Saint-Étienne

Mécanique

Lâché par son actionnaire chinois, UF1 va être placé en redressement judiciaire

Par Gilles Cayuela, le 27 novembre 2020

Repris en 2016 par le groupe industriel chinois ZI, UF1 est en grande difficulté. Administré judiciairement depuis cet été, l’expert stéphanois en usinage sera officiellement placé en redressement judiciaire à compter du 1er décembre 2020. Trois repreneurs potentiels se sont d’ores et déjà manifestés mais les salariés veulent, eux, en finir avec une situation qui s’enlise depuis le licenciement du dirigeant fondateur Olivier Vérot en juin 2019.

L'activité tourne au ralenti chez UF1. Sur les 13 salariés que compte l'entreprise, seuls deux sont actuellement en activité dans l'atelier.
L'activité tourne au ralenti chez UF1. Sur les 13 salariés que compte l'entreprise, seuls deux sont actuellement en activité dans l'atelier. — Photo : UF1

Rien ne va plus chez l’expert en usinage UF1. Entrée en juin 2016 dans le giron du groupe industriel chinois ZI, via sa filiale Achteck, l’entreprise stéphanoise, qui a vu son activité s’effondrer ces derniers mois va être placée en redressement judiciaire à compter du 1er décembre 2020.

Pourtant l’histoire entre UF1 et ZI avait bien commencé et la PME ligérienne semblait promise à un bel avenir. Un avenir qui devait conduire UF1 à multiplier son chiffre d’affaires par trois pour atteindre les 3 millions d’euros en 2020. "Le deal rédigé dans le pacte d’associés était clair. Je leur cédais 80 % des parts de la société et en contrepartie Achteck, qui voulait s’appuyer sur UF1 pour ses besoins en R & D, finançait notre développement et devait nous apporter 70 % de notre chiffre d’affaires annuel", rappelle le fondateur d’UF1, Olivier Vérot.

Oui mais entre-temps, le groupe ZI a revu sa stratégie industrielle et commerciale, et a pris la décision à l’été 2019 de débarquer Olivier Vérot, qui avait conservé la direction générale d’UF1 et 20 % des parts. Dans la foulée, il a aussi a progressivement baissé ses commandes auprès de sa filiale stéphanoise.

Une entreprise et des salariés livrés à eux-mêmes

"Pendant un an, avec le successeur d’Olivier Vérot, Benjamin Testud, nous avons essayé de trouver de nouveaux clients pour compenser. Mais avec l’épidémie de Covid-19, c’est devenu compliqué et les commandes de notre actionnaire se sont, elles, totalement arrêtées. Nous avons alors compris que notre actionnaire cherchait à se débarrasser de nous", confie Sébastien Roux, responsable de production et délégué du personnel chez UF1.

Convaincu que le groupe ZI cherchait à profiter de la crise sanitaire pour justifier son désengagement au sein d’UF1, Benjamin Testud décide en juin 2020 de poser sa démission. "L’entreprise s’est alors retrouvée sans dirigeant à son bord et les Chinois ont saisi le tribunal de commerce début août pour nommer un administrateur judiciaire en la personne de maître Eric Etienne-Martin", raconte Olivier Vérot.

De son côté Sébastien Roux a saisi le tribunal de commerce de Saint-Etienne, à la mi-août, pour dénoncer la situation de dépendance économique d’UF1 via à vis de son actionnaire chinois, qui ne respectait plus ses engagements. À ce jour, ce courrier est resté sans suite et aucune poursuite n’a été engagée contre le groupe chinois ZI.

Trois projets de reprise dans les tuyaux

Nommé pour assurer la gestion quotidienne d’UF1 en l’absence de dirigeant mandataire, maître Eric Etienne-Martin s’est, lui, vu confier, depuis fin septembre et l’assemblée général d’UF1, une nouvelle mission par le groupe ZI : trouver un investisseur susceptible de reprendre leurs parts au sein de la PME stéphanoise.

"À ce jour, l’administrateur a reçu deux offres sur son bureau. La première provient du groupe lyonnais ACI qui vient de racheter Comefor. Et la seconde émane du groupe stéphanois VT Méca, qui possède déjà deux sociétés sur la région (Cameca et Barrallon Mécanique, NDLR)", indique Sébastien Roux. Contacté, le cabinet AJUP, dans lequel maître Eric Etienne-Martin est associé, n’a pas répondu à nos sollicitations. Nous n’en savons donc pas plus sur les offres en question et leur éventuelle teneur. Le PDG du groupe ACI, Philippe Rivière, a en revanche confirmé être sur les rangs pour une éventuelle reprise d’UF1.

C’est aussi le cas de l’ancien dirigeant d’UF1, Olivier Vérot, qui s’est rapproché d’un groupe industriel suédois spécialisé dans les nouvelles technologies. "Il s’agit d’un groupe coté qui possède une surface financière capable de remettre à flot et d’apporter du business à UF1. Le souci, c’est que comme tous les grands groupes, les chemins de décisions sont un peu longs. Nous avons donc envoyé un mail d’intention à maître Eric Etienne Martin pour demander un délai afin de présenter une offre à l’actionnaire chinois, qui avait fixé pour date initiale le 26 octobre", expose Olivier Vérot.

Les salariés veulent jeter l’éponge

Ce délai, pas sûr que les 13 salariés de l’entreprise, qui connaissent pourtant bien Olivier Vérot, soient prêts à l’attendre. Désabusés par la situation qui s’enlise depuis des mois et les demandes de ruptures conventionnelles qui leur ont été refusées par l’administrateur judiciaire, ils veulent désormais jeter l’éponge et en finir avec l’aventure UF1.

"Je dois être entendu par le tribunal de commerce le 2 ou le 9 décembre pour porter la voix des salariés. Et la position qui a été votée lundi matin par l’ensemble du personnel est claire. Nous ne voulons pas partir dans un projet de reprise qui prendrait plusieurs mois. Certains salariés ont trouvé un autre job et veulent que la situation se décante au plus vite. Nous allons demander la liquidation judiciaire directe", conclut Sébastien Roux.

L'activité tourne au ralenti chez UF1. Sur les 13 salariés que compte l'entreprise, seuls deux sont actuellement en activité dans l'atelier.
L'activité tourne au ralenti chez UF1. Sur les 13 salariés que compte l'entreprise, seuls deux sont actuellement en activité dans l'atelier. — Photo : UF1

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