Il n’y a pas eu de miracle pour François Bayrou. Ayant remis son destin entre les mains de l’Assemblée nationale, le Premier ministre n’a pas obtenu la confiance des députés : il a réuni seulement 194 voix en sa faveur et 364 contre lui.
Quels partis ont entraîné la chute du Premier ministre ?
Le Rassemblement National a voté à l'unanimité contre (123 voix), tout comme LFI (71), les socialistes (66), les écologistes (38), la Gauche Démocrate (17) et l'Union des droites pour la République (15). Le Groupe Liot a voté en majorité contre le Premier ministre (15 contre, 4 pour, 4 abstentions), tout comme les députés non-inscrits (6 contre, 3 pour, 1 abstention, 1 non-votant).
François Bayrou n'a fait le plein de voix qu'au sein des députés de trois partis : Ensemble pour la République (90 voix sur 91), Les Démocrates (36 sur 36) et Horizons (34 sur 34).
La Droite Républicaine a, quant à elle, été divisée sur le soutien à apporter au Premier ministre (27 voix pour, 13 contre, 9 absentions).
3 415 milliards d’euros de dette
S’exprimant ce lundi après-midi devant une Assemblée Nationale bien garnie, François Bayrou est resté droit dans ses bottes avec un discours sans surprise. Dans la lignée de ses dernières prises de parole, le locataire de Matignon a estimé que le pronostic vital de la France était engagé du fait d’une accumulation de 3 415 milliards d’euros de dette. Jusqu’au bout, il a défendu sa volonté de redresser les comptes de la nation. "Je refuse que l’équilibre des finances publiques se fasse par l’accroissement chronique de la dette", a-t-il indiqué.
Fin août, François Bayrou avait engagé la responsabilité de son gouvernement sur la question de la dette publique. Le Béarnais avait présenté en juillet un plan d’économies de 44 milliards d’euros dans le but de ramener le déficit public à 4,6 % en 2026 puis à 2,8 % en 2029.
Des orientations plutôt saluées par les milieux patronaux. Président du Medef, Patrick Martin s’était ainsi dit "plutôt rassuré" par la volonté de François Bayrou de rétablir les finances publiques. De son côté, la CPME saluait le choix de rompre "avec la spirale d’augmentation continue des dépenses publiques".
Mais le Premier ministre, avec des propositions très impopulaires, comme le projet de suppression de deux jours fériés, n’a pas su séduire les Français. 81 % d’entre eux désapprouvaient ses actions, assure ainsi un sondage Ifop-Ouest-France, publié le 5 septembre. Un boulevard dans lequel n’ont pas manqué de s’engouffrer ses nombreux opposants politiques.
Et maintenant ?
Pour la suite, c’est de nouveau le grand flou. Une certitude : le Premier ministre va remettre sa démission au Président de la République Emmanuel Macron, conformément à l’article 50 de la Constitution. Cela devrait être fait ce mardi matin, indique un communiqué de l'Elysée.
Et ensuite ? Marine Le Pen demande à Emmanuel Macron de dissoudre l'Assemblée et renvoyer les Français devant les urnes. Du côté de LFI, on demande la tête du Président, comme le suggère Mathilde Panot, deux jours avant les mobilisations du 10 septembre : "Le président ne souhaite pas changer de politique, alors il nous faudra changer de président", a déclaré la député devant l'Assemblée.
Emmanuel Macron devrait nommer le successeur de François Bayrou "dans les tout prochains jours", affirme l'Elysée. Reste à savoir qui. Le Président de la République va-t-il mettre un coup de barre à gauche ? Les socialistes multiplient les appels du pied en ce sens, s’estimant "prêts à gouverner". Mais rien ne dit que cette solution assurera plus de pérennité après les naufrages express des gouvernements Bayrou (9 mois), Barnier (moins de 3 mois) et Attal (6 mois).
Une instabilité qui pèse sur les entreprises
Ce qui est certain, c’est que l’instabilité politique ne profite pas aux entreprises. Au contraire. Vice-président du Mouvement des entreprises de taille intermédiaire (Meti), Pierre-Olivier Brial estimait il y a quelques jours que le pays risquait de payer à moyen terme cette crise politique qui s’enlise : "La France était jusqu’alors réputée pour sa stabilité politique, qui venait contrebalancer nos problèmes de compétitivité. C’est un élément qui entre en compte dans une décision d’investissement. En sapant la confiance, l’instabilité s’avère délétère pour l’investissement, et donc pour les emplois de demain".
Pour d’autres, la situation est déjà critique. Projets de réformes stoppés, incertitudes budgétaires et institutionnelles qui pèsent sur les décisions d’achat : "Le secteur du bâtiment reste paralysé par l’instabilité politique", tempête-t-on au sein des artisans de la Capeb.
Pas sûr que les mouvements sociaux à venir en ce mois de septembre soient de nature à apaiser une situation explosive.