Le Journal des Entreprises : Brendan Le Faucheur, en quoi consiste votre mission ?
Brendan Le Faucheur : Il s’agit de réunir toutes les conditions pour une meilleure commercialité du centre-ville. Le commerce en est évidemment un élément important, mais il faut aussi travailler sur d’autres fonctions. L’idée est de considérer le centre-ville comme un centre commercial, et de provoquer chez le consommateur l’envie d’y venir régulièrement pour y effectuer des actes d’achat.
Comment votre action va-t-elle se traduire sur le terrain ?
B.L-F. : Ma mission se décline en quatre parties: l’observation et l’analyse de l’activité commerciale du centre-ville, la relation aux entreprises, aux artisans et aux commerçants. Mais aussi l’accompagnement des commerçants pour l’animation du centre-ville et, à moyen terme, la prospection afin d’attirer de nouvelles enseignes ou porteurs de projets. Car Brest a le potentiel pour attirer de nouvelles activités. L’idée générale est de vendre la ville à de futurs habitants, investisseurs ou clients
Quel est votre périmètre d’action ?
B.L-F. : Il va du Pilier-Rouge au bas de Recouvrance, en incluant Saint-Martin et Siam, ainsi que le port de commerce. Cela représente environ 1.500 cellules commerciales, dont environ 1.250 sont actuellement occupées.
Le plateau des Capucins n’en fait pas partie ?
B.L-F. : Pas pour l’instant, mais l’idée est tout de même de trouver une complémentarité entre les Capucins et le centre-ville. Les candidatures des porteurs de projet sont actuellement à l’étude pour occuper le plateau des Capucins, mais ce ne seront pas forcément des offres purement commerciales. Dans tous les cas, il ne s’agira pas de déshabiller Pierre pour habiller Paul, et la volonté n’est pas d’en faire un nouveau pôle commercial en tant que tel. Par ailleurs, les prochaines Assises du commerce se feront à l’échelle de la métropole dans son ensemble et incluront les polarités hors centre-ville.
Quel est votre sentiment après vos premières semaines d’observation ?
B.L-F. : Avant tout, que le tableau n’est pas aussi noir que ce qu’on peut parfois lire ou entendre. Après avoir rencontré environ 70 commerçants depuis ma prise de poste, les problématiques qu’on me remonte sont relativement classiques et ne sont pas des spécificités brestoises. Oui, le haut de Jaurès et de Recouvrance ont de nombreuses cellules commerciales vacantes.
Mais la vraie question qui se pose, c’est si ces secteurs ont encore vocation à être des pôles d’intérêt métropolitain. Car on peut facilement imaginer que ce ne sont pas des clients de Landerneau ou de Ploudaniel qui vont les faire vivre… Sur mon périmètre, le taux de vacance est d’environ 14%, avec des disparités importantes. Entre 25 à 30% pour le haut de Jaurès, par exemple, mais entre 8 et 9%, dans le bas de Jaurès ou Siam, ce qui reste dans la moyenne nationale qui se situe entre 8 et 10%. Le centre-ville n’est donc pas si sinistré que cela, mais il doit notamment s’adapter aux nouveaux modes de consommation.
La question du stationnement est-elle toujours une préoccupation pour les commerçants ?
B.L-F. : C’est une question qui revient souvent et sur laquelle les avis divergent. Il faudra par exemple faire un bilan des effets réels de la gratuité du stationnement le samedi matin, des parkings en post-paiement ou encore de l’élargissement récent de certaines zones payantes dont la tarification peut paraître trop élevée. Il s’agit de nouveaux usages qui peuvent prendre du temps à être intégrés par les usagers. Tout cela fera partie des éléments de bilan à l’issue de la phase d’observation, début 2017.
Y a-t-il déjà des pistes de travail qui se profilent ?
B.L-F. : Mettre en avant l’aspect maritime, le mode de vie à la brestoise… Il est encore tôt pour s’avancer, mais on pourrait s’inspirer de ce qui marche dans d’autres villes. Par exemple imaginer une aide pour l’installation ou la rénovation de locaux commerciaux, une taxe sur les locaux vacants afin de ramener les loyers à des prix plus raisonnables… Ou encore imposer l’intégration de stationnements souterrains dans les nouveaux programmes immobiliers car le taux de parkings privés est relativement faible… Ce ne sont que des pistes qui restent à réfléchir et à partager. C’est mon rôle de les lancer et je considère qu’il ne doit pas y avoir de sujet tabou.