«Vims a failli mourir en 2007», se rappelle Henri Fernandez, un tremblement perceptible dans la voix. En 2006, la société se porte pourtant très bien. Avec un chiffre d'affaires de 8M€, elle détient plus de la moitié du marché français du matériel de coelioscopie (chirurgie digestive vidéo-assistée) sur le segment des cliniques privées. Cette place de choix, elle l'a gagnée grâce à une technologie innovante: une caméra-endoscope entourée d'une gaine stérile à usage unique. Convoitée, l'entreprise est en train de se développer à l'export. Tout se passe bien jusqu'au lancement de la 5e génération du produit devant intégrer la qualité haute définition (HD). C'est là que les difficultés commencent. «J'avais sous-estimé le temps et l'investissement nécessaires. Je me suis lancé à l'export au lieu de travailler plus tôt sur ce virage technologique important», reconnaît aujourd'hui le dirigeant de Vims.
Descente aux enfers
«Début 2007, je vais voir mon banquier pour lui expliquer notre situation : n'étant pas en mesure de sortir notre produit HD en temps et en heure, les mois de septembre et octobre seront difficiles mais la situation devrait s'améliorer d'ici à la fin de l'année», relate Henri Fernandez. Comme il l'avait prédit, le nombre de commandes s'amenuise à l'automne et le produit en HD n'est toujours pas opérationnel. Pour traverser cette phase difficile, il sollicite un prêt auprès d'Oséo et de l'une de ses banques. L'un comme l'autre lui refuse. Puis tout s'enchaîne. «Je reçois une lettre de ma banque qui me signifie un défaut de paiement et m'avertis que toute relation est rompue. Enfin, que si je ne rembourse pas les sommes dues sous huit jours, je risque des poursuites judiciaires.» Ironie du sort: la société bénéficie d'un crédit impôt recherche (1,2M€) mais le versement est bloqué. «Je ne peux plus payer mes fournisseurs qui risquent de ne plus livrer les produits. Je me retrouve avec une dette - en grande partie bancaire - de 2M€.» Très inquiet, il appelle son avocat qui lui conseille d'ouvrir une procédure amiable et le met en relation avec un avocat spécialisé. Sur les conseils d'un administrateur judiciaire (cf. ci-dessous), il accepte de déclencher un mandat ad hoc. «Accompagné de mes conseils, je participais tous les 15 jours à des réunions rassemblant l'administrateur et les créanciers. Tout se passait dans une ambiance froide.»
Avancer coûte que coûte
Grâce à la procédure amiable, la société voit ses dettes gelées pour cinq mois. Un répit certes mais la société doit continuer à vivre pendant ce temps-là. «Jean-Marc Laborie, mon expert-comptable, m'a dit : ?Vous ne vous en sortirez que par vous-même?.» Henri Fernandez a compris le message: il se forge une carapace et décide d'avancer coûte que coûte. «J'ai continué à faire des ventes qui me permettaient de faire du chiffre que je transformais aussitôt en trésorerie pour financer ma R&D.» Grâce à un effort soutenu de toute l'entreprise, le produit HD est opérationnel en 2008. Le chiffre d'affaires tombé à 4M€ en 2007 remonte à 6M€. «Nous n'étions pas pour autant sortis d'affaire. Jusqu'à la fin de la procédure, l'étalement de la dette pouvait être remis en question par les créanciers.» La sortie du « tunnel » s'effectue au mois d'août2008. Si la société a remboursé ses fournisseurs, reste les banques qui ont transformé les dettes en prêts remboursables sur quatre ans. L'arrivée de Midi Capital a aussi contribué à la sortie de crise. Aujourd'hui, la société va bien. En 2009, elle devrait atteindre 8 M€ de CA, autant qu'en 2006. Elle est en train de développer un produit dédié à la chirurgie orthopédique et compte se lancer à l'export en 2010. Et a tiré les leçons nécessaires pour que l'histoire que ne se répète pas...
www.vims-system.com
Une avancée technologique mal anticipée peut mettre en péril une entreprise. La société Vims, spécialisée dans la vidéo médicale, en a fait la douloureuse expérience lors du passage à la haute définition.