Yann Eliès : La Solitaire du Figaro Eric Bompard 2012 : « Je m'aligne pour gagner ! »

Yann Eliès : La Solitaire du Figaro Eric Bompard 2012 : « Je m'aligne pour gagner ! »

Yann Eliès, 38 ans, skipper du bateau Groupe Quégunier- Le Journal des entreprises s'élancera dimanche 24 juin de Paimpol pour le départ de la 43ème édition de la Solitaire du Figaro à la voile. Une course réputée pour son exigence et sa difficulté. Cette année encore, le plateau se révèle extrêmement relevé. Avec douze participations à son actif et plusieurs victoires d'étapes, Yann Eliès fait partie des candidats sérieux à la victoire. Mais, s'il est là pour gagner, le marin n'oubliera pas de naviguer aussi pour le plaisir. Toute l'équipe du Journal des entreprises lui souhaite bonne chance. > Retrouvez ici le parcours de la Solitaire du Figaro > Retrouvez ici l'article du Télégramme sur Yann Eliès > L'article d'Ouest-France > L'article de sports.fr

Yann Eliès, quel est votre état d'esprit à quelques jours du départ de cette Solitaire du Figaro 2012 ?
Après la phase intensive de préparation et de recherche de sponsors pour réussir à boucler le budget, tout est désormais réuni. J'ai hâte d'être au départ et de prendre du plaisir à naviguer !




Vous avez trouvé vos partenaires, Le groupe Quéguiner et Le Journal des entreprises, en dernière minute. On imagine que votre motivation est aujourd'hui décuplée... Quels sont vos objectifs sur cette Solitaire du Figaro ?
Il est clair que je m'aligne pour gagner ! Sur les cinq dernières éditions, je suis arrivé deux fois deuxième, deux fois cinquième et une fois dix-septième en raison d'une pénalité suite à un échouage en 2010 (NDLR : sur la plage de Primel en Bretagne Nord). Mais lors de cette même course, j'avais remporté une étape et terminé deuxième sur une autre. Donc, cette année, je suis là pour gagner ! Mais aussi pour m'éclater, prendre du plaisir sur l'eau. La Solitaire du Figaro est une course extrêmement exigeante, qui apporte énormément d'émotions, de satisfactions. Il y a toujours de belles histoires à raconter. Et j'ai hâte d'écrire la mienne, qu'elle mène ou non à la victoire.




La Solitaire du Figaro est une course difficile avec un plateau toujours très relevé. Quels sont, à votre avis, les ingrédients de la victoire ?
Il y a, je pense, 80 % de travail et 20 % d'expérience. Et puis, il faut aussi une petite pincée de réussite et de chance. A chaque fois, le vainqueur paraît un peu au-dessus du lot, en état de grâce, dans une autre dimension, sur une autre planète. Pour arriver à la gagne, il faut réunir tous ces ingrédients. C'est très mental. Car pour résister au sommeil, une volonté à toutes épreuves est nécessaire. Et puis à un moment, il faut aussi un ascendant psychologique sur les autres.




Comment avez-vous géré cette semaine de préparation ?
Samedi soir (le 16 juin NDLR), je suis rentré, chez moi, à Carnac pour me mettre à l'écart de la pression. Les sollicitations sont importantes, car je suis un enfant du pays à Paimpol. Actuellement, c'est mon préparateur technique qui gère le quotidien du bateau : contrôle sécurité, mise en conformité, etc... Le but est d'arriver jeudi (NDLR : le 21 juin) avec mon sac et sans plus rien à faire. Il y aura alors les rendez-vous obligatoires : briefing sécurité, météo, soirées officielles, présentation des skippers. Entre ces différents rendez-vous, je vais pouvoir rencontrer les médias grâce au planning préparé par l'attaché de presse.




Vous souhaitiez vous aligner au départ du Vendée Globe en novembre prochain. Mais faute de budget, vous avez renoncé. Est-ce plus difficile aujourd'hui d'exercer son métier de marin en raison de la difficulté de la recherche des budgets ?

C'est la crise, c'est la guerre, il faut se battre... Il faut être bon, avoir le bon réseau. Donc oui, la conjoncture est difficile. On essaie d'avoir des rendez-vous, avec les bonnes personnes, des décisionnaires qui n'ont pas toujours ni le temps ni l'envie de répondre. Donc on affronte cela un peu comme une tempête en bateau. Il faut essayer de rester mobilisé, convaincu. C'est usant, difficile, mais c'est de toutes façons le lot quotidien du marin aujourd'hui. Et cela va le devenir de plus en plus à moins d'une révolution dans notre sport. Pourtant, j'en reste convaincu, la voile reste un formidable outil de communication, car les marins sont des gens bien.




Un accident (à relire ici) comme vous l'avez vécu lors du dernier Vendée Globe de 2008,
est-ce que ça change un marin ?
D'un point de vue maritime, ça change un peu les choses. Je suis peut-être plus sensible à la sécurité en mer, sur certaines phases notamment. Je n'avais pourtant pas l'impression d'être imprudent avant. Mais j'ai quand même commis une erreur et une faute, puisque j'ai été sanctionné par la nature. Donc oui, j'essaye de faire encore plus attention.

D'un point de vue humain, un accident comme celui-ci remet en perspective les priorités, ce qu'il y a d'important dans la vie. Le fait d'avoir passé pas mal de temps en centre de rééducation, avec des personnes encore plus au fond du trou, plus touchées physiquement et moralement que moi, cela incite à remettre sur le haut de la pile les choses importantes.




Quel regard portez-vous sur le plateau de cette édition de la Solitaire du Figaro ?
Le plateau de cette Solitaire du Figaro est exceptionnel. Les concurrents sont un peu moins nombreux que d'habitude (37 contre plus de 40 les autres années). Il manque un peu les amateurs éclairés. Mais les meilleurs sont là. Les jeunes qui arrivent sur le circuit sont de plus en plus performants. Avant, l'expérience faisait beaucoup la différence. Aujourd'hui, avec les filières de formation, avec les outils informatiques et électroniques qu'elle maîtrise de mieux en mieux, cette jeune garde de skippers arrive très vite à haut niveau. Pour le grand public, Fabien Delahaye, par exemple, n'est pas forcément connu. Or, dès sa deuxième participation à la Solitaire, il a fini deuxième. C'est un grand champion. Il devrait encore marquer cette édition. Il y a aussi les "anciens" dont je fais partie : Fred Duthil, Gildas Morvan, Erwan Tabarly, Thierry Chabagny... Plus de la moitié de la flotte peut prétendre à une victoire d'étape. Et quand on est en mesure de gagner une étape, on est en mesure de gagner la Solitaire.