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Chamatex : "Nous voulons doubler notre capacité de production en Europe"

Par Delphine Sauzay, le 14 juin 2023

Le 13 juin, l’usine ASF 4.0 du groupe textile ardéchois Chamatex (320 salariés ; 50 M€ de CA en 2022) présidé par Gilles Réquillon, a reçu la visite d’Emmanuel Macron, qui a annoncé que les projets d’industrialisation de l’entreprise bénéficieront d’un accompagnement du programme French Tech 2030. Un soutien qui s’ajoute à ceux de Yotta Capital et du fonds à impact Terre et Fils Investissement de Jean-Sébastien Decaux.

Gilles Réguillon, président du groupe Chamatex
Gilles Réguillon, président du groupe Chamatex — Photo : DR

Vous venez d’accueillir un nouvel investisseur, Terre et Fils investissement, au sein de votre pôle "footwear", quel est le contexte de cette prise de participation ?

J’ai rencontré Jean-Sébastien Decaux, président fondateur du fonds à impact Terre et Fils Investissement lors de l’événement Big de Bpifrance l’année dernière, au moment où RL Invest, actionnaire de notre usine automatisée 4.0 ASF (Advanced Shoe Factory), basée à Ardoix (Ardèche) souhaitait céder sa participation. Fin 2022, Terre et Fils a repris la participation de RL Invest pour un montant de 400 000 euros et a investi 300 000 euros dans Insoft, un spécialiste du sneakers, implanté à Romans-sur-Isère, que nous avons intégré en 2022.

Avez-vous déjà bénéficié de leurs conseils ?

En plus d’être engagés pour le Made In France, via son fonds Terre et Fils, Jean-Sébastien Decaux, est issu de la famille qui a créé l’entreprise leader du mobilier urbain publicitaire dotée d’une forte expérience du développement à l’international, qui est au cœur de nos préoccupations actuelles. Nous avions le projet de créer deux nouvelles usines ASF en France et en Europe pour lequel nous voulions lever 50 millions d’euros en nous introduisant en Bourse. Mais des échanges avec un membre du board du fonds d’investissement Eurazeo (dont la famille Decaux est le principal actionnaire et J.C. Decaux, président du conseil de surveillance, NDLR) nous ont convaincus que le marché n’était pas propice. Nous y avons renoncé. Nous réfléchissons à d’autres moyens de financer nos projets d’ici la fin de l’année.

Vous parlez de changer de dimension afin de réaliser 200 millions d’euros de chiffre d'affaires dans la chaussure de sport à horizon 2030, alors que celle-ci ne représentait que 5 % du chiffre d'affaires du groupe en 2022. Quelle stratégie allez-vous mettre en œuvre pour monter en puissance en France ?

En juin 2022, Chamatex groupe a procédé à une augmentation de capital de 5 millions d’euros auprès de Yotta Capital pour financer, entre autres, l’agrandissement d’ASF, qui va notamment nous permettre de doubler la capacité de production à 500 000 paires de chaussures en 2026. Nous allons notamment ouvrir une deuxième ligne de production pour diversifier nos productions. Dès 2024, l’usine, qui fabrique d’ores et déjà des chaussures commercialisées par Salomon et Millet, emploiera 80 salariés. Babolat lancera son nouveau modèle l’année prochaine. Ce qui représente 250 000 paires vendues à nos clients qui sont également actionnaires et partenaires industriels. De plus, nous allons construire une nouvelle usine ASF en Haute-Savoie pour produire des chaussures haute performance pour Salomon, Millet, Mavic etc. Au total, nous pourrons délivrer 1,5 million de paires Made in France.

Comment vos usines ASF, Chamatex et Insoft, les trois pièces maîtresses du pôle footwear de Chamatex en France collaborent-elles entre elles ?

Automatisée et flexible, notre usine ASF 4.0, inaugurée en septembre 2021, nous confère une meilleure réactivité et nous permet de proposer des prix de vente compétitifs entre 120 et 200 euros par paire. Et ce pour un montant initial d'investissement de 10 millions d’euros. Elle travaille en lien avec notre usine Chamatex, également implantée à Ardoix (Ardèche) qui fabrique notre tissu innovant Matryx, co-développé avec Babolat et le groupe Zebra, dont la production est quasiment exclusivement réservée à la chaussure de sport, soit 2 millions de paires par an. Arrivé dans le groupe l’année dernière, Insoft, lui, est un atelier artisanal qui fabrique sa propre marque, Ector, et crée des prototypes en phase de pré-industrialisation. Selon ce schéma-là, nous sommes en train de réaliser des chaussures en série limitée pour les Jeux Olympiques pour Salomon, des sneakers pour Puma en 2024. Nous avons également des projets dans le monde du vélo avec Mavic et Ekoi.

Quels sont vos projets à l’international ?

Nous voulons doubler notre capacité de production en Europe en construisant une usine dans un pays européen et nous implanter aux États-Unis en 2028 où nous associerons une giga-factory Matryx et un site de production de chaussures de sport. De façon générale, l’idée est de fabriquer localement dans différentes régions du monde pour nous rapprocher de nos clients et partenaires afin de diminuer l’empreinte carbone liée aux flux logistiques. En associant localement une usine de fabrication de tissu Matryx et des sous-traitants fabricant de chaussures de sport, nous nous protégeons d’éventuels problèmes de sourcing et réduisons nos délais de fabrication. Nous sommes en train de construire une usine vietnamienne à Hồ Chí Minh ville pour tisser notre textile innovant Matryx, à proximité des sous-traitants auxquels nous confions la fabrication des chaussures de nos clients.

Pouvez-vous retracer l’évolution de la stratégie du groupe Chamatex ?

Après des difficultés à la fin des années 2000 (Chamatex était historiquement leader des tissus techniques pour les combinaisons de pilotes de racing, NDLR), nous avons changé de stratégie pour passer de sous-traitant à co-développeur pour remonter la chaîne de valeur. Pour cela, nous avons innové en créant notamment le textile Matryx, doté de qualités de respirabilité et de maintien que nous co-développons de façon personnalisée pour les modèles de nos clients. Ce tissu léger et durable nous permet d’adresser les marchés de l’athlétisme, du trail et de la course à pied. Second axe, nous nous sommes développés à l’international, qui représente 60 % du chiffre d'affaires de la société Chamatex (textile technique) et nous nous sommes diversifiés sur 3 pôles : ameublement ; sport chaussure (dont Matryx) et tissus techniques (bagagerie). Pour étoffer ces différents pôles, le groupe Chamatex s’est lancé dans des acquisitions depuis 2013 : avec les rachats des spécialistes du fil ProfilTex en 2013 et BD Fils en 2015 (fils et chaînes), du fabricant de tissus d’ameublement Rocle en 2019, de TopTexCube qui fabrique des vestes et des sacs sans coutures en 2021, du spécialiste du rideau technique Moon Dream et du fabricant de sneakers Insoft en 2022.

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