En avril dernier, c’était la biotech Ose Immunotherapeutics qui avait reçu 8 millions d’euros de France 2030. Cette fois-ci, c’est au tour de Xenothera de recevoir 4 millions d’euros pour son programme contre un cancer des lymphocytes, où le pronostic est aujourd’hui très défavorable. En effet, la survie à cinq ans des patients atteints par ce lymphome non hodgkinien est de seulement 30 %. Si la somme accordée est plus petite, elle constitue une bouffée d’oxygène pour la biotech de 26 personnes, qui a déjà levé plus de 43 millions d’euros depuis sa création en 2014.
Un processus accéléré
D’ores et déjà testé sur trois patients, ce produit baptisé LIS22 devrait livrer de premières indications d’efficacité courant 2025. L’essai clinique devrait être bouclé dans son ensemble mi-2026, et l’anticorps pourrait arriver de manière précoce sur le marché d’ici 2027. Un processus relativement rapide pour le secteur puisque LIS22 a été désigné "médicament orphelin" par la Food and Drug Administration (FDA) en 2023 aux États-Unis, et l’année suivante par l’Agence Européenne du Médicament (EMA). Cette désignation permet d’accélérer les démarches pour les médicaments considérés comme innovants, et qui couvrent des besoins médicaux non-couverts.
Un besoin de 60 millions d’euros pour survivre en 2025
Ce nouveau financement de France 2030 ne couvrira environ que la moitié du coût de l’essai clinique avec le LIS22. Xenothera va donc partir à la recherche de fonds supplémentaires. De plus, la biotech possède deux autres programmes en phase clinique. Le plus avancé est un immunosuppresseur pour les opérations de transplantation, afin d'éviter un rejet lors d'une greffe, qui est aux portes d’une potentielle phase 3 (la dernière avant mise sur le marché).
Le troisième produit s’attaque pour sa part aux tumeurs solides, et est testé chez l’homme depuis un an. Mais pour avancer sur tous ces programmes de front, la biotech nantaise va aussi avoir besoin de bien plus de financements. Xenothera envisageait un temps d’entrer en Bourse, mais le climat économique tendu l’a fait renoncer. "Nous sommes déjà soutenus par de nombreux fonds, notamment au niveau local. Cette fois, nous devrons aller voir des investisseurs plus importants, ou des laboratoires pharmaceutiques afin de nouer des partenariats industriels", note Odile Duvaux. La dirigeante souhaite lever 60 millions d’euros.
Et cela, dès 2025 puisque la trésorerie actuelle de l’entreprise ne l’emmène pas plus loin. Or, le contexte actuel de financement de l’innovation est également tendu du côté des investisseurs privés. En témoigne la récente mise en redressement judiciaire d’une autre biotech nantaise, BioMAdvanced Diagnostics.
Une épopée contre le Covid-19 qui offre une expertise
En 2021, Xenothera a déjà réalisé un important tour de table. Alors en pleine crise contre le virus du Covid-19 contre lequel elle développait un anticorps, l’entreprise avait levé 20 millions d’euros auprès de l’incubateur Famm, de la holding Nabuboto, d’Anaxago Capital, de Malakoff Humanis et du fonds du conseil européen EIC Fund. Si le programme contre le Covid-19 est aujourd’hui stoppé, il a permis de faire grandir l’entreprise.
"Nous avons aujourd’hui des expertises supplémentaires. Nous n’étions que huit personnes avant 2020. Cela nous a aussi apporté une visibilité, et permis de financer une plateforme de production d’anticorps qui nous sert aujourd’hui" énumère sa dirigeante. La biotech doit maintenant franchir cette étape financière pour ses trois anticorps en phase clinique, au risque de vider sa trésorerie avant d’atteindre une potentielle commercialisation.