Une nouvelle usine dans l’Oise pour Ritleng Revalorisations malgré les procédures judicaires et administratives en cours
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Une nouvelle usine dans l’Oise pour Ritleng Revalorisations malgré les procédures judicaires et administratives en cours

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Spécialisée dans le recyclage du plâtre, la PME alsacienne Ritleng Revalorisation projette d’investir 13 millions d’euros pour créer une nouvelle usine près de Beauvais, dans l’Oise. Mais la dynamique de l'entreprise est entachée par plusieurs procédures administratives et judiciaires.

De gauche à droite : Jean-Luc Ritleng (président de Ritleng Revalorisation), Hervé de Préaudet (directeur du développement et de la performance) et Arnaud Ritleng (directeur de production) — Photo : Marine Dumeny

Basée à Rohr, dans le Bas-Rhin, Ritleng Revalorisation fait partie des rares acteurs français spécialisés dans le recyclage complexe du plâtre. Forte de 35 salariés et d’un chiffre d’affaires avoisinant les 5 millions d’euros, l’entreprise, fondée en 2011, s’est progressivement imposée comme un maillon structurant d’une filière encore jeune et en cours de maturation.

Une nouvelle usine dans l’Oise

L’entreprise se projette désormais au niveau national. Une nouvelle usine doit voir le jour à Auneuil, près de Beauvais (Oise). Autorisée par arrêté préfectoral, cette nouvelle unité pourra traiter jusqu’à 150 000 tonnes par an, soit près d’un tiers du besoin national. La mise en production est annoncée pour janvier 2026, avec 32 créations de postes prévues, pour un investissement global de 13 millions d’euros.

Un pari ambitieux, au regard de la taille actuelle de l’entreprise. "C’est un saut d’échelle nécessaire, car la demande augmente et la filière arrive à un tournant", souligne Jean-Luc Ritleng. L’annonce officielle du projet est attendue à l’automne 2025.

Enquêtes en cours

Néanmoins, la volonté de croissance de la PME alsacienne s’accompagne de turbulences. Ritleng Revalorisation est actuellement visée par deux enquêtes dues à des plaintes des salariés et l'une de l'entreprise Eqiom (Moselle). La première, administrative, concerne des manquements répétés à la réglementation sur l’amiante, signalés par l’Inspection du travail depuis 2019. En septembre 2024, plusieurs alertes ont été remontées concernant la présence d’amiante dans les déchets réceptionnés, sans mesures de protection suffisantes. Ces constats ont conduit à plusieurs mises en demeure préfectorales entre 2022 et 2025.

La seconde enquête - elle, judiciaire - a été déclenchée par une plainte déposée en janvier 2025 par la cimenterie Eqiom, après la réception de "401 tonnes de gypse contaminé à l’amiante, identifiées comme provenant du site de Rohr", d'après leurs dires.

À cela s’ajoute une plainte contre X déposée en gendarmerie, pour mise en danger de la vie d’autrui, déposée par le maire de Rohr, Jean-Luc Toussaint, le 30 janvier 2025, à la suite de résultats de prélèvements jugés préoccupants.

Niant toute contamination, Jean-Luc Ritleng, président de Ritleng Revalorisation, indique également "avoir déposé une plainte pour propos diffamatoires à l'encontre d'Eqiom".

Un acteur technique du recyclage complexe

Chaque année, la France produit 650 000 tonnes de déchets de plâtre, dont une grande majorité provient du secteur du bâtiment. Seules 200 000 tonnes sont actuellement recyclées. Sur son site de Rohr, Ritleng en traite environ 50 000 tonnes par an, en se concentrant sur le plâtre dit "complexe" : des matériaux mêlés à du papier peint, du bois, du carrelage ou encore du verre.

Grâce à un procédé mécanique breveté, l’entreprise parvient à trier ces flux hétérogènes pour extraire un gypse recyclé de haute qualité, proposé sous deux formats – granulat ou poudre. La société revendique un taux de pureté de 80 à 85 %, et un gypse parmi les plus reconnus du marché, comme l’affirme son président Jean-Luc Ritleng.

Un exemple de ce que compose le plâtre complexe : bois, polystyrène, papier peint etc — Photo : Marine Dumeny

Un modèle intégré entre territoires, tri et industrie

La chaîne repose d’abord sur les collectivités locales, qui mettent à disposition des bennes spécifiques et organisent la massification des déchets dans des centres de regroupement. Valobat, éco-organisme chargé de structurer cette collecte à l’échelle nationale, joue également un rôle clé dans la sécurisation du dispositif.

Ritleng Revalorisation travaille aujourd’hui avec une dizaine de collectivités, parmi lesquelles le Grand Reims, la ville de Lille, Le Havre, la Smictom Nord Alsace, la M2A (Mulhouse), la vallée de Munster ou encore Colmar. À cela s’ajoutent des marchés en direct avec certains professionnels ou industriels. Environ 10 % des matières traitées – principalement du bois ou des refus de tri – sont séparées mais non recyclés.

Le premier tri est manuel : bois, barres de fer, carrelage, verre etc. sont sortis du tapis par trois salariés — Photo : Marine Dumeny

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