Voulu comme "une feuille de route opérationnelle", un rapport sur l’avenir du commerce de proximité, dans les centres-villes et les quartiers prioritaires, présente 30 mesures pour "bâtir une stratégie de reconquête commerciale efficace et équitable". Douze d’entre elles sont même "prioritaires pour impulser une nouvelle dynamique", selon les auteurs.
Préparé par Frédérique Macarez, maire de Saint-Quentin, Antoine Saintoyant, directeur de la Banque des Territoires, et Dominique Schelcher, PDG de Coopérative U, ce rapport est la conclusion d’une mission qui leur a été confiée par le gouvernement en mai 2025. Avec les récentes polémiques autour de Shein et de son implantation au BHV et aux Galeries Lafayette, ces conclusions étaient attendues.
Un difficile constat sur le commerce de proximité
Les co-rapporteurs dressent un constat peu reluisant du commerce de proximité. L’évolution des modes de consommation a fait baisser la fréquentation des magasins de centres-villes tandis que le chiffre d’affaires de l’e-commerce "a atteint 175,3 milliards d’euros en 2024", indiquent les auteurs. "Cette tendance s’accompagne d’une polarisation des achats, partagés entre la recherche de prix bas et la quête d’expériences (restauration, loisirs, services)", décrivent-ils.
"Le déclin du prêt-à-porter est particulièrement alarmant"
Résultat de cette tendance : "le secteur est marqué par une augmentation des défaillances d’entreprises, touchant de nombreuses enseignes dites locomotives du centre-ville", à l’image de Camaïeu, Pimkie ou encore Jennyfer.
Ces défaillances renforcent la vacance commerciale, qui atteignait plus de 10 % dans les centres-villes et plus de 16 % dans les galeries marchandes en 2024. Le "déclin du prêt-à-porter est particulièrement alarmant" soulignent les co-rapporteurs, avec une perte de près de 50 000 emplois en 10 ans.
Lutter contre la concurrence déloyale, taxer les entrepôts…
Parmi les 30 propositions visant à freiner ce déclin, les co-rapporteurs préconisent de lutter contre la concurrence déloyale via notamment un plan massif de contrôles pour le respect des normes des biens importés. Reprenant la proposition déjà présentée au Parlement, ils recommandent aussi d’instaurer une taxe de deux euros par article sur les achats numériques de biens importés d’un pays extérieur à l’Union européenne.
D’autres propositions visent à lutter contre l’économie souterraine et le blanchiment, en élargissant les pouvoirs du maire qui pourrait émettre un avis sur les demandes d’implantations commerciales et de cessions de commerces.
Les co-rapporteurs préconisent aussi de taxer les entrepôts et les centres de distribution des géants du numérique, comme des surfaces commerciales à part entière. La mesure pourrait même aller plus loin avec une taxe sur les surfaces de stockage des entrepôts dès qu’elles dépassent 400 m².
Enfin, pour soutenir l’entrepreneuriat, le rapport préconise aussi d’étendre le pacte Dutreil à la reprise par un salarié, comme évoqué récemment par Serge Papin, ministre des PME et du commerce.