Rhône

Industrie

Boostheat arrête sa production et adapte sa stratégie

Par Audrey Henrion, le 12 juin 2020

Le virage s’annonce serré pour l’entreprise Boostheat, spécialisée dans la conception, la production et la commercialisation de chaudières haut de gamme. Son dirigeant, Luc Jacquet, qui défend de longue date la préservation de l’environnement, a présenté le 2 juin devant le conseil d’administration un nouveau plan d’actions « lié à 50 % à l’impact de la crise ».

Luc Jacquet lors de la présentation de l'usine en novembre 2018.
Luc Jacquet lors de l'inauguration de l'usine Boostheat de Vénissieux, en janvier 2019. — Photo : Audrey Henrion

Les moteurs sont à l’arrêt dans l’usine Boostheat de Vénissieux, près de Lyon, inaugurée en janvier 2019 au cœur du futur campus industriel Usin, sur l’ancien site de Bosch Rexroth. À l’annonce du confinement, la société a stoppé net la ligne de production d’une capacité de 20 000 chaudières par an et mis en télétravail ou au chômage partiel ses 97 salariés sur ses trois sites (avec Toulouse et Nuremberg en Allemagne). Ce « temps suspendu » a été l’occasion pour les équipes R & D de procéder à l’analyse des performances énergétiques des chaudières hybrides et connectées, vendues 18 000 euros avant déductions des aides. Bilan : « Les résultats sont décevants », admet le dirigeant Luc Jacquet, « en tout cas en dessous de nos objectifs de performance », lesquels promettent un rendement allant jusqu’à 200 % et divisant jusqu’à deux fois la consommation d’énergie.

C’est bien le Covid-19 qui a provoqué l’arrêt de la production de l’usine. Mais la décision de ne pas reprendre la production pour analyser et modifier les chaudières est perçue comme une opportunité. « Nous comptions procéder à cette analyse, mais un peu plus tard. La pandémie a accéléré des décisions », indique Luc Jacquet. Conséquence, seule une dizaine de chaudières sortira de la chaîne de production en juin, lesquelles serviront au travail d’essai et de mise au point. Une phase qui devrait durer « durant plusieurs mois ». Pour l’heure, la société ne donne pas d’échéance de reprise réelle de la production.

Changement de modèle commercial

La société fait aussi marche arrière du côté de la commercialisation. Exit la vente en direct et l’installation par les équipes de Boostheat auprès des particuliers. Les chiffres ont parlé : en 2019, sur le marché domestique (qui pèse pour 79 % des ventes), 28 chaudières ont été commercialisées directement auprès des particuliers, et 112 en B to B to C, un modèle commercial pourtant activé en tout fin d’année. La société entend désormais privilégier ce dernier canal de distribution, qui présente l’avantage du volume, tout en faisant baisser les coûts de structure interne (installation, maintenance, centre de relation client, responsable projet).

Pour l’heure, sur 380 commandes, 25 proviennent d’Allemagne, 50 de Suisse et le solde vient de France. Mais d’ici deux ans Luc Jacquet estime que le volume des ventes pourrait provenir d’Allemagne. Car outre-Rhin, les dispositifs favorisant l’achat de chaudières écologiques sont bien plus incitatifs, les pouvoirs publics « offrant » 45 % de subventions pour remplacer une chaudière au fioul pour une solution plus respectueuse de l’environnement. En France, où Luc Jacquet redoute un impact négatif du Covid-19 sur la consommation des ménages, l’incitation fiscale dessert son produit. Le crédit d’impôt transition énergétique (CITE) est remplacé depuis janvier 2020 par une prime en fonction du revenu du consommateur. « Cela diminue les aides à destination des consommateurs à pouvoir d’achat important, notre cœur de cible. Cette dynamique n’est pas positive pour nous », admet le dirigeant.

Réalisant 490 000 euros de chiffre d’affaires en 2019, Boostheat a levé 36,90 M€ lors de son entrée en bourse, soit, au total 81 millions d’euros depuis sa création en 2011. Avec un PGE de 6 M€ récemment contracté, la trésorerie de Boostheat estimée au 31 mai 2020 se monte à 18 M€. Au lendemain de l’annonce de ce virage stratégique, le cours de Boostheat perdait 12 % sur les 4 000 titres échangés. Les prochains résultats seront présentés le 7 juillet.

Luc Jacquet lors de la présentation de l'usine en novembre 2018.
Luc Jacquet lors de l'inauguration de l'usine Boostheat de Vénissieux, en janvier 2019. — Photo : Audrey Henrion

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