Actuellement, la société nancéienne Ypso Facto travaille avec la moitié des dix plus grosses entreprises pharmaceutiques mondiales. "Pour demain, un objectif serait d’arriver à 100 %", fixe Édouard Nicoud, co-dirigeant d’Ypso Facto. Employant 20 salariés pour un chiffre d’affaires oscillant entre 1 et 2 millions d’euros, l’entreprise exploite une méthodologie mêlant modélisation informatique et expertise humaine pour apporter du conseil aux industriels dans le développement de leurs procédés biochimiques. Un positionnement innovant qui a convaincu des entreprises pharmaceutiques comme Sanofi, Astra Zenaca ou encore GSK : "Nous travaillons à 80 % pour l’industrie pharmaceutique", souligne Édouard Nicoud.
Une solution pour passer du laboratoire à l’échelle industrielle
Se partageant la direction d’Ypso Facto depuis mars 2025, ayant pris la succession de leur père, Roger-Marc Nicoud, Lucrèce et Édouard Nicoud, portent aujourd’hui une nouvelle ambition. "Jusqu’à présent, notre champ d’expertise s’appliquait surtout au downstream, soit la purification des principes actifs cultivés par l’industrie", détaille Édouard Nicoud. Concrètement, en faisant travailler ensemble des biochimistes et des développeurs informatiques, Ypso Facto a mis sur le marché un logiciel, appelé Ionic, capable d’aider les industriels à quitter le laboratoire et à passer à la production l’échelle industrielle, en paramétrant au mieux l’appareil permettant de trier les molécules, le système de chromatographie.
Une commercialisation prévue pour 2026
Une approche que la société nancéienne veut désormais appliquer à l’upstream, comprendre la culture cellulaire débouchant sur la production de principes actifs non purifiés. "Notre logiciel est encore en développement, dans une phase de test en version bêta. Nous le commercialiserons vraisemblablement l’année prochaine", dévoile Édouard Nicoud. Sans préciser l’accélération attendue suite à la mise sur le marché de ce nouveau logiciel, le dirigeant confirme que Ypso Facto pourrait enregistrer des croissances conséquentes.
Modéliser le comportement d’un bioréacteur
Pour les clients d’Ypso Facto dans la pharmacie, les montants à investir dans une nouvelle molécule se comptent en milliards d’euros et le temps de développement en dizaine d’années. Concrètement, pour mettre une molécule sur le marché, un industriel doit commencer par la cultiver dans des bioréacteurs : "Il y a des quantités de paramètres à contrôler pour arriver à répondre au mieux aux besoins et aux contraintes des industriels", détaille Édouard Nicoud. "L’objectif, c’est qu’il y ait beaucoup de principes actifs par litre cultivé dans le bioréacteur." Tous les paramètres influant sur la culture sont aujourd’hui intégrés dans le nouveau logiciel d’Ypso Facto, permettant ainsi de modéliser le comportement d’un bioréacteur. "Le chantier est encore plus immense que tout ce qu’il est possible d’imaginer", souffle Édouard Nicoud pour donner l’ampleur de la tâche.
Du conseil sur toute la chaîne de valeur des industriels
Lorsque Roger-Marc Nicoud a fondé Ypso Facto en 2014, il s’est appuyé sur une partie de l’expertise en chromatographie déployée au sein de Novasep : spécialisée dans la séparation moléculaire, l’entreprise a été fondée par Roger-Marc Nicoud en 1995 puis racheté en 2022 par le groupe allemand PharmaZell pour former une société pesant 500 millions d’euros de chiffre d’affaires. "Aujourd’hui, nous adressons une petite partie de la problématique des industriels, avec une approche qui a prouvé sa pertinence, mais qui aura d’autant plus de poids et d’écho quand nous serons capables d’adresser toute leur chaîne de production", fixe Édouard Nicoud.
Croissances externes et investisseurs extérieurs
Et pour parvenir à fournir du conseil sur l’intégralité de la chaîne de valeur d’un industriel producteur de molécules, Édouard et Lucrèce Nicoud n’excluent aucune piste, dont des croissances externes sur d’autres solutions techniques. De même, si le capital est toujours à 100 % dans les mains de la famille Nicoud, les dirigeants ne rejettent pas la possibilité de faire entrer un fonds pour décliner leur plan de développement. "Jusqu’à présent, nous n’avions pas ressenti le besoin. Parce qu’il fallait déjà définir exactement ce que nous voulions faire, puis nous confronter au marché, prouver que la solution marche", déroule Édouard Nicoud. "Maintenant, faire rentrer des investisseurs externes, c’est une chose à laquelle nous ne sommes pas fermés."