Plus de peur que de mal. Le géant français des jeux vidéo Ubisoft avait annoncé il y a quelques jours la suspension de sa cotation à la Bourse de Paris, sans donner d’explication, alors que le groupe est en phase de restructuration. De quoi nourrir les plus folles rumeurs…
Le groupe né dans le Morbihan en 1986 et aujourd’hui doté d’un siège social en région parisienne, se veut rassurant. Il affirme que la suspension de la cotation était liée à une raison comptable. Il annonce la reprise de sa cotation et, surtout, la finalisation de la transaction avec le groupe chinois Tencent, cotée à la Bourse de Hong Kong. Présent dans les jeux vidéo, le numérique, le cloud ou encore la publicité, ce géant, qui a réalisé environ 85 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2024, va donner un sacré bol d’air à l’entreprise française.
Une transaction à 1,16 milliard d’euros
Annoncée en mars 2025, l’opération est essentielle pour désendetter et transformer Ubisoft. Moyennant un apport de 1,16 milliard d’euros, Tencent prend une participation de 26,32 % au capital d’une nouvelle filiale contrôlée par Ubisoft, nommée Vantage Studios. Celle-ci réunit les plus grandes franchises de l’entreprise française, à savoir les jeux Assassin’s Creed, Far Cry et Tom Clancy’s Rainbow Six. Basé en France, Vantage Studios est codirigé par Charlie Guillemot et Christophe Derennes et comprendra des responsables de franchises.
Ubisoft transforme son organisation
Outre l’apport de liquidités nécessaires au désendettement du groupe – qui affichait fin septembre une dette de 1,15 milliard d’euros -, le partenariat avec Tencent constitue "une étape clé dans la transformation d’Ubisoft", affirme Yves Guillemot, cofondateur et directeur général du groupe. Cette transformation vise à structurer l’entreprise autour de "creative houses", des unités d’affaires indépendantes.
Cette organisation bâtie autour d’entités autonomes, dont les détails complets seront dévoilés en janvier, doit "renforcer la vision créative, la focalisation, l’efficacité, l’autonomie et la clarté des responsabilités", assure le groupe par ailleurs éditeur des Lapins Crétins, de Just Dance ou The Crew.
Objectif : " Accélérer la croissance de nos franchises phares dans la perspective de bâtir des écosystèmes de marque capables de générer des revenus annuels de plus d’un milliard d’euros", fixe Yves Guillemot.
1 500 emplois supprimés en un an
L’apport des liquidités chinoises va aussi permettre de soutenir "des opportunités d’investissement ciblées dans le reste du groupe" tout en facilitant les efforts de réorganisation en cours. Ubisoft prévoit ainsi d’accentuer en 2026-2027 son programme de réduction des coûts, avec un objectif de 100 millions d’euros d’économies supplémentaires sur ses coûts fixes par rapport à 2024-2025. Fin septembre, Ubisoft employait 17 097 personnes dans le monde. Soit 1 500 de moins qu’un an auparavant. La réduction des effectifs est loin d’être terminée. En octobre, un programme de départs volontaires et un projet de restructuration ont ainsi été mis en place dans les studios du nord de l’Europe.
Des efforts qui se matérialisent sur le compte de résultat. Si le chiffre d’affaires (658 M€) recule de 2,1 % au premier semestre de l’exercice 2025-2026 (par rapport à la même période de l’exercice précédent), le résultat s’améliore. Le résultat opérationnel IFRS passe ainsi en un an de -272 millions d'euros à -120 millions d'euros. Sur son exercice fiscal 2024-2025, Ubisoft a réalisé un chiffre d’affaires de 1,85 milliard d’euros.