Le développement du textile répond à une volonté d’accompagner nos consommateurs durant les quatre saisons. De même, nos vélos électriques sont gérés à Saint-Jean-de-Moirans, avec notre propre marque. Nous voulons être avec nos consommateurs en montagne tout au long de l’année (les gammes vêtements et chaussures représentent déjà plus de 22 % du chiffre d’affaires de la marque et plus de 40 % des ventes Rossignol en France, NDLR).

Concernant Sallanches, notre engagement est de dynamiser ce site historique au pied du Mont Blanc et de disposer de circuits courts pour produire en France, dans les Alpes. Nous nous sommes engagés à rapatrier 10 000 paires de skis à Sallanches jusqu’alors fabriquées en Espagne : la première moitié a déjà été transférée, la seconde le sera en novembre prochain. Des investissements à hauteur de 700 000 euros ont été faits pour acquérir de nouvelles machines. Sallanches a vocation à devenir le lieu de production de nos skis haut de gamme et de nos nouveaux modèles, dont le premier ski à haut potentiel de recyclabilité. L’idée est aussi de faire de Sallanches un site de réparation et de deuxième vie pour nos skis. Nous souhaitons, dans un premier temps, pérenniser les 74 emplois existants en atteignant la pleine capacité de production – ce qui devrait être rapidement le cas au vu de notre carnet de commandes. Notre ambition est de faire grandir ce site.

Les enjeux environnementaux sont de plus en plus forts. Le groupe Rossignol a lancé son programme RSE Respect en 2020. Comment comptez-vous poursuivre les actions dans ce domaine et décarboner l’activité de Rossignol ?

Nous nous tenons au respect des objectifs définis dans le programme "Respect", autrement dit réduire de 40 % nos déchets et de 30 % nos émissions de carbone d’ici 2030. Nous lançons le mouvement Essential (le nouveau ski made in France à haut potentiel de recyclabilité, NDLR) pour nous orienter vers une production de skis plus sobre, mais surtout pour chercher du co-développement. C’est ce que nous avons fait avec MTB : ensemble, nous avons réussi à créer un ski à 77 % recyclable, contre 6 à 8 % pour un ski traditionnel. L’objectif est qu’un tiers de notre gamme soit ainsi recyclable d’ici 2028 et Sallanches sera au centre du processus. Quant au textile, qui est l’une des industries les plus polluantes, nous axons notre démarche sur la recherche de matières recyclées et issues de la culture biologique, mais aussi sur les circuits courts en produisant au maximum en France et en Europe de l’Ouest. Le fait d’avoir gardé un tissu industriel en Europe de l’Ouest nous permet de développer une approche vertueuse. Nos sites sont certifiés ISO 14001 et fonctionnent en partie avec des énergies renouvelables.

Quel est l’impact de la situation en Ukraine sur le groupe ?

Je suis particulièrement touché, à titre personnel, par l’extrême brutalité d’une guerre en Europe. Nous avons des partenaires et des athlètes dans les pays concernés, ainsi que des sous-traitants. Nous avons la chance d’avoir une plateforme industrielle en Europe de l’Ouest, ce qui nous permet de rapatrier des productions en Roumanie ou en Italie. Cela augmente les coûts, mais nous pouvons gérer la situation. L’impact de l’inflation, notamment en matière énergétique, touche tous les secteurs. Nous devrons nécessairement transmettre ces augmentations, notamment sur les prix de vente aux consommateurs. Tous les acteurs économiques y seront également contraints.

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